Anatomie d’un scandale de Sarah Vaughan

Résumé de l’éditeur : Kate vient de se voir confier l’affaire de sa vie, celle qui accuse l’un des hommes les plus proches du pouvoir d’un terrible crime. Kate doit faire condamner James Whitehouse. Sophie adore son mari, James. Elle est prête à tout pour l’aider et préserver sa famille. Sophie doit trouver la force de continuer comme avant. Comme avant, vraiment ? Quels sombres secrets dissimule le scandale, et à quel jeu se livrent réellement ces deux femmes et cet homme ? Elle veut le détruire. Elle veut le sauver. La vérité est une chose dangereuse.

Le précédent roman de Sarah Vaughan, La ferme du bout du monde, ne m’avait pas totalement convaincue. Anatomie d’un scandale se situe dans une toute veine. En effet, l’écrivaine britannique nous propose un thriller juridique et domestique plutôt bien ficelé. Trois points de vue se font face comme trois visions de l’affaire en question. La parole est donnée aux femmes. Et pour cause, les histoires personnelles des narratrices vont se rejoindre pour ne faire plus qu’une. Des allées et venues dans le temps sont également présents. Les flashbacks permettent d’ailleurs de bien saisir la chronologie des faits et la place de chacun.

Sarah Vaughan décrypte la fabrication des élites britanniques dans de grandes universités prestigieuses et très sélectives, ici Oxford. Le monde cruel de la politique, l’obsession du pouvoir, la sauvegarde des apparences peu importe le prix sont également montrés du doigt. Tous les coups sont permis pour écraser et museler les plus faibles. Le récit très classique de la femme trompée n’est franchement pas ce que j’ai préféré dans ce roman. Par contre, je retiendrais le sujet fort et d’actualité mis en avant, à savoir le consentement et la notion de viol. En effet, le procès pose bien des questions dont les réponses ne seront pas sans conséquences.

Sarah Vaughan signe un thriller juridique et domestique plutôt intéressant. Elle détaille des thématiques d’actualité comme l’obsession du pouvoir, la fabrication des élites et surtout la notion de viol. Je regrette le manque d’originalité de certains passages, notamment le récit de l’épouse d’un homme politique trompée.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Le chant des revenants de Jesmyn Ward

Résumé de l’éditeur : Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla. De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État. Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent. Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses… 

Férue de littérature américaine, ce roman me faisait de l’œil depuis sa sortie. Je suis donc ravie de l’avoir retrouvé dans la sélection du Grand prix des lectrices Elle 2019. Jesmyn Ward nous propose un roman fort et poignant grâce à une très belle écriture fine, claire et poétique. Le récit prend forme à trois voix : celle de Jojo, de Léonie (sa mère) et de Richie tout droit venue du passé. Dans la veine des grands romans américains, la romancière nous emporte dans un road trip à travers une partie des États-Unis. De plus, une touche fantasmagorique et surnaturelle vient rehausser l’ensemble et apporte une profondeur un peu plus sombre au récit.

Très vite, le lecteur comprend toute l’étendue du mal-être des différents personnages. Le poids du passé les écrase et les empêche d’avancer. Ils portent ainsi le lourd héritage de l’esclavagisme, de la ségrégation et du racisme. Les fantômes ne sont jamais loin et hantent chacun d’entre eux. Finalement, en peu de pages et avec une émouvante subtilité, Jesmyn Ward parvient à construire un roman aussi ancré dans l’Histoire des États-Unis que terriblement d’actualité. Nous sommes également face à un récit sociale et réaliste. La drogue, l’emprisonnement, les soucis financiers, les lacunes affectives, les mauvais traitements et le métissage minent toute une fragile génération.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman. Jesmyn Ward puise dans les heures les plus sombres des États-Unis pour nous proposer un récit fort et hors du commun. La plume de la romancière, le destin des personnages qu’elle a créé et la construction de l’intrigue ont su me transporter. Un roman nécessaire, c’est certain.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Pirate n° 7 d’Élise Arfi

Résumé de l’éditeur : Un soir, au Palais, Elise ARFI, jeune avocate commise d’office, voit arriver sept Somaliens hagards et menottés. Ils sont accusés de piraterie, du meurtre d’un navigateur français et de la prise en otage de sa femme. Le sort attribue à l’avocate la défense de Fahran, le pirate n°7. La gravité des faits est indiscutable. Mais tout, dans cet acte de justice, prend une tournure dérangeante. Bien que mineur, Fahran est jugé comme un adulte. Il ne comprend pas un mot de français et ne peur pas se faire aux règles et aux codes de la prison. Bientôt, au déracinement culturel et affectif s’ajoutent de graves maltraitances qui font sombrer l’adolescent de la folie. Jusqu’au procès aux assises, quatre ans plus tard, l’avocate s’efforce de garde Fahran en vie. L’objectif tourne à l’obsession, l’obligeant à affronter les autorités en charge du dossier. Défendre le pirate n°7 va changer la vision de son métier, la conduisant à interroger sa vocation.

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un petit livre renfermant un grand engagement. Avec Pirate n° 7, Élise Arfi livre un récit sans concession sur le métier d’avocat commis d’office mais aussi sur le monde carcéral. L’image véhiculée d’une justice impartiale et égalitaire est mise à mal. Ainsi, l’écrivaine nous décrit sa propre réalité peu reluisante où l’individu est complètement oublié. Il est également question des conditions dégradées et dégradantes des procédures judiciaires ainsi que du parcours du combattant qu’est devenu le fait de faire valoir ses droits. Élise Arfi avoue ses faiblesses. Ce livre est donc en partie le réceptacle d’une remise en question profonde de sa profession.

Fahran, le mis en cause, tient une grande place dans ce témoignage. Ce jeune somalien a participé à une action de piraterie mortelle contre un couple de français au large de la Somalie. Il n’est pas responsable de la mort de l’un des plaisanciers mais doit tout de même être jugé pour sa participation. Jusque là, rien d’inhabituel. Cependant et très vite, le lecteur doit se rendre à l’évidence. Le jeune homme va voir sa vie broyée par notre système judiciaire. Impartialité, décisions inadaptées, surveillants de prison peu amènes, troubles psychiatriques, rien ne lui est épargné. Les limites de la justice française sont flagrantes et révoltantes.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. Il ne peut laisser indifférent. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Des period dramas en pagaille! #9

Mrs Wilson (3 épisodes, 2018, BBC)

Je ne peux que vous recommander très chaudement de visionner cette mini-série que j’ai adoré de bout en bout. Ruth Wilson (remarqué dans l’adaptation de Jane Eyre en 2006) y joue le rôle de sa grand-mère, Alison Wilson. A la mort de son mari, cette dernière va aller de découverte en découverte. En effet, elle va très vite se rendre compte que l’homme avec qui elle a vécu tant d’année n’est pas ce qu’il laissait paraitre. Une enquête afin d’aplanir le passé va se mettre en route. La temporalité se joue entre le début des années 60 et la Seconde Guerre mondiale. Les flashbacks sont bien équilibrés. Ils permettent d’interroger le spectateur et de nourrir le suspens. Ruth Wilson est excellente, toujours juste et sublime. J’avoue ne pas être tout à fait objective la concernant car je l’apprécie beaucoup. La clôture du dernier épisode est très réussie. On comprend l’étendue de l’histoire de famille qui se cache derrière ce projet.

A very english scandal (3 épisodes, 2018, BBC)

J’ai visionné cette mini-série il y a quelques mois déjà mais je souhaitais tout de même vous en parler. Pour tout vous avouer, j’attendais énormément de cette production britannique. Je dois dire qu’elle a tenu toutes ses promesses. Le duo d’acteurs à l’affiche n’y est sûrement pas pour rien. En effet, Ben Wishaw et Hugh Grant sont excellents, convaincants et justes. Le second ose et cela fonctionne, on le sent à la fois naturel et investi. La reconstitution des années 60 est une réussite grâce aux costumes et aux décors. Le téléspectateur découvre une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre au Royaume-Uni : la liaison homosexuelle et complexe entre Jeremy Thorpe, chef du parti libéral et membre du Parlement, et Norman Scott, jeune homme un brin paumé. La série aura une suite et couvrira une autre affaire : le second  divorce remarqué d’Ethel Margaret Campbell, duchesse d’Argyll, en 1963.

