Poussière de Rosamond Lehmann

Résumé de l’éditeur : À 18 ans, au lendemain de la Première Guerre mondiale, Judith Earle, une jeune fille de bonne famille du sud de l’Angleterre, regagne la grande maison familiale au bord de l’eau. Elle vient de terminer ses études à Cambridge. Elle assiste au retour de ses voisins, les cousins Fyfe, qu’elle a idolâtrés tout au long de son enfance solitaire. Dans une mosaïque faisant alterner passé et présent, Judith se souvient de leurs jeux, et des fantasmes induits par ces jeunes garçons qui revêtaient pour elle un caractère quasi mythique tant ils étaient beaux, socialement doués, à l’aise en toutes circonstances… Tous ont grandi, et elle revoit chacun identique et différent de l’enfant qu’il fut. Mais la magie de l’enfance n’est-elle pas déjà devenue poussière ?

Conseillé par Jean-Noël Liaut, l’auteur de l’excellente biographie Nancy Mitford, la dame de la rue Monsieur, je n’ai pas attendu longtemps avant de me procurer ce roman assez peu connu en France. Poussière possède un charme particulier et suranné. D’une écriture fine et ciselée, Rosamond Lehmann décrit chaque personnage, chaque mouvement, chaque objet et chaque situation avec beaucoup de détails, de subtilité et de pertinence. Le rythme est lui aussi assez singulier. Les chapitres sont plus ou moins courts. Le temps s’étend avec indolence mais aussi une certaine intransigeance. Le tout est réussi et m’a procuré de belles heures de lecture.

Rosamond Lehmann nous dépeint l’enfance et l’adolescence de Judith. Le lecteur suit une héroïne solitaire et observatrice à travers les saisons et les années. Nous assistons à l’éveil de ses sens et du sentiment amoureux avec tâtonnement, maladresse et parfois une pointe de naïveté. Les relations entre les différents protagonistes sont complexes et parfois ambiguës. Les personnages portent d’ailleurs en eux une part de mystère et d’ombre. C’est aussi une jeunesse pleine de doute, de déception et de mélancolie dus notamment à la Première Guerre mondiale qui nous est donnée à voir. Les femmes sont au premier plan, la difficulté d’être indépendante malgré des études poussées.

Revenir à un classique de la littérature britannique m’a fait un bien fou. Il y a encore quelques semaines, Poussière m’était totalement inconnu tout comme Rosamond Lehmann. La surprise fut donc d’autant plus belle. Paru pour la première fois en 1927, ce roman est beaucoup trop méconnu. Il est sensible et plus complexe qu’il n’y parait.

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  • Avec vue sur l’Arno d’E. M. Forster
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Fanny

L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich

Résumé de l’éditeur : Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Le Grand prix des lectrices Elle 2019 nous propose décidément une belle sélection de témoignages et de policiers. L’Empreinte ne déroge pas à la règle et est en réalité un mélange des deux genres. Ce livre m’a happée dès les premières pages grâce à une écriture fine et brillante. L’écrivaine alterne le récit de son parcours personnel si dur et celui de Ricky Langley, pédophile et assassin. Le parallèle entre les deux nous apparait petit à petit et finit par faire sens. Certains passages sont ardus mais finalement nécessaires aux lecteurs mais aussi à l’écrivaine elle-même. Les dernières pages m’ont laissée sur ma faim même si je comprends le sens de ce choix.

Victime de viol par un membre de sa famille, Alexandria Marzano-Lesnevich est impressionnante de recul, de clairvoyance mais aussi de sensibilité car sous son fort caractère se cache une faille d’une profondeur sans nom. Ce livre est clairement le réceptacle d’une recherche d’explication. Pourquoi les pédophiles sont ce qu’ils sont? Comment surmonter le traumatisme? La justice américaine, la psychologie et le terrain sociologique de Ricky Langley sont également décryptés pour nous. Ce sont aussi les dysfonctionnements réels d’un société et d’individus qui nous sont montrés. Le travail de recherche et d’analyse d’Alexandria Marzano-Lesnevich est assez colossale

