Paradigma de Pia Petersen

Résumé de l’éditeur : Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement. Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique. Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ? Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. Toutes ces énergies convergent vers la déflagration et l’utopie. Un livre total et nécessaire. Et c’est aussi une histoire d’amour, évidemment.

Pia Petersen, danoise et francophone, nous un offre un nouveau roman qui a tout des grands récits américains. Paradigma nous propose de revisiter le présent et transforme la Cité des Anges en un lieu de révolte des plus démunis. Ces derniers ont ainsi voix au chapitre et une visibilité. Axé autour d’un personnage féminin central, le roman donne la parole à toute une panoplie de personnalités : des marginaux, de riches résidents, des carriéristes sans scrupules et bien d’autres. La romancière connait très bien Los Angeles et cela se ressent. Son lecteur parcourt une ville aux multiples facettes où la cérémonie des Oscars côtoie, dissimule et piétine les plus pauvres.

Paradigma, c’est la colère qui naît, s’organise et explose. Une volonté forte, une marche pacifique, l’utilisation des réseaux sociaux et du détournement d’informations informatiques rendent l’ensemble terriblement d’actualité et tellement annonciateur. La faille de San Andreas qui traverse Los Angeles est régulièrement citée comme une métaphore de la fureur qui sommeille, grandit et finit par gronder. Se déploie ainsi un roman sombre que l’amour vient éclairer par intermittence. L’espoir est là aussi, rien n’est graver dans le marbre à jamais. Et surtout pas les modèles sociétaux. Pia Petersen fait également preuve d’une plume maîtrisée et pertinente.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman de bout en bout. Il est assez inclassable, et c’est d’ailleurs très bien comme cela. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. En bref, un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain dans lequel souffle un vent de renouveau. Je ne suis pas prête de l’oublier!

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  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy
  • La nuit n’est jamais complète de Niko Tackian
  • Yaak Valley, Montana de Smith Henderson

Fanny

Bilan de mes lectures : MARS 2019 ~ Lectures à venir : AVRIL 2019

L’hiver touche à sa fin, les jours s’allongent et le jardin commence à se parer de ses jolies couleurs. En mars, j’ai encore profité des jours maussades et du plaid pour lire à un rythme assez soutenu. J’ai fait un voyage au cœur des États-Unis encore minés par le racisme, j’ai assisté au procès et à l’incarcération d’un jeune somalien, j’ai retrouvé mes chères sœurs Brontë, j’ai fait un voyage au cœur du temps, j’ai participé à une révolte au cœur de la mythique Los Angeles, j’ai pleuré devant les mots d’Hyam Zaytoun, j’ai tremblé pour Rose et j’ai bien rigolé grâce à l’humour noir d’Arthur de Pins.

Nombre de livres lus : 10

Nombre de pages lues : 2257


(Pour lire les chroniques disponibles, cliquez sur les couvertures)

Le chant des revenants de Jesmyn Ward, éd. Belfond, 272 p.

 Jesmyn Ward nous propose un roman fort et poignant grâce à une très belle écriture poétique. Le récit social et réaliste est également ancré dans l’Histoire et l’actualité des États-Unis. Chaque personnage porte le lourd héritage de l’esclavagisme, de la ségrégation et du racisme. Un roman nécessaire, c’est certain.

4,5/5

Pirate n° 7 d’Élise Arfi, éd. Anne Carrière, 180 p.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

4/5

Les aventures de Donovan S. de Virginie Nuyen, éd. NiL, 192 p.

Susanne Jansson signe un thriller d’ambiance où la nature, et plus particulièrement la tourbière suédoise, est omniprésente et impitoyable. Nous sommes également face à un roman psychologique. Malheureusement, ce récit n’a pas remporté totalement mon adhésion. En effet, je n’ai pas réussi à m’attacher à la plupart des personnages.

3/5

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl, éd. Folio, 320 p.

Sans être experte concernant les biographies, je dois dire que le travail de Jean-Pierre Ohl sur les Brontë m’a plutôt conquise. Il apporte un nouvel éclairage sur le sujet. J’ai pris plaisir à lire ce livre et à redécouvrir la vie si dramatique et si littéraire de cette famille hors du commun et pourtant si représentative d’une certaine époque.

4,5/5

How to stop time de Matt Haig, éd. Hélium, 352 p.