Vanity fair (7 épisodes, 2018, itv)

N’ayant pas lu le roman d’origine de William Makepeace Thackeray, je vais uniquement vous parler de l’adaptation. L’intrigue en elle-même m’a beaucoup plu. Le spectateur est face à un étalage de vanités, de mesquineries et de courses au meilleur mariage (en gros : trouver le meilleur parti possible). Les premiers épisodes sont drôles, ironiques et bien vus. La suite se teinte petit à petit d’une atmosphère beaucoup moins bon enfant. L’héroïne, Becky, est prête à tout (même le pire) pour atteindre son but. Cette mini-série montre bien la façon dont la société britannique de l’époque est construite et cruelle. Becky est au final un vrai produit de cette période où les femmes n’ont pas forcémment beaucoup de choix. Elle se joue d’ailleurs des codes mais les revers ne sont jamais loin. La présence de l’auteur à chaque début d’épisode et les différents clins d’œil de Becky à la caméra permettent au spectateur d’être partie prenante. Une belle surprise assez inattendue.

A bientôt pour de nouveaux period dramas!

Fanny

Bilan de mes lectures : FÉVRIER 2019 ~ Lectures à venir : MARS 2019

En ce dimanche quelque peu maussade, nous nous retrouvons pour un bilan mensuel. Je suis heureuse de vous présenter les cinq lectures qui ont accompagné mon mois de février. J’ai donc remonté le temps vers la Chine maoïste, j’ai traversé la tourbière suédoise, j’ai déambulé dans l’une des banlieues pauvres et violentes de Naples, j’ai intégré l’aristocratie new-yorkaise du début du XXe siècle et j’ai suivi un procès aux conséquences fondamentales. Vous pouvez le constater, même si j’ai moins lu qu’en février je n’ai pas chômé.

Nombre de livres lus : 5

Nombre de pages lues : 2256

Maitres et esclaves de Paul Greveillac         

   


(Pour lire les chroniques disponibles, cliquez sur les couvertures)

Maitres et esclaves de Paul GreveillacMaîtres et esclaves de Paul Gréveillac, éd. Gallimard, 464 p.

L’auteur dépeint une fresque historique plus vraie que nature de la Chine des années 50 jusqu’à nos jours. La propagande bien huilée et les grands évènements de la République populaire de Chine se déroulent sous nos yeux. Tous les personnages sont marquants. Le travail de recherche est impressionnant tout comme l’ampleur de ce récit.

4,5/5

Les âmes englouties de Susanne Jansson, éd. Presses de la cité, 320 p.

Susanne Jansson signe un thriller d’ambiance où la nature, et plus particulièrement la tourbière suédoise, est omniprésente et impitoyable. Nous sommes également face à un roman psychologique. Malheureusement, ce récit n’a pas remporté totalement mon adhésion. En effet, je n’ai pas réussi à m’attacher à la plupart des personnages.

3/5

L’amie prodigieuse, Tome 1 d’Elena Ferrante, éd. Folio, 448 p.

Un coup de cœur pour cet excellent premier tome. Elena Ferrante nous plonge dans le Naples pauvre et violent des années 50 et 60. L’amitié liant Lila et Lenù est très particulière et décrite avec brio. La romancière distille des thèmes comme les différences de classe, l’adolescence ou encore la condition des femmes. Vivement la suite!

5/5

Les beaux mariages d’Edith Wharton, éd. Les belles lettres, 576 p.

Nous retrouvons ici la plume fine et détaillée d’Edith Wharton. Le ton est clairement ironique. En effet, la romancière pose un regard acéré sur ses contemporains et sur sa classe sociale. Elle signe ainsi une comédie de mœurs entre New-York, la France et l’Italie. Je regrette simplement la chute qui m’a paru quelque peu légère.

4/5

Anatomie d’un scandale de Sarah Vaughan, éd. Préludes, 448 p.

Sarah Vaughan signe un thriller juridique et domestique. Elle détaille des thématiques d’actualité comme l’obsession du pouvoir, la fabrication des élites et surtout la notion de viol. En effet, le procès pose bien des questions dont les réponses ne seront pas sans conséquence. Un roman intéressant et plutôt réaliste.

4/5

Lectures EN COURS

   

LECTURES PRÉVUES EN Mars

        

       

Très bon mois de mars à tous!

Fanny