Ce livre m’a subjuguée de bout en bout. Alexandria Marzano-Lesnevich fait preuve de talent aussi bien dans son écriture que dans son travail de recherche et sa capacité de recul. Rien n’est tout blanc ni tout noir, la complexité des personnalités présentes dans ce livre est flagrante. Ici pas de pathos mais une vraie réflexion et une quête d’explication. Ce récit est dur parfois. Il est aussi sensible que terrible.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Résumé de l’éditeur : « Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Né d’aucune femme est habillé d’une couverture pour le moins intrigante et d’un résumé qui ne l’est pas moins. Pour son nouveau roman, Franck Bouysse mélange les genres. Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, l’auteur signe une intrigue d’une violence rude et âpre. Une ambiance austère se développe et enveloppe les personnages et par extension le lecteur. Le récit est porté par plusieurs voix. L’auteur n’oublie pas d’adapter son style à chaque protagoniste. Ceci est très bien vu et apporte crédibilité et réalisme à l’ensemble. La plume de l’écrivain est donc clairement à retenir.

La tension s’intensifie de page en page, un malaise s’installe subrepticement et une noirceur s’étend. Franck Bouysse décrit un terroir rural, reculé et oublié de tous. Les personnages sont seuls face à la nature humaine, au danger de la pauvreté et de l’isolement. Nous suivons principalement Rose, une jeune fille dont la vie bascule vers une véritable descente aux enfers. Ma lecture fut parfois ardue. En effet, les rebondissements s’enchainent à la manière d’un tourbillon d’une cruauté sans fin. Certains passages sont d’ailleurs crus et difficiles. Âme sensible, s’abstenir!

Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, Né d’aucune femme est un livre qu’il me sera difficile d’oublier. Le schéma à plusieurs voix est maitrisé grâce à l’adaptation du style à chaque protagoniste. Le lecteur est le témoin d’une descente en enfer. Malgré certains passages assez insoutenables, j’avoue avoir eu bien du mal à lâcher ce livre. En toute sincérité, je suis curieuse de découvrir une autre œuvre de ce romancier.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Le bal des hommed’Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
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Fanny

Vigile d’Hyam Zaytoun

Résumé de l’éditeur : Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque. Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort. Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

Lorsque j’ai découvert que ce livre était présent dans la sélection du Grand prix des lectrices Elle 2019, une sueur froide m’a tout de suite parcourue. J’avais vu passer ce livre un peu partout, je savais donc de quoi il retournait. Ayant vécu il y a quelques années la situation d’Hyam Zaytoun (sans que cela aille aussi loin), j’avoue que je ne me sentais pas tout à fait prête à replonger dans ces moments difficiles. Et puis un soir, je me suis lancée en lisant ce court récit d’une traite. Je ne vous le cache pas, ma lecture fut éprouvante. Forcément, je me suis beaucoup reconnue dans les questionnements de l’écrivaine, dans certaines réflexions mais aussi dans le choc d’un tel évènement.

Hyam Zaytoun nous livre un récit très intime, trop pour certains lecteurs. Me concernant, il m’a fait beaucoup de bien malgré les larmes versées aux souvenirs des heures brûlantes d’attente et d’incertitude. Quelqu’un a enfin mis des mots sur ce que j’avais vécu et sur ce que des milliers de personnes vivent ou vivront. La maladie fait peur et en devient taboue, chacun se renferme sur ses craintes et ses interrogations. Finalement, j’ai réussi à prendre un peu de recul face à cette lecture. A mon sens, il est dommage que l’après ne soit pas plus développé. L’écrivaine nous propose une vision pleine d’espoir mais un peu trop lisse et idyllique à mon goût car  les suites sont loin d’être de tout repos.

