Watership Down de Richard Adams

Résumé de l’éditeur : C’est dans les fourrés de collines verdoyantes que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie. Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’achèvera-t-elle vraiment là? Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par-dessus tout, vous éprouverez l’irrépressible désir de lutter à leurs côtés.

Aurais-je imaginé un jour suivre les folles aventures d’un groupe de lapins ? Je ne crois pas. Et pourtant, la littérature permet toutes les possibilités. Suite au succès de cette histoire auprès de ses filles, Richard Adams décide de la mettre par écrit. Dès sa parution en 1972, ce livre connait un grand succès et je comprends tout à fait pourquoi. J’ai donc foncé tête baissée dans ce roman hors du commun. Ce dernier nous propose une véritable aventure épique. Hazel et ses compagnons doivent affronter les dangers les plus sérieux à la recherche d’une certaine liberté et du bonheur. Le romancier dépeint la campagne du Hampshire grâce à de belles descriptions détaillées.

Richard Adams s’est beaucoup renseigné à propos de ses petits héros. Nous découvrons ainsi leur organisation, leur habitat, leur moyen de communication, leur reproduction, leur peur et leur défense. C’est passionnant! Ce roman est aussi une expérience puisqu’il permet au lecteur de se mettre à hauteur de lapin et de voir le monde à travers leurs yeux. Il possède donc une vraie portée écologique. C’est tout simplement terrorisant puisque le danger est partout présent, une existence sur le fil et sur un qui-vive permanent. A part quelques rares longueurs, j’avoue m’être facilement laissée porter par les mots de l’auteur. Mention spéciale au travail d’édition et aux illustrations de Mélanie Amaral.

Watership Down m’a permis de vivre une aventure épique hors du commun. La littérature repousse toutes les barrières et fait passer des messages. Richard Adams nous offre ici une leçon de vie et d’écologie. Quel crève-cœur de laisser derrière moi la garenne de Hazel et ses compagnons… Je suis impatiente de retrouver tous ces lapins dans la prochaine adaptation par la BBC.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

babelioVous aimerez aussi découvrir :

  • L’extraordinaire voyage de Sabrina de P. L. Travers
  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry
  • La femme d’argile et l’homme de feu de Helen Wecker

Fanny

Broadway Limited, Tome 2 : Un shim sham avec Fred Astaire de Malika Ferdjoukh

Résumé de l’éditeur : Janvier 1949. Six. Elles sont six à souffler sur leurs doigts quand le brouillard s’attarde sur New York. Avant de se réchauffer dans la cuisine de l’honorable pension Giboulée, où elles partagent aussi leurs rêves fous, leurs escarpins trop pointus et quelques pancakes joufflus. Un jour, elles seront comédiennes ou danseuses, et Broadway sera à leurs pieds. En attendant, Hadley, Manhattan, Page, Chic, Etchika et Ursula courent les théâtres, les annonces, les auditions, les cachets – New York est une ville fabuleuse à condition d’avoir des sparadraps dans son sac. Elles ont 19 ans ou à peine plus, et elles donneraient tout pour réussir, elles qui n’ont rien, en dehors de leur talent. Cela peut-il suffire dans cette Amérique d’après-guerre qui ne fait pas de cadeau ? Pas sûr. Mais si elles n’y croient pas, si elles n’y croient pas scandaleusement, qui y croira ?

Trois années d’attente afin de pouvoir déguster la suite des aventures des habitants de la pension Giboulée. Le temps fut bien long mais quel bonheur d’avoir enfin retrouvé toute cette ribambelle de personnages, toute cette agitation et le New-York de la fin des années 40. Malika Ferdjoukh nous offre un roman au rythme endiablé. Pas de temps mort pour nos héros, l’avenir n’attend qu’eux. Grâce à la fantaisie naturelle de la romancière, c’est une nouvelle fois un régal de découvrir jeux de mots et répartie. Les protagonistes possèdent un charisme fou et provoquent une empathie immédiate. Je nourris un attachement tellement fort pour eux que je suis déjà impatiente de bientôt les retrouver.

