Les confessions de Frannie Langton de Sara Collins

Résumé de l’éditeur : Esclave. Frannie Langton grandit à Paradise, dans une plantation de canne à sucre, où elle est le jouet de chacun : de sa maîtresse, qui se pique de lui apprendre à lire tout en la martyrisant, puis de son maître, qui la contraint à prendre part aux plus atroces expériences scientifiques… Domestique. À son arrivée à Londres, la jeune femme est offerte comme un vulgaire accessoire à George et Marguerite Benham, l’un des couples les plus raffinés d’Angleterre. Séductrice. Seule contre tous, Frannie trouve une alliée en Marguerite. Entre ces deux lectrices invétérées se noue un lien indéfectible. Une foudroyante passion. Une sulfureuse liaison. Meurtrière. Aujourd’hui, Frannie est accusée du double-meurtre des Benham. La foule se presse aux portes de la cour d’assises pour assister à son procès. Pourtant, de cette nuit tragique, elle ne garde aucun souvenir. Pour tenter de recouverer la mémoire, Frannie prend la plume… Victime ? Qui est vraiment Frannie Langton ?

Sara Collins signe un premier roman pour le moins audacieux et sombre. L’héroïne, Frannie Langton, nous conte son parcours entre la Jamaïque et Londres, entre l’esclavage et son jugement pour un double meurtre. Ses statuts successifs d’esclave, de domestique et de prostituée ne lui permettent jamais de gagner son affranchissement. Sa couleur de peau la condamne d’emblée à tous les maux. Pour preuve, son procès et sa conclusion semblent écrits d’avance. La romancière développe son roman autour de la suprématie blanche, de l’esclavagisme mais aussi des expériences réalisées sur des esclaves morts ou vifs.

Ce récit m’a agréablement surprise sur un point en particulier. En effet, j’ai été étonnée d’y trouver une relation lesbienne. Ce fut donc assez rafraichissant pour moi qui lis peu de roman mettant en scène ce type de personnage. Les protagonistes sont tous plus ambigus les uns que les autres, à commencer par notre héroïne Frannie. Une grande barrière nous empêche parfois de faire preuve de compréhension et d’attachement. La succession de drames, parfois un peu too much, n’est pas toujours très subtile. Finalement, beaucoup de questions restent en suspens. Sans être exceptionnelle, l’écriture de Sara Collins est agréable à parcourir.

Les confessions de Frannie Langton recèle des thématiques fortes, des sujets complexes et une plume agréable. Je me dois de mitiger quelque peu mon avis. En effet, Frannie doit faire face à une succession de drames assez impressionnante et peu crédible. Cependant, pour son premier roman, Sara Collins n’a pas choisi la facilité et reste une romancière à surveiller à l’avenir.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Belfond.

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  • La déchéance de Mrs Robinson de Kate Summerscale
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Fanny

Alex, fils d’esclave de Christel Mouchard

Résumé de l’éditeur : Le jeune Alex a une vie trépidante. Ses exploits en escrime et ses succès à la cour font de lui un des nobles les plus admirés de Paris. Mais ses origines le rattrapent lorsqu’il retrouve sa sœur, esclave comme leur mère, qui s’apprête à rejoindre une révolte en Haïti. Alex décide de prendre lui aussi son destin en main, car partout se murmure un mot… Révolution!

Cette biographie romancée pour la jeunesse nous emmène sur les traces du père d’Alexandre Dumas. Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie est né à Saint-Domingue en 1762. Son destin hors du commun se déroule devant le lecteur depuis une colonie française jusqu’à Paris, d’une condition d’esclave jusqu’à l’affranchissement et une carrière militaire. Christel Mouchard développe un roman au rythme soutenu. Aucun temps mort n’est à souligner. Nous sommes les témoins d’une véritable aventure agréable à suivre dans plusieurs ambiances bien distinctes et aux rebondissements bien présents. L’ensemble est doublé d’une véritable portée pédagogique.