How to stop time n’est pas forcémment un roman très joyeux à l’heure où le bonheur est normé et devient une obligation sociale. Matt Haig a su me prendre par la main pour sauter dans le vide d’une existence sans fin, ou presque. La solitude, la mélancolie, le temps et le sens de la vie sont autant de thèmes qui ont suscité mon intérêt.

4/5

Paradigma de Pia Petersen, éd. Les Arènes, 383 p.

Paradigma est un roman où la colère nait, s’organise et explose. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. Une plume maitrisée et tellement pertinente se déploie sur plus de 350 pages. Un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain.

4,5/5

Vigile de Hyam Zaytoun, éd. Le Tripode, 124 p.

Hyam Zaytoun signe un témoignage à fleur de peau sur le sujet douloureux de la crise cardiaque de son conjoint. La peur, le questionnement, le positionnement de l’accompagnant sont au cœur du récit. J’ai lu ce livre les yeux tout embués de larmes retenues. Un coup au cœur!

5/5

Né d’aucune femme de Franck Bouysse, éd. La manufacture des livres, 334 p.

Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, Né d’aucune femme est un livre qu’il me sera difficile d’oublier. Le schéma à plusieurs voix est maitrisé. L’auteur adapte son style à chaque protagoniste. Le lecteur est le témoin d’une descente en enfer. Un roman que j’ai eu bien du mal à lâcher.

4/5

Zombillénium, Tome 1 et 2 d’Arthur de Pins, éd. Dargaud, 100 p.

Cela fait plusieurs années que je souhaitais découvrir cette série de bande-dessinée au style assez caractéristique. Je suis ravie que ces deux premiers tomes soient tombés entre mes mains. Action et humour noir sont au rendez-vous. J’ai beaucoup ri en compagnie de cette bande de personnages tous plus hors du commun les uns que les autres.

4/5

Lectures EN COURS

LECTURES PRÉVUES EN AVRIL

Très bon mois d’avril à tous!

Fanny

2 livres, 2 avis, 1 billet

Rosalie Blum, Intégrale de Camille Jourdy

Rosalie Blum est un roman graphique présent depuis très longtemps dans ma wishlist. Je suis donc ravie d’avoir enfin eu l’occasion de le découvrir. Camille Jourdy développe son intrigue en trois tomes réunis depuis 2016 en une intégrale. La dessinatrice retranscrit assez bien l’ambiance de certaines villes françaises où l’ennui et la routine prennent vite le pas. Elle y ajoute sa patte si particulière avec une bonne dose de loufoque et de fantaisie. Le ton est gentiment cruel envers certains personnages mais finalement souvent tendre et bienveillant. Le lecteur apprend à connaitre chaque protagoniste dans ses moindres détails. Très vite, on se rend compte que rien n’est tout blanc ni tout noir, chaque personnalité finit par être nuancée. D’autant plus que de lourds secrets sont à l’œuvre en arrière plan. La famille est interrogée tout comme l’amour ou l’amitié. Il s’agit d’une très bonne lecture. Je crois même que j’irais picorer à l’avenir quelques passages par-ci par-là.

Les aventures de Donovan S. de Virginie Nuyen

Soyons clair, ce roman est un objet littéraire non identifié. En bref, un OLNI. Ouvrir ce livre, c’est partir pour une aventure absurde, pince sans rire et cruelle. La romancière prend un malin plaisir à tourner en dérision ses personnages. L’exquise viande de Donovan est demandée dans le monde entier. Mais ceci n’est pas sans conséquences et va entrainer bien des questionnements. Les stratégies de communication, la soif d’expansion, le luxe et la consommation se trouvent dans le viseur empreint d’impertinence de Virginie Nuyen. Le rythme est effréné, les chapitres sont courts et le style est plaisant à lire. Il s’agit d’une lecture plutôt agréable sur le moment doublée d’un propos assez inédit et intéressant. Cependant, une fois la dernière page tournée, j’avoue être restée sur ma faim. Je n’ai pas tout à fait saisi la finalité de ce roman ni le questionnement profond de la romancière. Je serais tout de même curieuse de lire un nouvel ouvrage de celle-ci.