Malika Ferdjoukh nous fait passer par toute une palette de sentiments : joie, nostalgie, déception, émotion. Certaines scènes m’ont brisé le cœur. D’autres m’ont au contraire gonflée d’espoir. La romancière distille finement des élèments historiques comme la chasse aux communistes ou encore la ségrégation raciale. Ce roman est aussi l’occasion de croiser de nombreuses célébrités de cette époque. Je retiendrais l’apparition tonitruante de Billie Holiday et l’arrivée du fabuleux Fred Astaire. Avec magie, elle fait revivre toutes ces grandes figures de la scène artistique américaine des années 40 et 50. Les nombreuses références au cinéma et à la musique ne sont pas en reste.

Cela fait plusieurs années que j’admire Malika Ferdkoukh, son talent de conteuse et son sens de la répartie. Chaque lecture ne fait que confirmer ce sentiment. Un shim sham avec Fred Astaire apporte à son lecteur ce qu’il faut de magie, de rêve mais aussi d’un certain réalisme. Je ne peux qu’être reconnaissante envers cette écrivaine d’apporter autant de fantaisie dans nos vies d’adulte.

D’autres romans de Malika Ferdjoukh à découvrir :

  • Broadway Limited, Tome 1 : Un dîner avec Cary Grant 
  • Chaque soir à 11 heures
  • Fais-moi peur
  • Quatre sœurs
  • Taille 42

Fanny

Ásta de Jón Kalman Stefánsson / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence  : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur. Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques et les pays pour nous raconter l’urgence autant que l’impossibilité d’aimer. À travers l’histoire de Sigvaldi et d’Helga puis, une génération plus tard, celle d’Ásta et de Jósef, il nous offre un superbe roman, lyrique et charnel, sur des sentiments plus grands que nous, et des vies qui s’enlisent malgré notre inlassable quête du bonheur.

Second roman islandais à passer entre mes mains après La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, Ásta fut une très belle surprise. Jón Kalman Stefánsson a su m’embarquer vers sa terre de glace si fascinante. Il nous propose de suivre plusieurs générations d’une même famille gravitant autour d’un personnage central, Ásta. Sans logique chronologique, le romancier nous raconte son histoire à la manière d’un puzzle à reconstituer. Les pièces s’assemblent finalement naturellement pour nous offrir un récit d’une grande force. Il n’est pas utile de tout saisir du premier coup, il suffit de se laisser porter par la superbe plume de l’auteur.

Ce roman  est l’occasion de découvrir une Islande encore repliée sur elle-même dont la jeunesse recherche une ouverture sur le monde sous l’œil soucieux des plus anciens. L’âpreté et la rudesse du climat et du relief sont également palpables. Elles sont à l’image de la vie difficile des protagonistes qu’un peu de douceur vient quelquefois soulager. Que ce soit Ásta, son père, sa nourrice, tous les personnages provoquent un réel intérêt ainsi qu’une empathie. Les souvenirs, la mémoire joueuse, les regrets sont autant de thématiques développées par Jón Kalman Stefánsson. Ce dernier distille également une certaine ironie à plusieurs reprises.

Je suis plus que ravie d’avoir découvert la plume et le talent de conteur de Jón Kalman Stefánsson. L’atmosphère, les personnages, la profondeur des différentes thématiques et le charme de l’Islande font de ce roman une lecture prenante et une œuvre marquante. De quoi donner envie d’aller plus loin avec cet auteur.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La maison des hautes falaises de Karen Viggers
  • Les reflets d’argent de Susan Fletcher
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Fanny