J’ai bien conscience que mon article n’est pas vraiment une chronique. Je suis bien trop proche du sujet pour émettre un avis objectif. Dans tous les cas, il s’agit d’un livre fort et poignant qui ne laisse pas indifférent. Je salue la maison d’édition d’avoir édité ce livre, il est important de parler de ce genre de sujet.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • La loi de la mer de Davide Enia
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  • Suzanne de Frédéric Pommier

Fanny

Paradigma de Pia Petersen

Résumé de l’éditeur : Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement. Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique. Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ? Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. Toutes ces énergies convergent vers la déflagration et l’utopie. Un livre total et nécessaire. Et c’est aussi une histoire d’amour, évidemment.

Pia Petersen, danoise et francophone, nous un offre un nouveau roman qui a tout des grands récits américains. Paradigma nous propose de revisiter le présent et transforme la Cité des Anges en un lieu de révolte des plus démunis. Ces derniers ont ainsi voix au chapitre et une visibilité. Axé autour d’un personnage féminin central, le roman donne la parole à toute une panoplie de personnalités : des marginaux, de riches résidents, des carriéristes sans scrupules et bien d’autres. La romancière connait très bien Los Angeles et cela se ressent. Son lecteur parcourt une ville aux multiples facettes où la cérémonie des Oscars côtoie, dissimule et piétine les plus pauvres.

Paradigma, c’est la colère qui naît, s’organise et explose. Une volonté forte, une marche pacifique, l’utilisation des réseaux sociaux et du détournement d’informations informatiques rendent l’ensemble terriblement d’actualité et tellement annonciateur. La faille de San Andreas qui traverse Los Angeles est régulièrement citée comme une métaphore de la fureur qui sommeille, grandit et finit par gronder. Se déploie ainsi un roman sombre que l’amour vient éclairer par intermittence. L’espoir est là aussi, rien n’est graver dans le marbre à jamais. Et surtout pas les modèles sociétaux. Pia Petersen fait également preuve d’une plume maîtrisée et pertinente.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman de bout en bout. Il est assez inclassable, et c’est d’ailleurs très bien comme cela. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. En bref, un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain dans lequel souffle un vent de renouveau. Je ne suis pas prête de l’oublier!

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  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy
  • La nuit n’est jamais complète de Niko Tackian
  • Yaak Valley, Montana de Smith Henderson

Fanny

Bilan de mes lectures : MARS 2019 ~ Lectures à venir : AVRIL 2019

L’hiver touche à sa fin, les jours s’allongent et le jardin commence à se parer de ses jolies couleurs. En mars, j’ai encore profité des jours maussades et du plaid pour lire à un rythme assez soutenu. J’ai fait un voyage au cœur des États-Unis encore minés par le racisme, j’ai assisté au procès et à l’incarcération d’un jeune somalien, j’ai retrouvé mes chères sœurs Brontë, j’ai fait un voyage au cœur du temps, j’ai participé à une révolte au cœur de la mythique Los Angeles, j’ai pleuré devant les mots d’Hyam Zaytoun, j’ai tremblé pour Rose et j’ai bien rigolé grâce à l’humour noir d’Arthur de Pins.

Nombre de livres lus : 10

Nombre de pages lues : 2257


(Pour lire les chroniques disponibles, cliquez sur les couvertures)

Le chant des revenants de Jesmyn Ward, éd. Belfond, 272 p.

 Jesmyn Ward nous propose un roman fort et poignant grâce à une très belle écriture poétique. Le récit social et réaliste est également ancré dans l’Histoire et l’actualité des États-Unis. Chaque personnage porte le lourd héritage de l’esclavagisme, de la ségrégation et du racisme. Un roman nécessaire, c’est certain.

4,5/5

Pirate n° 7 d’Élise Arfi, éd. Anne Carrière, 180 p.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

4/5

Les aventures de Donovan S. de Virginie Nuyen, éd. NiL, 192 p.

Susanne Jansson signe un thriller d’ambiance où la nature, et plus particulièrement la tourbière suédoise, est omniprésente et impitoyable. Nous sommes également face à un roman psychologique. Malheureusement, ce récit n’a pas remporté totalement mon adhésion. En effet, je n’ai pas réussi à m’attacher à la plupart des personnages.

3/5

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl, éd. Folio, 320 p.