Une part d’identification est possible pour les plus jeunes grâce à la part de récit d’apprentissage de ce roman. Christel Mouchard démontre qu’il est toujours possible de sortir de sa condition pour évoluer. C’est aussi le récit d’une filiation pas toujours évidente à assumer et dont les rouages sont parfois flous. Je regrette simplement un manque de détails. C’est clairement mon coté amatrice de descriptions qui parle. Je suis donc bien consciente que cet ouvrage conviendra parfaitement à un public plus jeune. Une part de fantaisie est présente et permet de contrecarrer les  sujets difficiles abordés comme l’esclavage. Mention spéciale au perroquet vraiment cocasse.

Alex, fils d’esclave est une biographie romancée jeunesse plutôt réussie avec un véritable sens pédagogique. Je reste un peu sur ma faim concernant le manque de détails. Cependant, j’ai apprécié découvrir le destin hors du commun et méconnu de Thomas Alexandre Dumas. Le public jeunesse ciblé y trouvera de toute façon son compte. La très belle couverture de François Roca est à signaler.

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  • L’extraordinaire voyage de Sabrina de P. L. Travers
  • The making of Mollie d’Anna Carey
  • Un assassin de première classe de Robin Stevens

Fanny

Le bruissement des feuilles de Karen Viggers

Résumé de l’éditeur : Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d’une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l’extinction. Au cœur de paysages somptueux, le combat inoubliable d’une jeune fille pour protéger la nature et se sauver elle-même.

Je garde un très bon souvenir de La maison des hautes falaises de Karen Viggers. Je suis donc ravie d’avoir découvert son tout nouveau titre. Cette fois, la romancière nous emmène en Tasmanie. Cette île et État d’Australie renferme des forêts majestueuses mais aussi une faune faite de diables de Tasmanie, d’opossums, de kangourous et de dasyures tachetés. La fibre écologiste de Karen Viggers vibre dans chaque page, tout comme son amour de la nature. Le lecteur apprend autant qu’il se sensibilise aux questions de déforestation, de l’utilisation raisonnée des ressources ou encore de cancer chez les diables de Tasmanie. Entre roman d’écologie et récit d’apprentissage, la romancière tisse un récit complexe sur des sujets sociétaux actuels.

Le bruissement des feuilles est un roman intergénérationnel. En effet, tous les âges sont représentés. Nous suivons principalement Max, Miki et Léon. Ils possèdent tous un bagage de vie difficile mais vont savoir faire de l’adversité et de leurs erreurs une force. La romancière a su trouver les mots pour m’émouvoir et me faire parcourir un bout de chemin en compagnie de ses personnages. Il s’agit aussi du portrait d’une petite ville où les habitants se battent pour conserver leur travail lié au bois et boucler les fins de mois. Le footy est la distraction principale de tous et rythme les weekends. La passivité de la population face aux femmes battues, aux enfants rackettés ou à l’écologie est malheureusement une réalité bien retranscrite.

Ce nouveau roman de la romancière australienne possède une sensibilité à fleur de peau qui a su me toucher et m’émouvoir. Les personnages principaux m’ont tout de suite été sympathiques. Karen Viggers est une femme d’engagement. L’écologie, si chère à son cœur, est toujours au centre de l’intrigue de ses romans. Le bruissement des feuilles ne fait pas exception. Les grands espaces de la Tasmanie, sa faune et sa flore sont un enchantement à découvrir.

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  • Cartes postales de Grèce de Victoria Hislop
  • La maison des hautes falaises de Karen Viggers
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

    Fanny

Chroniques japonaises #2 : Kiki la petite sorcière et Le voyage de Chihiro

Je découvre sur le tard (est-il jamais trop tard?) les films d’animation japonais. Ils ont le don de réveiller notre âme d’enfant qui relève presque de la magie. Les dessins à l’ancienne, les couleurs, les traditions et la nature omniprésentes ont de quoi vous apporter de jolis moments hors du temps et dépaysants. Je vous présente aujourd’hui mes deux dernières découvertes.

Kiki la petite sorcière (Hayao Miyazaki, 1989)

A 13 ans, toute sorcière qui se respecte doit quitter son foyer et ses parents pour prendre son envol. C’est à l’aide de son balais volant que Kiki choisit son point de chute dans une grande ville. Les premiers pas sont difficiles mais très vite notre jeune héroïne va se trouver une véritable famille d’adoption. Hayao Miyazaki nous propose une intrigue entre émancipation et récit initiatique. En effet, la petite sorcière doit faire ses preuves malgré les embuches régulières. Elle doit également composer avec des préoccupations plus terre à terre d’habitude dévolues aux adultes. Kiki est l’étrangère qu’on regarde de loin. La nécessité de se faire accepter est donc très forte porte elle. La nature est souvent présente dans les films d’animation japonais. Ici, elle est salvatrice. Elle est surtout un refuge idéal lorsque les idées se mélangent et que le chemin à suivre se fait plus flou.