Bilan de mes lectures : NOVEMBRE 2018 ~ Lectures à venir : DÉCEMBRE 2018

Dernière ligne droite avant de clôturer l’année 2018! L’effervescence autour des fêtes de fin d’année commence tout doucement à se faire sentir. En attendant les festivités, il est l’heure de faire le point sur les lectures du mois de novembre. Hormis le titre de Jirô Taniguchi, toutes font partie du Grand prix des lectrices Elle 2019. J’ai d’abord suivi le difficile parcours de Rana Ahmad pour fuir l’Arabie Saoudite, j’ai découvert le Japon rural du début du XXe siècle, j’ai suivi une jeune fille dans son rêve fou de remonter le temps, j’ai assisté aux états d’âme de deux écorchés vifs québécois et plusieurs générations d’une même famille islandaise m’ont raconté leur histoire.

Nombre de livres lus : 5

Nombre de pages lues : 1602

         

    


(Pour lire les chroniques disponibles, cliquez sur les couvertures)

Ici, les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad, éd. du Globe, 300 p.

Ici, les femmes ne rêvent pas est le genre de livre qui vous ouvre les yeux et vous indigne. Malgré un style un peu faiblard, je ne peux que vous conseiller de découvrir le parcours édifiant de Rana Ahmad pour fuir l’Arabie Saoudite. Il s’agit d’une véritable miraculée même si sa situation reste encore précaire.

4/5

Elle s’appelait Tomoji de Jirô Taniguchi, éd. Rue de Sèvres, 175 p.

Manga historique, Elle s’appelait Tomoji dépeint le Japon rural du début du XXe siècle. Avec des traits doux et une certaine liberté, Jirô Taniguchi déroule la jeunesse de Tomoji Uchida, fondatrice d’un temple bouddhiste. Pour ne rien gâcher, cette édition chez Rue de Sèvres nous offre quelques pages joliment colorisées.

4/5

La vraie vie d’Adeline Dieudonné, éd. l’Iconoclaste, 265 p.

Le premier roman d’Adeline Dieudonné est à mon sens une réussite. Il est aussi brutal que naïf, aussi sombre que lumineux. La romancière nous plonge dans un huis clos assez glauque au sein d’une cité pavillonnaire pour le moins morne. La jeune héroïne découvre la violence de l’existence mais aussi l’éveil de son corps.

4,5/5

Rivière tremblante d’Andrée A. Michaud, éd. Rivages, 366 p.

Malgré quelques longueurs, j’ai fini par apprécié ce roman. Andrée A. Michaud prend son temps et s’éloigne parfois du thriller pour nous offrir un roman davantage psychologique. Le vocabulaire québécois utilisé m’a tout de suite sauté aux yeux. Il apporte une vraie identité ainsi qu’une authenticité et un caractère à cette histoire.

4/5

Ásta de Jón Kalman Stefánsson, éd. Grasset, 496 p.

Jón Kalman Stefánsson a su m’embarquer vers sa terre de glace si fascinante. Il nous raconte son histoire à la manière d’un puzzle à reconstituer. Les pièces s’assemblent finalement naturellement pour nous offrir un récit d’une grande force. Sans logique chronologique, nous découvrons les générations d’une même famille.

5/5

Et… Des mangas en pagaille!

              

    

LECTURES EN COURS

    

LECTURES PRÉVUES EN DÉCEMBRE

         

         

A très bientôt. en attendant, je vous souhaite un joli mois de décembre!

Fanny

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons

Résumé de l’éditeur : Au printemps 1938, l’Autriche n’est plus un havre de paix pour les juifs. Elise Landau, jeune fille de la bonne société viennoise, est contrainte à l’exil. Tandis que sa famille attend un visa pour l’Amérique, elle devient domestique à Tyneford, une grande propriété du Dorset. C’est elle désormais qui polit l’argenterie et sert à table. Au début, elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l’humiliation du racisme, du déclassement, l’inquiétude pour les siens, et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto. Peu à peu Elise s’attache aux lieux, s’ouvre aux autres, se fait aimer… Mais la guerre gronde et le monde change. Elise aussi doit changer. C’est à Tyneford pourtant qu’elle apprendra qu’on peut vivre plus d’une vie et aimer plus d’une fois.