Sans être experte concernant les biographies, je dois dire que le travail de Jean-Pierre Ohl sur les Brontë m’a plutôt conquise. Il apporte un nouvel éclairage sur le sujet. J’ai pris plaisir à lire ce livre et à redécouvrir la vie si dramatique et si littéraire de cette famille hors du commun et pourtant si représentative d’une certaine époque.

4,5/5

How to stop time de Matt Haig, éd. Hélium, 352 p.

How to stop time n’est pas forcémment un roman très joyeux à l’heure où le bonheur est normé et devient une obligation sociale. Matt Haig a su me prendre par la main pour sauter dans le vide d’une existence sans fin, ou presque. La solitude, la mélancolie, le temps et le sens de la vie sont autant de thèmes qui ont suscité mon intérêt.

4/5

Paradigma de Pia Petersen, éd. Les Arènes, 383 p.

Paradigma est un roman où la colère nait, s’organise et explose. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. Une plume maitrisée et tellement pertinente se déploie sur plus de 350 pages. Un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain.

4,5/5

Vigile de Hyam Zaytoun, éd. Le Tripode, 124 p.

Hyam Zaytoun signe un témoignage à fleur de peau sur le sujet douloureux de la crise cardiaque de son conjoint. La peur, le questionnement, le positionnement de l’accompagnant sont au cœur du récit. J’ai lu ce livre les yeux tout embués de larmes retenues. Un coup au cœur!

5/5

Né d’aucune femme de Franck Bouysse, éd. La manufacture des livres, 334 p.

Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, Né d’aucune femme est un livre qu’il me sera difficile d’oublier. Le schéma à plusieurs voix est maitrisé. L’auteur adapte son style à chaque protagoniste. Le lecteur est le témoin d’une descente en enfer. Un roman que j’ai eu bien du mal à lâcher.

4/5

Zombillénium, Tome 1 et 2 d’Arthur de Pins, éd. Dargaud, 100 p.

Cela fait plusieurs années que je souhaitais découvrir cette série de bande-dessinée au style assez caractéristique. Je suis ravie que ces deux premiers tomes soient tombés entre mes mains. Action et humour noir sont au rendez-vous. J’ai beaucoup ri en compagnie de cette bande de personnages tous plus hors du commun les uns que les autres.

4/5

Lectures EN COURS

LECTURES PRÉVUES EN AVRIL

Très bon mois d’avril à tous!

Fanny

2 livres, 2 avis, 1 billet

Rosalie Blum, Intégrale de Camille Jourdy

Rosalie Blum est un roman graphique présent depuis très longtemps dans ma wishlist. Je suis donc ravie d’avoir enfin eu l’occasion de le découvrir. Camille Jourdy développe son intrigue en trois tomes réunis depuis 2016 en une intégrale. La dessinatrice retranscrit assez bien l’ambiance de certaines villes françaises où l’ennui et la routine prennent vite le pas. Elle y ajoute sa patte si particulière avec une bonne dose de loufoque et de fantaisie. Le ton est gentiment cruel envers certains personnages mais finalement souvent tendre et bienveillant. Le lecteur apprend à connaitre chaque protagoniste dans ses moindres détails. Très vite, on se rend compte que rien n’est tout blanc ni tout noir, chaque personnalité finit par être nuancée. D’autant plus que de lourds secrets sont à l’œuvre en arrière plan. La famille est interrogée tout comme l’amour ou l’amitié. Il s’agit d’une très bonne lecture. Je crois même que j’irais picorer à l’avenir quelques passages par-ci par-là.

Les aventures de Donovan S. de Virginie Nuyen

Soyons clair, ce roman est un objet littéraire non identifié. En bref, un OLNI. Ouvrir ce livre, c’est partir pour une aventure absurde, pince sans rire et cruelle. La romancière prend un malin plaisir à tourner en dérision ses personnages. L’exquise viande de Donovan est demandée dans le monde entier. Mais ceci n’est pas sans conséquences et va entrainer bien des questionnements. Les stratégies de communication, la soif d’expansion, le luxe et la consommation se trouvent dans le viseur empreint d’impertinence de Virginie Nuyen. Le rythme est effréné, les chapitres sont courts et le style est plaisant à lire. Il s’agit d’une lecture plutôt agréable sur le moment doublée d’un propos assez inédit et intéressant. Cependant, une fois la dernière page tournée, j’avoue être restée sur ma faim. Je n’ai pas tout à fait saisi la finalité de ce roman ni le questionnement profond de la romancière. Je serais tout de même curieuse de lire un nouvel ouvrage de celle-ci.