Le voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2001)

Sur la route de son déménagement, Chihiro est loin d’imaginer toutes les aventures qui l’attendent. Il s’agit d’une jeune fille peu aventureuse et quelque peu peureuse. Cependant, elle va devoir affronter ses craintes pour retrouver ses parents. L’intrigue prend place dans un univers hors du commun fait d’esprits, les fameux yōkai japonais. Les mythes, les légendes et le folklore du pays du Soleil-Levant sont réunis ici et même mis à l’honneur. Ces traditions (cachées du monde normal dans le film) sont opposées au monde contemporain de surconsommation (la nourriture par exemple). Chihiro laisse derrière elle jusqu’à son identité par amour, amitié, loyauté et courage. Comme dans le film d’animation précédent, nous sommes ici sur un récit initiatique. Chihiro va se découvrir et se trouver grâce aux multiples étapes à franchir.

Deux très belles surprises! Avez-vous vu ces films d’animation japonais?

Fanny

Bilan de mes lectures : AVRIL 2019 ~ Lectures à venir : MAI 2019

Le mois d’avril a sonné la fin de ma participation au Grand prix des lectrices Elle 2019. En effet, le dernier livre de la sélection est passé entre mes mains. Ne reste plus qu’à attendre les résultats de nos notes de lecture! J’ai pu reprendre un rythme de lecture tout à fait normal et sortir quelques livres de ma pile à lire. J’ai d’abord lu avec une certaine fascination les mots d’Alexandria Marzano-Lesnevich, j’ai découvert le destin pour le moins énigmatique de sept femmes sous l’Occupation, j’ai suivi l’évolution de la jeune Judith dans une Angleterre aujourd’hui disparue, j’ai retrouvé avec un grand bonheur Lenu et Lila, je me suis faufilée dans la haute société new-yorkaise si corsetée et j’ai fait la connaissance du déterminé Thomas Alexandre Dumas.

Nombre de livres lus : 6

Nombre de pages lues : 2510


(Pour lire les chroniques disponibles, cliquez sur les couvertures)

L’empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich, éd. Sonatine, 480 p.

Ce livre m’a subjuguée de bout en bout. L’écrivaine fait preuve de talent aussi bien dans son écriture que dans son travail de recherche et sa capacité de recul. Rien n’est tout blanc ni tout noir, la complexité des personnalités présentes dans ce livre est flagrante. Ici pas de pathos mais une vraie réflexion et une quête d’explication.

5/5

Diaboliques de Cédric Meletta, éd. Robert Laffont, 240 p.

La Seconde Guerre mondiale semble être un sujet inépuisable mais toujours intéressant. Grâce à un travail de recherches poussé, Cédric Meletta nous dépeint sept portraits de femmes ayant participé à des manœuvres aux conséquences plus ou moins graves. Trop de noms de personnes et trop de digressions m’ont empêchée de profiter de ma lecture.

3/5

Poussière de Rosamond Lehmann, éd. Libretto, 374 p.

Poussière possède un charme particulier et suranné. D’une écriture fine et ciselée, Rosamond Lehmann nous dépeint tout un monde perdu. Le rythme est lui aussi assez singulier. Le lecteur suit une héroïne solitaire et observatrice à travers les saisons et les années. Les relations entre les différents protagonistes sont complexes.

4,5/5

L’amie prodigieuse, Tome 2 : Le nouveau nom d’Elena Ferrante, éd. Folio, 640 p.

Je n’ai pas tardé à continuer l’aventure auprès de Lenu et Lila après ma très belle découverte du premier tome. Cette fois, nous suivons nos deux héroïnes à la fin de leur adolescence. La construction est assez déséquilibrée entre une première partie plutôt longue et une seconde pleine de rebondissements. Affaire à suivre!

4/5

L’âge de l’innocence d’Edith Wharton, éd. Les Belles Lettres, 456 p.