Le manoir de Tyneford m’a offert une jolie parenthèse au milieu de mes lectures du Grand prix des lectrices Elle 2019. Ce livre dormait dans ma pile à lire depuis des années. J’avoue ne pas bien saisir comment un tel ouvrage a pu y rester aussi longtemps. Bref, passons maintenant aux choses sérieuses. Le roman débute à Vienne durant la période charnière d’avant-guerre. Les tensions grimpent et la haine envers une partie de la population commence à se faire sentir. C’est le moment pour Élise de tout quitter et de se mettre au service d’un manoir anglais en tant que bonne. Natasha Solomons décrit le déracinement, l’inquiétude mais aussi l’urgence de ces temps troublés avec beaucoup de sensibilité.

La romancière possède un style simple mais non dénué d’un certain charme. Il n’a donc pas été difficile de se laisser porter. J’aime de toute façon beaucoup l’ambiance so british que propose ce genre de roman. Le contexte spatio-temporel est bien rendu que ce soit du point de vue de l’Histoire que des descriptions du littoral du Dorset, ses falaises, sa mer capricieuse et ses manoirs majestueux. Les personnages ne sont pas en reste et sont aussi charismatiques qu’attachants. Le dénouement m’a plutôt surprise par sa rapidité, à tel point que je ne sais toujours pas s’il me séduit ou non. L’art est toujours présent dans les récits de Natasha Solomons. Ici, la musique, l’écriture et la littérature font partie intégrante de l’intrigue.

Récit historique, initiatique et romantique, Le manoir de Tyneford m’a beaucoup plu. J’ai particulièrement apprécié le style simple mais expressif de Natasha Solomons malgré une fin étonnante. Je retiendrais d’ailleurs les personnages attachants mais aussi les belles descriptions de la côte du Dorset. L’Histoire et les destins individuels se rejoignent pour nous offrir un roman prenant et non dénué de charme.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • L’été avant la guerre de Helen Simonson
  • La vie quand elle était à nous de Marian Izaguirre
  • Lettres à Stella de Iona Grey

Fanny

Rivière tremblante d’Andrée A. Michaud / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Août 1979. Michael, douze ans, disparaît dans les bois de Rivière-aux-Trembles sous les yeux de son amie Marnie Duchamp. Il semble avoir été avalé par la forêt. En dépit de recherches poussées, on ne retrouvera qu’une chaussure de sport boueuse. Trente ans plus tard, dans une ville voisine, la petite Billie Richard, qui s’apprête à fêter son neuvième anniversaire, ne rentre pas chez elle. Là encore, c’est comme si elle avait disparu de la surface de la terre. Pour son père comme pour Mamie, qui n’a jamais oublié le traumatisme de l’été 79, commence une descente dans les profondeurs du deuil impossible, de la culpabilité, de l’incompréhension. Ils ne savent pas qu’un autre drame va frapper le village de Rivière-aux-Trembles…

Premier roman québécois à passer entre mes mains, Rivière tremblante a d’emblée attisé ma curiosité. Le vocabulaire québécois utilisé m’a tout de suite sauté aux yeux. Il apporte une vraie identité ainsi qu’une authenticité et un caractère à cette histoire. Le style d’Andrée A. Michaud est donc à retenir, sans aucune doute. La romancière se joue des codes du roman noir et dirige son intrigue vers des enjeux davantage psychologiques. Ce sont bien les deux personnages principaux, Marnie et Bill, qui portent le récit. Ils représentent ceux qui restent après la disparition d’un enfant et sont donc également suspects à un moment ou à un autre.