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  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry
  • Mauvais genre de Chloé Cruchaudet
  • Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Fanny

How to stop time de Matt Haig

Résumé de l’éditeur : Tom Hazard vient de postuler pour devenir professeur d’histoire dans un collège londonien. Il se tient résolument à l’écart des autres. Car Tom a un secret. Il est atteint d’anagérie, une condition qui survient à la puberté et provoque un vieillissement extrêmement plus lent que la normale. Il doit donc tout taire pour ne pas éveiller les soupçons et risquer de devenir un objet d’étude scientifique ou, pire, d’être tué. Il renonce ainsi, chaque fois que le danger se précise, à la vie qu’il s’est construite, recommençant tout à zéro ailleurs. C’est ainsi qu’il a dû abandonner sa fille, atteinte du même mal que lui. Depuis lors, il n’a qu’une idée en tête : la retrouver, morte ou vivante. Mais voilà qu’il est en train de tomber amoureux de Camille, une simple mortelle – lui qui sait que l’envie de se rapprocher d’elle est la pire chose qui puisse lui arriver…

Cela fait plusieurs mois que je ne vous ai pas parlé d’un roman jeunesse. Il s’agit pourtant d’un genre que j’affectionne mais que je le laisse souvent de coté par manque de temps. Hélium m’a permis de découvrir un livre de leur catalogue et j’en suis la première ravie. How to stop time de Matt Haig est un peu particulier car il mêle aventure, surnaturel, histoires d’amour (et d’amitié) et thématiques fortes. Ce joyeux mélange forme un roman complet et plutôt addictif. Sans être rédhibitoire, quelques longueurs viennent freiner le récit à certains moments pour mieux rebondir ensuite. Les nombreux flashbacks donnent la mesure de l’existence si particulière de Tom Hazard. Une vie longue, très longue.

Tout en nuance, Tom Hazard est un personnage complexe. En effet, il est à la fois un héros et un antihéros. Sa particularité exceptionnelle voire enviable de vieillir très lentement fait face à un mal-être, une solitude et une mélancolie à fleur de peau qui ne cessent de le poursuivre. Il semble ne jamais trouver sa place ni vivre pleinement. Matt Haig introduit donc des thématiques fortes, notamment pour un jeune public. Le passage du temps, le vieillissement et le sens de la vie sont également très présents dans le roman et m’ont particulièrement marquée. J’aime l’idée que le temps soit insaisissable, qu’il soit différent pour chacun, qu’il s’étire ou qu’au contraire il rétrécisse.

How to stop time n’est pas forcémment un roman très joyeux à l’heure où le bonheur est normé et devient une obligation sociale. C’est sûrement ce qui fait en partie son charme. Matt Haig a su me prendre par la main pour sauter dans le vide d’une existence sans fin, ou presque. La solitude, la mélancolie, le temps et le sens de la vie sont autant de thèmes qui ont suscité mon intérêt. Un bon moment de lecture!

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  • La saga des marquises de Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas
  • Section 13, Livre 1 : Jack et le bureau secret de James R. Hannibal
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Fanny

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl

Résumé de l’éditeur : Les sœurs Brontë… Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevent, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ; la deuxième à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l’alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité y avait-il pour que tous ces talents si originaux poussent ainsi à l’ombre du presbytère de Haworth? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean-Pierre Ohl tente d’en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd’hui encore, rend si proches de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.