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  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry
  • Mauvais genre de Chloé Cruchaudet
  • Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Fanny

How to stop time de Matt Haig

Résumé de l’éditeur : Tom Hazard vient de postuler pour devenir professeur d’histoire dans un collège londonien. Il se tient résolument à l’écart des autres. Car Tom a un secret. Il est atteint d’anagérie, une condition qui survient à la puberté et provoque un vieillissement extrêmement plus lent que la normale. Il doit donc tout taire pour ne pas éveiller les soupçons et risquer de devenir un objet d’étude scientifique ou, pire, d’être tué. Il renonce ainsi, chaque fois que le danger se précise, à la vie qu’il s’est construite, recommençant tout à zéro ailleurs. C’est ainsi qu’il a dû abandonner sa fille, atteinte du même mal que lui. Depuis lors, il n’a qu’une idée en tête : la retrouver, morte ou vivante. Mais voilà qu’il est en train de tomber amoureux de Camille, une simple mortelle – lui qui sait que l’envie de se rapprocher d’elle est la pire chose qui puisse lui arriver…

Cela fait plusieurs mois que je ne vous ai pas parlé d’un roman jeunesse. Il s’agit pourtant d’un genre que j’affectionne mais que je le laisse souvent de coté par manque de temps. Hélium m’a permis de découvrir un livre de leur catalogue et j’en suis la première ravie. How to stop time de Matt Haig est un peu particulier car il mêle aventure, surnaturel, histoires d’amour (et d’amitié) et thématiques fortes. Ce joyeux mélange forme un roman complet et plutôt addictif. Sans être rédhibitoire, quelques longueurs viennent freiner le récit à certains moments pour mieux rebondir ensuite. Les nombreux flashbacks donnent la mesure de l’existence si particulière de Tom Hazard. Une vie longue, très longue.

Tout en nuance, Tom Hazard est un personnage complexe. En effet, il est à la fois un héros et un antihéros. Sa particularité exceptionnelle voire enviable de vieillir très lentement fait face à un mal-être, une solitude et une mélancolie à fleur de peau qui ne cessent de le poursuivre. Il semble ne jamais trouver sa place ni vivre pleinement. Matt Haig introduit donc des thématiques fortes, notamment pour un jeune public. Le passage du temps, le vieillissement et le sens de la vie sont également très présents dans le roman et m’ont particulièrement marquée. J’aime l’idée que le temps soit insaisissable, qu’il soit différent pour chacun, qu’il s’étire ou qu’au contraire il rétrécisse.

How to stop time n’est pas forcémment un roman très joyeux à l’heure où le bonheur est normé et devient une obligation sociale. C’est sûrement ce qui fait en partie son charme. Matt Haig a su me prendre par la main pour sauter dans le vide d’une existence sans fin, ou presque. La solitude, la mélancolie, le temps et le sens de la vie sont autant de thèmes qui ont suscité mon intérêt. Un bon moment de lecture!

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La saga des marquises de Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas
  • Section 13, Livre 1 : Jack et le bureau secret de James R. Hannibal
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Fanny

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl

Résumé de l’éditeur : Les sœurs Brontë… Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevent, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ; la deuxième à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l’alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité y avait-il pour que tous ces talents si originaux poussent ainsi à l’ombre du presbytère de Haworth? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean-Pierre Ohl tente d’en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd’hui encore, rend si proches de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.

On ne présente plus les trois sœurs Brontë. Chacune d’entre elles a donné vie à un chef d’œuvre : Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts de Hurlevent pour Emily et La recluse de Wildfell Hall pour Anne. Après Charles Dickens, Jean-Pierre Ohl s’attaque donc à un nouveau mastodonte de la littérature britannique. Ce livre regroupe en réalité plusieurs biographies. En effet, chaque membre de la famille Brontë est décrit. L’existence des contemporains de cette époque est également dépeinte. L’auteur explique régulièrement le contexte historique et notamment les différents soulèvements sociaux qui viennent troubler la paix du presbytère de Haworth dans le Yorkshire.

Le biographe apporte un nouvel éclairage au sujet. Le travail s’avère délicat car l’étude des Brontë repose principalement sur la correspondance familiale, et notamment celle très suivie de Charlotte, et sur des témoignages. Jean-Pierre Ohl n’hésite pas à réécrire la légende construite au fil des ans en nous proposant des analyses plausibles appuyées d’arguments pertinents. Il remet également en question la vision partiale d’Elizabeth Gaskell, amie et première biographe de Charlotte Brontë. Malgré l’exercice clairement exigeant, l’ensemble est clair et facile à lire. Pour ne rien gâcher, un cahier central nous présente une sympathique sélection d’illustrations.

Je ne suis pas une experte en biographie mais je dois dire que le travail de Jean-Pierre Ohl m’a plutôt conquise. J’ai pris plaisir à lire ce livre et à redécouvrir la vie si dramatique et si littéraire des Brontë. N’hésitez donc pas à vous lancer, je suis certaine que certains d’entre vous trouverons leur bonheur dans cet ouvrage. De quoi donner envie de parcourir la précédente biographie de l’auteur à propos de Charles Dickens.