Andrée A. Michaud prend son temps pour construire son intrigue. Ce fut d’ailleurs peut-être un peu trop long pour moi, à tel point que je me suis régulièrement demandée où elle souhaitait en arriver. Cependant, les personnages sont finement croqués et analysés. J’ai fini par me prendre au jeu et par m’intéresser à leur parcours, à leur peur mais aussi à leur questionnement existentiel. Comment rester insensible à leur désarroi? Impossible, je peux vous l’assurer. La nature, les grands espaces et les élèments (parfois déchainés) sont également très présents. Le lecteur se retrouve plongé dans une atmosphère venteuse et inquiétante.

Rien n’était gagné avec ce roman, quelques longueurs sont en cause. Pourtant, Andrée A. Michaud a finalement su me prendre par la main et m’emporter dans son univers. J’ai aimé la langue, la fine psychologie des personnages et l’ambiance des grands espaces québécois. C’est un roman sur les enfants disparus mais aussi sur leur entourage, sur ceux qui restent.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Baïnes de France Cavalié
  • L’enfant du lac de Kate Morton
  • La lumière des étoiles mortes de John Banville

Fanny

La vraie vie d’Adeline Dieudonné / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs. Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Il est souvent difficile de lire un roman vu partout et ayant suscité autant de réaction. Il faut tenter de garder la tête froide pour éviter toute déception. Dès les premières pages, Adeline Dieudonné annonce la couleur. Elle nous plonge dans un huis clos assez glauque au sein d’une cité pavillonnaire pour le moins morne. La romancière fait preuve d’un style réaliste à la manière de certains romans américains et d’une écriture franche. J’ai lu des récits bien plus forts que celui-ci mais j’avoue n’être pas restée insensible à cette histoire. Une noirceur est présente. Une certaine scène m’a d’ailleurs fait particulièrement froid dans le dos.

C’est aussi un roman d’apprentissage que nous offre Adeline Dieudonné. Nous suivons une jeune héroïne qui n’est jamais nommée. Elle représente ainsi n’importe quel enfant persécuté. Elle découvre la violence de l’existence mais aussi l’éveil de son corps. Ce roman est aussi brutal que naïf, aussi sombre que lumineux. L’espoir, la connaissance, l’amour, les sensations, un objectif vont permettre à la narratrice de se surpasser et de grandir. Ses choix seront déterminants, aussi durs soient-ils. En lisant ce roman, je n’ai pu m’empêcher de penser à tous les jeunes gens enfermés dans ce genre de situation si compliquée. Ils sont tellement nombreux.

J’ai aimé ce roman dans son ensemble. Il porte un message fort et une héroïne hors du commun. Adeline Dieudonné nous propose une atmosphère aussi  brutale que naïve, aussi sinistre que lumineuse. Elle se démarque par son style et un certain sens du réel et de l’enfance malmenée. Une romancière à suivre, c’est certain.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • L’attrape-coeurs de J. D. Salinger
  • L’étoile d’argent de Jeannette Walls
  • Le plus beau de tous les pays de Grace McCleen

Fanny

Ici les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad

Résumé de l’éditeur : Rana, dix ans, fonce sur son vélo flambant neuf. Heureuse, insouciante, choyée par son père, un vent de liberté lui caresse le visage. Quinze jours plus tard, c’est terminé. Son vélo est donné à l’un de ses oncles. Encore quelques mois et elle devra, pour être une bonne musulmane aimée d’Allah, porter l’abaya noire sur son corps, le niqab sur son visage et le tarha sur sa tête et ses épaules. Ensuite, ses parents lui trouveront un mari et elle sera condamnée à ne plus rien faire que la cuisine, le ménage et ses cinq prières par jour. C’est la loi. Il ne reste à Rana que ses yeux pour pleurer et contempler son monde : l’Arabie saoudite des années 2000. Mais sur ce monde, elle porte un regard impitoyable. La frustration sexuelle fabrique des obsédés et des hypocrites. L’obsession et l’hypocrisie transforment les hommes en ennemis de leurs propres sœurs, filles ou épouses. Les agressions et les violences quotidiennes donnent aux femmes l’envie de fuir. Très peu réalisent ce rêve fou. Rana sera l’une d’elles. Elle n’a jamais oublié le vent de liberté de ses dix ans, elle est prête à tout pour le retrouver et en jouir, et, cette fois, en adulte.