On ne présente plus les trois sœurs Brontë. Chacune d’entre elles a donné vie à un chef d’œuvre : Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts de Hurlevent pour Emily et La recluse de Wildfell Hall pour Anne. Après Charles Dickens, Jean-Pierre Ohl s’attaque donc à un nouveau mastodonte de la littérature britannique. Ce livre regroupe en réalité plusieurs biographies. En effet, chaque membre de la famille Brontë est décrit. L’existence des contemporains de cette époque est également dépeinte. L’auteur explique régulièrement le contexte historique et notamment les différents soulèvements sociaux qui viennent troubler la paix du presbytère de Haworth dans le Yorkshire.

Le biographe apporte un nouvel éclairage au sujet. Le travail s’avère délicat car l’étude des Brontë repose principalement sur la correspondance familiale, et notamment celle très suivie de Charlotte, et sur des témoignages. Jean-Pierre Ohl n’hésite pas à réécrire la légende construite au fil des ans en nous proposant des analyses plausibles appuyées d’arguments pertinents. Il remet également en question la vision partiale d’Elizabeth Gaskell, amie et première biographe de Charlotte Brontë. Malgré l’exercice clairement exigeant, l’ensemble est clair et facile à lire. Pour ne rien gâcher, un cahier central nous présente une sympathique sélection d’illustrations.

Je ne suis pas une experte en biographie mais je dois dire que le travail de Jean-Pierre Ohl m’a plutôt conquise. J’ai pris plaisir à lire ce livre et à redécouvrir la vie si dramatique et si littéraire des Brontë. N’hésitez donc pas à vous lancer, je suis certaine que certains d’entre vous trouverons leur bonheur dans cet ouvrage. De quoi donner envie de parcourir la précédente biographie de l’auteur à propos de Charles Dickens.

Lu grâce à la masse critique Babelio et les éditions Folio.

babelio

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  • Le monde infernal de Branwell Brontë de Branwell Brontë
  • Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë
  • Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) par Constance Lacroix

Fanny

Anatomie d’un scandale de Sarah Vaughan

Résumé de l’éditeur : Kate vient de se voir confier l’affaire de sa vie, celle qui accuse l’un des hommes les plus proches du pouvoir d’un terrible crime. Kate doit faire condamner James Whitehouse. Sophie adore son mari, James. Elle est prête à tout pour l’aider et préserver sa famille. Sophie doit trouver la force de continuer comme avant. Comme avant, vraiment ? Quels sombres secrets dissimule le scandale, et à quel jeu se livrent réellement ces deux femmes et cet homme ? Elle veut le détruire. Elle veut le sauver. La vérité est une chose dangereuse.

Le précédent roman de Sarah Vaughan, La ferme du bout du monde, ne m’avait pas totalement convaincue. Anatomie d’un scandale se situe dans une toute veine. En effet, l’écrivaine britannique nous propose un thriller juridique et domestique plutôt bien ficelé. Trois points de vue se font face comme trois visions de l’affaire en question. La parole est donnée aux femmes. Et pour cause, les histoires personnelles des narratrices vont se rejoindre pour ne faire plus qu’une. Des allées et venues dans le temps sont également présents. Les flashbacks permettent d’ailleurs de bien saisir la chronologie des faits et la place de chacun.

Sarah Vaughan décrypte la fabrication des élites britanniques dans de grandes universités prestigieuses et très sélectives, ici Oxford. Le monde cruel de la politique, l’obsession du pouvoir, la sauvegarde des apparences peu importe le prix sont également montrés du doigt. Tous les coups sont permis pour écraser et museler les plus faibles. Le récit très classique de la femme trompée n’est franchement pas ce que j’ai préféré dans ce roman. Par contre, je retiendrais le sujet fort et d’actualité mis en avant, à savoir le consentement et la notion de viol. En effet, le procès pose bien des questions dont les réponses ne seront pas sans conséquences.

Sarah Vaughan signe un thriller juridique et domestique plutôt intéressant. Elle détaille des thématiques d’actualité comme l’obsession du pouvoir, la fabrication des élites et surtout la notion de viol. Je regrette le manque d’originalité de certains passages, notamment le récit de l’épouse d’un homme politique trompée.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny