Interview d’auteur #4 – Lyliane Mosca nous parle de La vie rêvée de Gabrielle

Les Presses de la cité m’ont contactée afin d’interviewer Lyliane Mosca lors du salon littéraire Le livre sur la place à Nancy. C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté cette entrevue. J’ai donc retrouvé l’écrivaine et Lætitia, l’attachée de presse de la collection Terres de France des Presses de la cité, le 8 septembre autour d’un verre sur la très belle place Stanislas. La romancière nous parle de son dernier roman : La vie rêvée de Gabrielle. Vous pouvez retrouver mon avis en cliquant ici. J’espère que cet échange vous intéressera et que vous souhaiterez ensuite vous pencher sur ce roman.

    

1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours. Comment en êtes-vous venue à écrire ?

J’ai toujours eu envie d’écrire, depuis ma plus tendre enfance. Ensuite, j’ai fait autre chose, notamment du secrétariat. J’ai été licenciée de mon entreprise. Finalement, ce fut une opportunité puisque je suis rentrée dans un journal comme pigiste puis embauchée dans ce même journal. C’est le hasard mais j’avais toujours l’idée d’écrire en tête, cette envie. Quand j’ai été en retraite, mon rédacteur en chef m’a proposé de garder la page littéraire du dimanche de l’Est Éclair que nous avions créé. Je me suis dis que c’était peut-être le moment, j’ai donc commencé à écrire. J’ai eu de la chance, mon premier manuscrit, Les gens de Laborde, a été pris aux éditions De Borée. J’ai ensuite écrit sept romans au sein de la même maison d’édition. J’ai suivi Clarisse Enaudeau, d’abord directrice éditoriale chez De Borée puis éditrice de la collection Terres de France aux Presses de la cité. Mon rêve était d’être publié chez cet éditeur.

2. Comment avez-vous rencontré Pierre-Auguste Renoir ?

J’ai toujours aimé les impressionnistes. J’aime Renoir en particulier même si ce n’est pas le seul. Il se trouve qu’il avait une maison dans le département où j’habite. Là-bas, ils ont tout exploité. Ils ont fait une maison Renoir, un centre Renoir. Il venait en vacances à Essoyes, on connaît donc bien son histoire. Il a beaucoup peint le village. Par exemple, Les laveuses a été peint à Essoyes. Cela m’a permis de réapprendre des éléments sur l’artiste. Comme Gabrielle Renard est un personnage de mon département, je trouvais cela également sympathique de la mettre en lumière.

3. Écrire un roman historique nécessite un travail de recherche important, quelles sont les sources sur lesquelles vous vous êtes appuyée?

Je me suis appuyée sur la biographie du petit-neveu de Gabrielle Renard, Bernard Pharisien, qui est encore en vie. C’est un ancien enseignant, il est aussi historien. Il s’est penché sur l’histoire de cette grand-tante. Ils en parlaient beaucoup dans la famille étant donné la vie particulière qu’elle a eu, partie d’un petit village de Champagne. J’ai eu beaucoup de renseignements et d’anecdotes aussi. Cela m’a permis de construire mon personnage au plus près de la réalité. J’ai également lu le livre de Jean Renoir, Pierre-Auguste Renoir, mon père.

4. Gabrielle Renard est un personnage fort et charismatique. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre héroïne?

Dans le village d’Essoyes, tout le monde connaît son histoire. Elle choquait beaucoup par sa liberté et d’avoir poser pour un artiste. Ce n’était pas facile mais elle avait un tempérament volontaire et elle se moquait du qu’en-dira-t-on. Elle a mené la vie qu’elle a voulu. Elle a toujours gardé son franc-parler, son authenticité. Cela plaisait à tout le monde, aux artistes qui venaient. Elle leur faisait ses spécialités culinaires. Elle descendait en costume poser. Par contre, cela déplaisait à Madame Renoir qui en était un peu jalouse. Elle se chamaillait avec Pierre-Auguste de temps en temps mais ils avaient une complicité. Le mystère plane toujours sur la nature de celle-ci. Des réponses sont apportées par rapport à Jean même si en réalité nous n’en savons rien. Gabrielle a beaucoup materné Jean et ce dernier a beaucoup idéalisé Gabrielle. En fait, leur relation est plutôt plausible. On entre aussi dans les secrets de Renoir. Il a eu deux enfants cachés, Jeanne à qui il a laissé une rente et Jean.

Les laveuses (vers 1912)

5.  Dans ce roman, vous redonnez vie à des personnages ayant réellement vécus. Est-ce que cela ne vous a pas posé de difficulté?

Cela a été délicat au début car je n’avais jamais fait cet exercice, mais j’ai pensé que ce serait plus difficile. J’ai réinventé Gabrielle comme s’il s’agissait d’une connaissance. Je me suis tellement mise dans sa peau que je me sentais Gabrielle. J’ai tout vécu à ses côtés. Les sentiments que je lui prête sont assez justes je pense même si je me suis sûrement trompée sur certains points. Bernard Pharisien a lu le livre. J’avais le trac en lui laissant. A part quelques petits détails, il a adoré.

6. Il est beaucoup question du vieillissement de Pierre-Auguste Renoir. Il continue à peindre, à produire et à vendre énormément malgré son déclin physique. Quelle a été la corrélation entre sa production artistique et son vieillissement?

C’était terrible pour lui. C’est sa peinture qui l’a fait tenir aussi longtemps. On lui attachait les pinceaux sur les mains pour qu’il puisse peindre. On le poussait en chaise roulante. C’était très pénible. Sa peinture, c’était sa lumière. C’était ce but qui lui donnait le tonus pour vivre encore. Sans elle, il n’aurait plus rien. Sa femme est décédée, Gabrielle et ses enfants sont partis (et ont été blessés à la guerre). Sa peinture le maintient debout. Il est resté très simple tout en vendant très bien et très cher.

7. Pouvez-vous nous dévoiler vos habitudes d’écriture?

J’écris au calme l’après-midi en compagnie de mon chien et mon chat. Mes animaux sont tranquilles car ils savent que j’en ai pour un moment et que je ne vais pas m’en aller. Ils apportent des ondes positives. Ils me font du bien. J’écris régulièrement. C’est un moment que j’aime, c’est un moment magique. Je ne prends jamais de rendez-vous l’après-midi ou alors vraiment quand je n’ai pas le choix. Quand je suis absente, j’ai hâte de retrouver mon roman en cours. Les gens sont parfois étonnés de voir que je travaille encore.

Il m’arrive d’avoir des petits carnets quand il me vient des idées. Parfois, elles me viennent quand je ne m’endors pas bien. J’ai donc toujours un carnet près de mon lit. J’aime écrire des histoires compliquées où on s’interroge jusqu’à la fin. Je suis quelques fois un peu emmêlée dans mon scenario. Le nœud se démêle le soir ou le matin.

8. Quels sont vos futurs projets?

Le prochain roman sera très contemporain, je pense d’ailleurs rester dans ce genre dorénavant. Il ne sortira pas avant 2020 ou 2021. En réalité, j’ai un roman d’avance qui va paraître en 2019. La promesse du Bois-Joli est sorti en avant-première chez France Loisirs, il sera publié à nouveau aux Presses de la cité en 2019. C’est l’histoire d’une jeune fille qui vit avec sa grand mère, propriétaire d’une boulangerie qui périclite. Elle n’est pas très heureuse. Elle fait la rencontre de quelqu’un d’un peu plus âgé. Elle l’aime mais il a un secret. Il y a un coté un peu ésotérique. Elle est musicienne mais elle n’arrive pas à composer. Un jour, elle découvre une photo d’un des fusillés de la Seconde Guerre mondiale de Creney-près-Troyes, près de chez moi, et un contact s’établit entre eux. 53 fusillés, 53 érables plantés et 53 photos, c’est un très beau lieu de souvenir.

9. Pouvez-vous nous citer quelques romans qui vous ont marquée ?

Quand j’étais plus jeune, j’ai aimé lire Anna Karenine, Madame Bovary, les romans d’Henri Troyat, de la comtesse de Ségur, d’Alphonse Daudet, de la bibliothèque rose et de la bibliothèque verte. Un livre récent que j’ai beaucoup aimé : Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin. J’ai aimé le ton, le sujet ainsi que l’écriture. Yasmina Khadra, Éric-Emmanuel Schmitt, Didier van Cauwelaert et Philippe Besson sont aussi des auteurs que j’apprécie. Ce dernier m’avait d’ailleurs très bien préfacé l’un de mes livres, Une femme en mauve. C’est un roman choral à trois voix assez intimiste, il y a beaucoup de moi dedans.

Merci Lyliane Mosca de m’avoir accordé du temps, ainsi qu’à Lætitia pour cette belle proposition.

Fanny

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