Depuis plusieurs mois, la parole des femmes se libère et les affaires de harcèlement et d’agression sont de plus en plus médiatisées. La littérature est également un bon moyen de révéler son histoire et de faire passer des messages. Dans son témoignage, Rana Ahmad nous raconte son parcours en Arabie Saoudite. Son enfance, ses illusions, son mariage, ses remises en question et sa fuite nous sont narrés. Son père, figure bienveillante, est toujours présente. C’est aussi tout un pays qu’elle nous décrit, un pays englué dans l’hypocrisie ainsi qu’un extrémisme religieux. La soumission des femmes y est normal, je ne pense rien vous apprendre.

Contre vents et marées et poursuivie par certains membres de sa famille, Rana Ahmad prend le chemin des migrants en passant par la Turquie, la Grèce vers son pays d’adoption, l’Allemagne. C’est un véritable parcours du combattant, et c’est peu de le dire, aussi bien du point de vue physique, mental et spirituel. Le style n’est pas ce que l’on retiendra de cet ouvrage. La langue et la construction sont assez limitées. Rien de surprenant puisque Rana a écrit son texte en allemand, qui n’est pas sa langue natale et qu’elle pratique depuis quelques années seulement. A mon sens, le fond est ici clairement plus important que la forme. Nous sommes révoltés mais aussi tellement impuissants.

Ici les femmes ne rêvent pas ouvre les yeux et nous indigne. Malgré un style un peu faiblard, je ne peux que vous conseiller de découvrir le parcours édifiant de Rana Ahmad. Cette dernière est une miraculée, mais combien de femmes sont mortes ou sont encore persécutées en Arabie Saoudite et plus largement dans tous les pays du monde ?

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford
  • Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider

Fanny

Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs de Dominique Missika

Résumé de l’éditeur : Elles sont trois sœurs : Madeleine, Denise et Simone Jacob, rescapées des camps de la mort. Madeleine, dite Milou, et Simone déportées avec leur mère Yvonne parce que juives à Auschwitz et à Bergen-Belsen ; Denise, à Ravensbrück. Rapatriées en mai 1945, Milou et Simone apprennent à Denise, déjà rentrée, que leur mère est morte d’épuisement. De leur père, André, et de leur frère Jean, elles espèrent des nouvelles. Déportés en Lituanie, ils ne reviendront jamais. Pour les sœurs Jacob, le retour est tragique. À la Libération, on fête les résistants, mais qui a envie d’écouter le récit des survivants ? Milou et Simone ne rencontrent qu’indifférence, incompréhension et gêne, alors elles se taisent. Mais, peu à peu, la vie reprend ses droits. Les jeunes femmes semblent heureuses quand, en 1952, Milou meurt dans un accident de voiture. Denise et Simone restent les deux seules survivantes d’une famille décimée. Plus que jamais inséparables.

Dominique Missika, spécialiste de la Résistance et de la Déportation durant la Seconde Guerre mondiale, nous propose un nouvel ouvrage consacré à la famille Jacob dont est issue Simone Veil. Les entrevues avec cette dernière et sa grande soeur Denise Vernay mais aussi les recherches de l’historienne ont permis la publication de ce livre. Avec simplicité et clarté, le parcours vers l’horreur, l’indicible et l’incompréhensible nous est dévoilé. L’historienne détaille particulièrement les maux psychologiques de l’après et du retour à un semblant de normalité. Toute leur vie, des fantômes vont poursuivre Denise et Simone.  Elles vont tout de même réussir à en faire une force pour se hisser vers des destins hors du commun.

Je me dois d’être franche. Je n’ai pas forcémment appris beaucoup d’élément avec à ce livre. En effet, j’ai lu il y a plusieurs années Une jeunesse au temps de la Shoah (première partie de la l’autobiographie de Simone Veil). Je me suis également pas mal documentée sur le retour des déportés pour des raisons familiales et plus particulièrement généalogiques, mon grand-père ayant été forcé au Service de travail obligatoire (STO). Ce dernier n’est d’ailleurs jamais mentionné dans cet ouvrage contrairement à d’autres types de déportation, à croire que les STO semblent toujours aussi peu considérés même 75 ans après. Cela n’enlève rien à la qualité du travail de Dominique Missika tout à fait louable et documenté.

Les inséparables est un bon livre pour découvrir Simone Veil et plus largement la famille Jacob. C’est aussi un bon moyen de débuter avec le sujet de la Déportation. Il permet de comprendre les rouages psychologiques qu’impliquent une telle expérience et un tel retour brutal au quotidien. Si vous souhaitez aller plus loin, je ne peux que vous conseillez d’aller vers l’autobiographie édifiante et très intéressante de Simone Veil.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford
  • Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil

Fanny

Chroniques japonaises #1 : Les délices de Tokyo et Jirô Taniguchi

Je vais tout vous avouer, je suis en pleine phase japonaise. Comme elle ne semble pas vouloir passer et plutôt que de garder les belles découvertes pour moi, je vais les partager avec vous dans ces Chroniques japonaises. C’est parti pour un voyage au pays du soleil levant!

Un film : Les délices de Tokyo (2015)

Adapté du célèbre roman (que je n’ai pas encore lu) de Durian Sukegawa, Les délices de Tokyo nous conte la rencontre de trois personnages : Sen, cuisinier dans un tout petit restaurant de doryakis, Tokue, vieille femme cherchant à se faire employer par Sen, et Wakana, jeune lycéenne fréquentant régulièrement les lieux. Très vite, le spectateur ressent que chacun porte un secret ou un mal-être qui les empêche d’avancer et de vivre totalement. La cuisine est au centre de l’histoire et plus particulièrement l’anko (pâte de haricot rouge sucrée) dont Tokue excelle la confection. Outre la transmission de cette recette, elle distille au quotidien des leçons de vie toutes simples mais finalement essentielles. Dans un souci de ne pas trop en dévoiler, je peux juste vous dire que c’est aussi la société japonaise qui est remise en question. L’esthétique général est réaliste et sobre. Un film contemplatif où la parole est d’or.

Un manga : Elle s’appelait Tomoji de Jirô Taniguchi

    

Admiratrice de Jirô Taniguchi depuis une bonne dizaine d’années, je garde encore un souvenir ému de ma lecture de Quartier lointain. Elle s’appelait Tomoji est un manga historique qui donne la part belle à l’ère Taishô (1912-1926) puis à l’ère Shôwa (1926-1989). Le dessinateur nous donne à voir un Japon rural où la famille est au centre de la vie de chacun, les mariages arrangés, le travail harassant et la nature luxuriante. Avec des traits doux et une certaine liberté, il déroule la jeunesse de Tomoji Uchida, fondatrice du temple bouddhiste de Shôjushin. Les faits réels (notamment le tremblement de terre de 1923) couplés à un travail de recherche et à une bonne dose d’imagination donnent à ce récit crédibilité et sensibilité. Comment grandir lorsque le malheur vous frappe à plusieurs reprises pendant l’enfance, quelles échappatoires sont possibles? Pour ne rien gâcher, cette édition chez Rue de Sèvres nous offre quelques pages joliment colorisées, un vrai plaisir pour les yeux.

J’espère que cet article vous aura plu. D’autres arriveront prochainement. En attendant, je suis preneuse de toutes vos suggestions.

Fanny