L’âge de l’innocence se démarque par bien des aspects des deux précédents titres que j’ai pu lire d’Edith Wharton. Les carcans de la société new-yorkaise frappe de plein fouet un jeune homme à la veille de son mariage dans les années 1870. La chute pleine de mélancolie et de prise de conscience m’a particulièrement plu.

4/5

Alex, fils d’esclave de Christel Mouchard, éd. Flammarion jeunesse, 320 p.

Sans être un coup de cœur, cette biographie romancée destinée à la jeunesse m’a fait passer un bon moment de lecture. J’ai appris beaucoup à propos du destin hors du commun du père d’Alexandre Dumas père. Christel Mouchard met au service de son roman une plume dynamique et imagée. Le rythme soutenu n’est pas en reste.

4/5

Lectures EN COURS

LECTURES PRÉVUES EN MAI

Très bon mois de mai à tous!

Fanny

L’âge de l’innocence d’Edith Wharton

Résumé de l’éditeur : Au début des années 1870, au sein du petit univers élitiste et fermé de la bonne société new-yorkaise, Newland Archer s’apprête à épouser May Welland, incarnation « de tout ce à quoi il avait cru et qu’il avait révéré ». L’irruption de la cousine de sa future femme, la mystérieuse comtesse Olenska qui rentre inopinément d’Europe pour fuir un mariage malheureux, va donner une tournure inattendue à ses fiançailles. Alors que la comtesse fascine et scandalise tour à tour New York, Archer voit le mélange de sympathie et de perplexité que lui inspire Ellen Olenska se changer peu à peu en un sentiment plus troublant. Mais il prend également conscience de l’implacable étau dans lequel la société corsetée du « vieux New York » enferme les individus et du sort qu’elle réserve à ceux qui refusent de se conformer à ses règles.

Connu en France sous le titre Le temps de l’innocence, les éditions des Belles lettres ont souhaité rééditer ce roman dans une nouvelle traduction et un nouveau titre, L’âge de l’innocence. Après avoir lu Chez les heureux du monde et Les beaux mariages, c’est tout naturellement que j’ai voulu continuer ma découverte de l’univers d’Edith Wharton. Cette fois, la romancière remonte le temps jusqu’aux années 1870 où nous suivons un jeune homme de la bonne société new-yorkaise. Le faste et les faux-semblants cachent une bien triste réalité. En effet, Newland est ligoté par des carcans sociétaux et des codes pesants. Se mêlent dans son esprit la frustration, l’envie de liberté, d’indépendance et de changer sa vie.

Comme à son habitude, Edith Wharton nous offre un roman où les détails foisonnent et ont leur importance. Rien n’est anodin, et surtout pas lorsqu’il s’agit de décortiquer la haute-société new-yorkaise. Cette dernière est d’ailleurs souvent comparée au Vieux Continent vu comme tolérant voire carrément bohème. Le dernier chapitre est tout simplement magistral de mélancolie et de sens. Cette mise au point sur le passé apporte une chute douce-amère ainsi qu’un très beau point final à l’ensemble. J’avoue être restée sans voix face à une existence où les regrets ont tendance à prendre le dessus. Le seul bémol? Au début de ma lecture, je me suis quelque peu perdue dans les noms des personnages et les liens entretenus entre eux.

Paru en 1920, L’âge de l’innocence se démarque par bien des aspects des deux précédents titres que j’ai pu lire d’Edith Wharton. Les carcans de la société new-yorkaise frappe de plein fouet un jeune homme à la veille de son mariage dans les années 1870. La chute pleine de mélancolie et de prise de conscience m’a particulièrement plu. J’espère avoir l’occasion d’aller encore un peu plus loin dans l’œuvre de cette grande romancière américaine avec Été, Les Boucanières ou encore Ethan Frome.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Deux remords de Claude Monet de Michel Bernard
  • Persuasion de Jane Austen

Fanny

L’amie prodigieuse, Tome 2 : Le nouveau nom d’Elena Ferrante

Résumé de l’éditeur : «Si rien ne pouvait nous sauver, ni l’argent, ni le corps d’un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement.» Le soir de son mariage, Lila, seize ans, comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qu’elle déteste. De son côté, Elena, la narratrice, poursuit ses études au lycée. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia. L’air de la mer doit aider Lila à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano.