Lu grâce à la masse critique Babelio et les éditions Folio.

babelio

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le monde infernal de Branwell Brontë de Branwell Brontë
  • Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë
  • Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) par Constance Lacroix

Fanny

Anatomie d’un scandale de Sarah Vaughan

Résumé de l’éditeur : Kate vient de se voir confier l’affaire de sa vie, celle qui accuse l’un des hommes les plus proches du pouvoir d’un terrible crime. Kate doit faire condamner James Whitehouse. Sophie adore son mari, James. Elle est prête à tout pour l’aider et préserver sa famille. Sophie doit trouver la force de continuer comme avant. Comme avant, vraiment ? Quels sombres secrets dissimule le scandale, et à quel jeu se livrent réellement ces deux femmes et cet homme ? Elle veut le détruire. Elle veut le sauver. La vérité est une chose dangereuse.

Le précédent roman de Sarah Vaughan, La ferme du bout du monde, ne m’avait pas totalement convaincue. Anatomie d’un scandale se situe dans une toute veine. En effet, l’écrivaine britannique nous propose un thriller juridique et domestique plutôt bien ficelé. Trois points de vue se font face comme trois visions de l’affaire en question. La parole est donnée aux femmes. Et pour cause, les histoires personnelles des narratrices vont se rejoindre pour ne faire plus qu’une. Des allées et venues dans le temps sont également présents. Les flashbacks permettent d’ailleurs de bien saisir la chronologie des faits et la place de chacun.

Sarah Vaughan décrypte la fabrication des élites britanniques dans de grandes universités prestigieuses et très sélectives, ici Oxford. Le monde cruel de la politique, l’obsession du pouvoir, la sauvegarde des apparences peu importe le prix sont également montrés du doigt. Tous les coups sont permis pour écraser et museler les plus faibles. Le récit très classique de la femme trompée n’est franchement pas ce que j’ai préféré dans ce roman. Par contre, je retiendrais le sujet fort et d’actualité mis en avant, à savoir le consentement et la notion de viol. En effet, le procès pose bien des questions dont les réponses ne seront pas sans conséquences.

Sarah Vaughan signe un thriller juridique et domestique plutôt intéressant. Elle détaille des thématiques d’actualité comme l’obsession du pouvoir, la fabrication des élites et surtout la notion de viol. Je regrette le manque d’originalité de certains passages, notamment le récit de l’épouse d’un homme politique trompée.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain
  • La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan
  • Présumée disparue de Susie Steiner

Fanny

Le chant des revenants de Jesmyn Ward

Résumé de l’éditeur : Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla. De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État. Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent. Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses… 

Férue de littérature américaine, ce roman me faisait de l’œil depuis sa sortie. Je suis donc ravie de l’avoir retrouvé dans la sélection du Grand prix des lectrices Elle 2019. Jesmyn Ward nous propose un roman fort et poignant grâce à une très belle écriture fine, claire et poétique. Le récit prend forme à trois voix : celle de Jojo, de Léonie (sa mère) et de Richie tout droit venue du passé. Dans la veine des grands romans américains, la romancière nous emporte dans un road trip à travers une partie des États-Unis. De plus, une touche fantasmagorique et surnaturelle vient rehausser l’ensemble et apporte une profondeur un peu plus sombre au récit.

Très vite, le lecteur comprend toute l’étendue du mal-être des différents personnages. Le poids du passé les écrase et les empêche d’avancer. Ils portent ainsi le lourd héritage de l’esclavagisme, de la ségrégation et du racisme. Les fantômes ne sont jamais loin et hantent chacun d’entre eux. Finalement, en peu de pages et avec une émouvante subtilité, Jesmyn Ward parvient à construire un roman aussi ancré dans l’Histoire des États-Unis que terriblement d’actualité. Nous sommes également face à un récit sociale et réaliste. La drogue, l’emprisonnement, les soucis financiers, les lacunes affectives, les mauvais traitements et le métissage minent toute une fragile génération.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman. Jesmyn Ward puise dans les heures les plus sombres des États-Unis pour nous proposer un récit fort et hors du commun. La plume de la romancière, le destin des personnages qu’elle a créé et la construction de l’intrigue ont su me transporter. Un roman nécessaire, c’est certain.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • 4 3 2 1 de Paul Auster
  • A l’orée du verger de Tracy Chevalier
  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy

Fanny

Pirate n° 7 d’Élise Arfi

Résumé de l’éditeur : Un soir, au Palais, Elise ARFI, jeune avocate commise d’office, voit arriver sept Somaliens hagards et menottés. Ils sont accusés de piraterie, du meurtre d’un navigateur français et de la prise en otage de sa femme. Le sort attribue à l’avocate la défense de Fahran, le pirate n°7. La gravité des faits est indiscutable. Mais tout, dans cet acte de justice, prend une tournure dérangeante. Bien que mineur, Fahran est jugé comme un adulte. Il ne comprend pas un mot de français et ne peur pas se faire aux règles et aux codes de la prison. Bientôt, au déracinement culturel et affectif s’ajoutent de graves maltraitances qui font sombrer l’adolescent de la folie. Jusqu’au procès aux assises, quatre ans plus tard, l’avocate s’efforce de garde Fahran en vie. L’objectif tourne à l’obsession, l’obligeant à affronter les autorités en charge du dossier. Défendre le pirate n°7 va changer la vision de son métier, la conduisant à interroger sa vocation.

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un petit livre renfermant un grand engagement. Avec Pirate n° 7, Élise Arfi livre un récit sans concession sur le métier d’avocat commis d’office mais aussi sur le monde carcéral. L’image véhiculée d’une justice impartiale et égalitaire est mise à mal. Ainsi, l’écrivaine nous décrit sa propre réalité peu reluisante où l’individu est complètement oublié. Il est également question des conditions dégradées et dégradantes des procédures judiciaires ainsi que du parcours du combattant qu’est devenu le fait de faire valoir ses droits. Élise Arfi avoue ses faiblesses. Ce livre est donc en partie le réceptacle d’une remise en question profonde de sa profession.

Fahran, le mis en cause, tient une grande place dans ce témoignage. Ce jeune somalien a participé à une action de piraterie mortelle contre un couple de français au large de la Somalie. Il n’est pas responsable de la mort de l’un des plaisanciers mais doit tout de même être jugé pour sa participation. Jusque là, rien d’inhabituel. Cependant et très vite, le lecteur doit se rendre à l’évidence. Le jeune homme va voir sa vie broyée par notre système judiciaire. Impartialité, décisions inadaptées, surveillants de prison peu amènes, troubles psychiatriques, rien ne lui est épargné. Les limites de la justice française sont flagrantes et révoltantes.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. Il ne peut laisser indifférent. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La loi de la mer de Davide Enia
  • Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim
  • Suzanne de Frédéric Pommier

Fanny

Des period dramas en pagaille! #9

Mrs Wilson (3 épisodes, 2018, BBC)

Je ne peux que vous recommander très chaudement de visionner cette mini-série que j’ai adoré de bout en bout. Ruth Wilson (remarqué dans l’adaptation de Jane Eyre en 2006) y joue le rôle de sa grand-mère, Alison Wilson. A la mort de son mari, cette dernière va aller de découverte en découverte. En effet, elle va très vite se rendre compte que l’homme avec qui elle a vécu tant d’année n’est pas ce qu’il laissait paraitre. Une enquête afin d’aplanir le passé va se mettre en route. La temporalité se joue entre le début des années 60 et la Seconde Guerre mondiale. Les flashbacks sont bien équilibrés. Ils permettent d’interroger le spectateur et de nourrir le suspens. Ruth Wilson est excellente, toujours juste et sublime. J’avoue ne pas être tout à fait objective la concernant car je l’apprécie beaucoup. La clôture du dernier épisode est très réussie. On comprend l’étendue de l’histoire de famille qui se cache derrière ce projet.

A very english scandal (3 épisodes, 2018, BBC)

J’ai visionné cette mini-série il y a quelques mois déjà mais je souhaitais tout de même vous en parler. Pour tout vous avouer, j’attendais énormément de cette production britannique. Je dois dire qu’elle a tenu toutes ses promesses. Le duo d’acteurs à l’affiche n’y est sûrement pas pour rien. En effet, Ben Wishaw et Hugh Grant sont excellents, convaincants et justes. Le second ose et cela fonctionne, on le sent à la fois naturel et investi. La reconstitution des années 60 est une réussite grâce aux costumes et aux décors. Le téléspectateur découvre une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre au Royaume-Uni : la liaison homosexuelle et complexe entre Jeremy Thorpe, chef du parti libéral et membre du Parlement, et Norman Scott, jeune homme un brin paumé. La série aura une suite et couvrira une autre affaire : le second  divorce remarqué d’Ethel Margaret Campbell, duchesse d’Argyll, en 1963.