Souvenez-vous, il y a peu je vous proposais mon avis concernant le premier tome de la saga de L’amie prodigieuse qu’il n’est plus utile de présenter. Je n’ai pas tardé à continuer l’aventure auprès de Lenu et Lila. Cette fois, nous suivons nos deux héroïnes à la fin de leur adolescence. Leurs chemins finissent pas se séparer malgré beaucoup de moments passés ensemble. Lila est fidèle à elle-même : sanguine et tenace. Lenu prend plus de temps pour s’affirmer et s’imposer. Ces différences de caractère construisent une amitié très particulière et fusionnelle faite d’admiration, de maladresse, de concurrence et de prise de bec. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Ils sont tous aussi excessifs qu’attachants. On adore les aimer ou les détester.

La construction est assez déséquilibrée entre une première partie plutôt longue et une seconde pleine de rebondissements. L’écriture d’Elena Ferrante est toujours expressive, un régal à lire. Cette fois, la romancière nous emmène entre Naples, Ischia et Pise. Les scrupules à franchir la frontière du quartier sont loin. La place des femmes dans l’Italie machiste des années 60 est présente. Rien ne leur est épargné : les coups, les insultes, les soumissions et les manipulations. L’adolescence est également l’une des thématiques fortes. Nous assistons à tout un questionnement autour de l’avenir, du souhait de trouver sa place dans la société et de sa légitimité à s’extraire de sa condition sociale. Certains passages sont durs, d’autres sont au contraire auréolés d’une sorte de félicité.

Je suis ravie d’avoir sauté sur ce second tome. L’intrigue avance petite à petit. Nous retrouvons ici des thématiques fortes avec la condition des femmes et le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Je suis curieuse de lire la suite et surtout de retrouver la plume si expressive d’Elena Ferrante, les personnages et l’ambiance si propre à cette saga littéraire.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • L’amie prodigieuse, Tome 1 d’Elena Ferrante
  • L’étoile d’argent de Jeannette Walls
  • La vie quand elle était à nous de Marian Izaguirre

Fanny

Poussière de Rosamond Lehmann

Résumé de l’éditeur : À 18 ans, au lendemain de la Première Guerre mondiale, Judith Earle, une jeune fille de bonne famille du sud de l’Angleterre, regagne la grande maison familiale au bord de l’eau. Elle vient de terminer ses études à Cambridge. Elle assiste au retour de ses voisins, les cousins Fyfe, qu’elle a idolâtrés tout au long de son enfance solitaire. Dans une mosaïque faisant alterner passé et présent, Judith se souvient de leurs jeux, et des fantasmes induits par ces jeunes garçons qui revêtaient pour elle un caractère quasi mythique tant ils étaient beaux, socialement doués, à l’aise en toutes circonstances… Tous ont grandi, et elle revoit chacun identique et différent de l’enfant qu’il fut. Mais la magie de l’enfance n’est-elle pas déjà devenue poussière ?

Conseillé par Jean-Noël Liaut, l’auteur de l’excellente biographie Nancy Mitford, la dame de la rue Monsieur, je n’ai pas attendu longtemps avant de me procurer ce roman assez peu connu en France. Poussière possède un charme particulier et suranné. D’une écriture fine et ciselée, Rosamond Lehmann décrit chaque personnage, chaque mouvement, chaque objet et chaque situation avec beaucoup de détails, de subtilité et de pertinence. Le rythme est lui aussi assez singulier. Les chapitres sont plus ou moins courts. Le temps s’étend avec indolence mais aussi une certaine intransigeance. Le tout est réussi et m’a procuré de belles heures de lecture.

Rosamond Lehmann nous dépeint l’enfance et l’adolescence de Judith. Le lecteur suit une héroïne solitaire et observatrice à travers les saisons et les années. Nous assistons à l’éveil de ses sens et du sentiment amoureux avec tâtonnement, maladresse et parfois une pointe de naïveté. Les relations entre les différents protagonistes sont complexes et parfois ambiguës. Les personnages portent d’ailleurs en eux une part de mystère et d’ombre. C’est aussi une jeunesse pleine de doute, de déception et de mélancolie dus notamment à la Première Guerre mondiale qui nous est donnée à voir. Les femmes sont au premier plan, la difficulté d’être indépendante malgré des études poussées.

Revenir à un classique de la littérature britannique m’a fait un bien fou. Il y a encore quelques semaines, Poussière m’était totalement inconnu tout comme Rosamond Lehmann. La surprise fut donc d’autant plus belle. Paru pour la première fois en 1927, ce roman est beaucoup trop méconnu. Il est sensible et plus complexe qu’il n’y parait.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Avec vue sur l’Arno d’E. M. Forster
  • Chez les heureux du monde d’Edith Wharton
  • La poursuite de l’amour de Nancy Mitford

Fanny

L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich

Résumé de l’éditeur : Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Le Grand prix des lectrices Elle 2019 nous propose décidément une belle sélection de témoignages et de policiers. L’Empreinte ne déroge pas à la règle et est en réalité un mélange des deux genres. Ce livre m’a happée dès les premières pages grâce à une écriture fine et brillante. L’écrivaine alterne le récit de son parcours personnel si dur et celui de Ricky Langley, pédophile et assassin. Le parallèle entre les deux nous apparait petit à petit et finit par faire sens. Certains passages sont ardus mais finalement nécessaires aux lecteurs mais aussi à l’écrivaine elle-même. Les dernières pages m’ont laissée sur ma faim même si je comprends le sens de ce choix.

Victime de viol par un membre de sa famille, Alexandria Marzano-Lesnevich est impressionnante de recul, de clairvoyance mais aussi de sensibilité car sous son fort caractère se cache une faille d’une profondeur sans nom. Ce livre est clairement le réceptacle d’une recherche d’explication. Pourquoi les pédophiles sont ce qu’ils sont? Comment surmonter le traumatisme? La justice américaine, la psychologie et le terrain sociologique de Ricky Langley sont également décryptés pour nous. Ce sont aussi les dysfonctionnements réels d’un société et d’individus qui nous sont montrés. Le travail de recherche et d’analyse d’Alexandria Marzano-Lesnevich est assez colossale

Ce livre m’a subjuguée de bout en bout. Alexandria Marzano-Lesnevich fait preuve de talent aussi bien dans son écriture que dans son travail de recherche et sa capacité de recul. Rien n’est tout blanc ni tout noir, la complexité des personnalités présentes dans ce livre est flagrante. Ici pas de pathos mais une vraie réflexion et une quête d’explication. Ce récit est dur parfois. Il est aussi sensible que terrible.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie
  • Dura lex de Bruce DeSilva
  • La petite femelle de Philippe Jaenada

Fanny

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Résumé de l’éditeur : « Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Né d’aucune femme est habillé d’une couverture pour le moins intrigante et d’un résumé qui ne l’est pas moins. Pour son nouveau roman, Franck Bouysse mélange les genres. Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, l’auteur signe une intrigue d’une violence rude et âpre. Une ambiance austère se développe et enveloppe les personnages et par extension le lecteur. Le récit est porté par plusieurs voix. L’auteur n’oublie pas d’adapter son style à chaque protagoniste. Ceci est très bien vu et apporte crédibilité et réalisme à l’ensemble. La plume de l’écrivain est donc clairement à retenir.

La tension s’intensifie de page en page, un malaise s’installe subrepticement et une noirceur s’étend. Franck Bouysse décrit un terroir rural, reculé et oublié de tous. Les personnages sont seuls face à la nature humaine, au danger de la pauvreté et de l’isolement. Nous suivons principalement Rose, une jeune fille dont la vie bascule vers une véritable descente aux enfers. Ma lecture fut parfois ardue. En effet, les rebondissements s’enchainent à la manière d’un tourbillon d’une cruauté sans fin. Certains passages sont d’ailleurs crus et difficiles. Âme sensible, s’abstenir!

Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, Né d’aucune femme est un livre qu’il me sera difficile d’oublier. Le schéma à plusieurs voix est maitrisé grâce à l’adaptation du style à chaque protagoniste. Le lecteur est le témoin d’une descente en enfer. Malgré certains passages assez insoutenables, j’avoue avoir eu bien du mal à lâcher ce livre. En toute sincérité, je suis curieuse de découvrir une autre œuvre de ce romancier.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Le bal des hommed’Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
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Fanny