Vanity fair (7 épisodes, 2018, itv)

N’ayant pas lu le roman d’origine de William Makepeace Thackeray, je vais uniquement vous parler de l’adaptation. L’intrigue en elle-même m’a beaucoup plu. Le spectateur est face à un étalage de vanités, de mesquineries et de courses au meilleur mariage (en gros : trouver le meilleur parti possible). Les premiers épisodes sont drôles, ironiques et bien vus. La suite se teinte petit à petit d’une atmosphère beaucoup moins bon enfant. L’héroïne, Becky, est prête à tout (même le pire) pour atteindre son but. Cette mini-série montre bien la façon dont la société britannique de l’époque est construite et cruelle. Becky est au final un vrai produit de cette période où les femmes n’ont pas forcémment beaucoup de choix. Elle se joue d’ailleurs des codes mais les revers ne sont jamais loin. La présence de l’auteur à chaque début d’épisode et les différents clins d’œil de Becky à la caméra permettent au spectateur d’être partie prenante. Une belle surprise assez inattendue.

A bientôt pour de nouveaux period dramas!

Fanny

Bilan de mes lectures : FÉVRIER 2019 ~ Lectures à venir : MARS 2019

En ce dimanche quelque peu maussade, nous nous retrouvons pour un bilan mensuel. Je suis heureuse de vous présenter les cinq lectures qui ont accompagné mon mois de février. J’ai donc remonté le temps vers la Chine maoïste, j’ai traversé la tourbière suédoise, j’ai déambulé dans l’une des banlieues pauvres et violentes de Naples, j’ai intégré l’aristocratie new-yorkaise du début du XXe siècle et j’ai suivi un procès aux conséquences fondamentales. Vous pouvez le constater, même si j’ai moins lu qu’en février je n’ai pas chômé.

Nombre de livres lus : 5

Nombre de pages lues : 2256

Maitres et esclaves de Paul Greveillac         

   


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Maitres et esclaves de Paul GreveillacMaîtres et esclaves de Paul Gréveillac, éd. Gallimard, 464 p.

L’auteur dépeint une fresque historique plus vraie que nature de la Chine des années 50 jusqu’à nos jours. La propagande bien huilée et les grands évènements de la République populaire de Chine se déroulent sous nos yeux. Tous les personnages sont marquants. Le travail de recherche est impressionnant tout comme l’ampleur de ce récit.

4,5/5

Les âmes englouties de Susanne Jansson, éd. Presses de la cité, 320 p.

Susanne Jansson signe un thriller d’ambiance où la nature, et plus particulièrement la tourbière suédoise, est omniprésente et impitoyable. Nous sommes également face à un roman psychologique. Malheureusement, ce récit n’a pas remporté totalement mon adhésion. En effet, je n’ai pas réussi à m’attacher à la plupart des personnages.

3/5

L’amie prodigieuse, Tome 1 d’Elena Ferrante, éd. Folio, 448 p.

Un coup de cœur pour cet excellent premier tome. Elena Ferrante nous plonge dans le Naples pauvre et violent des années 50 et 60. L’amitié liant Lila et Lenù est très particulière et décrite avec brio. La romancière distille des thèmes comme les différences de classe, l’adolescence ou encore la condition des femmes. Vivement la suite!

5/5

Les beaux mariages d’Edith Wharton, éd. Les belles lettres, 576 p.

Nous retrouvons ici la plume fine et détaillée d’Edith Wharton. Le ton est clairement ironique. En effet, la romancière pose un regard acéré sur ses contemporains et sur sa classe sociale. Elle signe ainsi une comédie de mœurs entre New-York, la France et l’Italie. Je regrette simplement la chute qui m’a paru quelque peu légère.

4/5

Anatomie d’un scandale de Sarah Vaughan, éd. Préludes, 448 p.

Sarah Vaughan signe un thriller juridique et domestique. Elle détaille des thématiques d’actualité comme l’obsession du pouvoir, la fabrication des élites et surtout la notion de viol. En effet, le procès pose bien des questions dont les réponses ne seront pas sans conséquence. Un roman intéressant et plutôt réaliste.

4/5

Lectures EN COURS

   

LECTURES PRÉVUES EN Mars

        

       

Très bon mois de mars à tous!

Fanny