Le chant des revenants de Jesmyn Ward

Résumé de l’éditeur : Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla. De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État. Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent. Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses… 

Férue de littérature américaine, ce roman me faisait de l’œil depuis sa sortie. Je suis donc ravie de l’avoir retrouvé dans la sélection du Grand prix des lectrices Elle 2019. Jesmyn Ward nous propose un roman fort et poignant grâce à une très belle écriture fine, claire et poétique. Le récit prend forme à trois voix : celle de Jojo, de Léonie (sa mère) et de Richie tout droit venue du passé. Dans la veine des grands romans américains, la romancière nous emporte dans un road trip à travers une partie des États-Unis. De plus, une touche fantasmagorique et surnaturelle vient rehausser l’ensemble et apporte une profondeur un peu plus sombre au récit.

Très vite, le lecteur comprend toute l’étendue du mal-être des différents personnages. Le poids du passé les écrase et les empêche d’avancer. Ils portent ainsi le lourd héritage de l’esclavagisme, de la ségrégation et du racisme. Les fantômes ne sont jamais loin et hantent chacun d’entre eux. Finalement, en peu de pages et avec une émouvante subtilité, Jesmyn Ward parvient à construire un roman aussi ancré dans l’Histoire des États-Unis que terriblement d’actualité. Nous sommes également face à un récit sociale et réaliste. La drogue, l’emprisonnement, les soucis financiers, les lacunes affectives, les mauvais traitements et le métissage minent toute une fragile génération.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman. Jesmyn Ward puise dans les heures les plus sombres des États-Unis pour nous proposer un récit fort et hors du commun. La plume de la romancière, le destin des personnages qu’elle a créé et la construction de l’intrigue ont su me transporter. Un roman nécessaire, c’est certain.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Les beaux mariages d’Edith Wharton

Résumé de l’éditeur : Ondine Spragg s’ouvre les portes de l’aristocratie new-yorkaise grâce à son mariage avec Ralph Marvell. Son ambition l’amène à divorcer et à se lancer à la conquête des hommes susceptibles de lui apporter tout ce qu’elle désire, c’est-à-dire l’amusement mais aussi la respectabilité. Si elle échoue face au banquier Peter Van Degen, elle va trouver une nouvelle victime en la personne du Marquis de Chelles, grâce à qui elle va – espère-t-elle – trouver une place de choix dans le monde du Faubourg Saint-Germain. Mais c’est vers Elmer Moffatt, un ami d’enfance auquel elle avait été mariée secrètement, qu’elle finira par revenir et en compagnie duquel elle trouvera le bonheur.

Publié en 1913, Les beaux mariages est le sixième roman de la romancière américaine Edith Wharton. Je garde un très beau souvenir de son tout premier récit Chez les heureux du monde, roman lu il y a plusieurs années à la chute pour le moins tragique. Nous retrouvons ici la même plume fine et détaillée. Le ton est clairement ironique. Le lecteur rie jaune à tous ces faux-semblants, ces jeux de séduction et ces défilés de beaux partis dont l’intérêt se situe uniquement au niveau du porte-monnaie. Les tractations vont bon train tout comme les intrigues amoureuses. Les réputations se font et se défont en un rien de temps dans le New-York aristocratique du début du XXe siècle. La romancière pose ainsi un regard acéré sur ses contemporains et sur sa classe sociale.

La publication de ce roman intervient l’année du divorce d’Edith Wharton, ce qui n’est surement pas anodin. En effet, le sujet et ses conséquences sont développés tout au long du récit. Les mariages et les divorces sont utilisés pour arriver à ses fins et grimper dans l’échelle sociale. La condition des femmes de cette époque est également prégnante et plus particulièrement l’intransigeance des convenances envers le « sexe faible ». L’héroïne, Ondine, et son destin ne sont d’ailleurs pas sans rappeler La foire aux vanités de William Makepeace Thackeray. Edith Wharton déroule une comédie de mœurs entre New-York, la France et l’Italie. J’attendais particulièrement l’écrivaine sur la chute de son roman. Force est de constater qu’elle est assez plate car trop sage à mon goût.

Je me suis plongée avec délice entre les pages des Beaux mariages. La plume d’Edith Wharton et son ton mordant sont toujours aussi impressionnants et agréables à redécouvrir. La romancière n’hésite pas à écorcher l’aristocratie américaine, milieu dont elle est issue. Je regrette simplement la chute qui m’a paru quelque peu légère.

Lu grâce à la masse critique Babelio et les éditions Les belles lettres.

babelio

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  • Chez les heureux du monde d’Edith Wharton
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Fanny

Rituels d’Ellison Cooper

Résumé de l’éditeur : Spécialiste des neurosciences, Sayer Altair étudie pour le FBI les profils psychologiques de tueurs en série. Déroutée par une scène de crime très particulière, sa hiérarchie fait appel à elle. On vient de trouver, dans une maison abandonnée de Washington, le corps d’une jeune fille à qui l’on a injecté une drogue hallucinogène utilisée par les shamans d’Amazonie durant les cérémonies rituelles. Lorsque l’on découvre d’étranges symboles mayas sur les lieux, l’enquête se dirige vers un tueur aussi passionnant qu’insaisissable.

Je me régale en découvrant un peu plus de thriller grâce au Grand prix des lectrices Elle 2019. Je dois dire que l’équipe nous a concocté une jolie sélection avec des romans très réussis. Rituels d’Ellison Cooper ne déroge pas à la règle et a su me tenir en haleine jusqu’au point final. En effet, il s’agit d’un véritable page-turner. J’avoue avoir eu bien du mal à lâcher ce livre avant de connaitre enfin le fin mot de l’histoire. A la manière de grands films comme Seven de David Fincher, Le silence des agneaux de Jonathan Demme ou de séries bien connues, la romancière mélange sciences, profilage et croyances tout en maintenant une bonne dose de réalisme.

Ellison Cooper nous propose un découpage simple mais efficace : un lieu, un chapitre. Ces derniers sont courts et maintiennent un rythme soutenu. L’héroïne m’a beaucoup plu, elle est aussi déterminée dans sa traque du tueur en série qu’humaine. Ses failles et ses réactions sont intéressantes à observer. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et bénéficient de belles descriptions. Il est vrai que l’ensemble reste très américain et très ancré dans la tradition du thriller où le FBI porte l’enquête, mais j’avoue n’avoir pas boudé mon plaisir et m’être laissé embarquer dans la poursuite pleine de rebondissements d’un véritable psychopathe.

J’ai beaucoup aimé ce premier tome des enquêtes de Sayer Altair. Nous faisons la rencontre d’une héroïne que la ténacité et les failles rendent humaine, attachante et intéressante. L’enquête n’est pas en reste, aussi flippante que fascinante. J’espère aller plus loin et découvrir une nouvelle intrigue avec le tome 2, Sacrifices, qui devrait sortir en France en 2019.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Dura Lex de Bruce DeSilva

Résumé de l’éditeur : À la fin des années 1980, Kwame Diggs, le plus jeune tueur en série de l’histoire, a sauvagement assassiné deux femmes et trois petites filles avec des couteaux de cuisine avant même d’être en âge de conduire. Lors de son arres­tation, il y a dix-huit ans, le Code pénal de Rhode Island prévoyait que tout délinquant juvénile, quel que soit son crime, soit libéré à vingt et un ans. Il devrait donc être sorti de prison depuis des années mais il est toujours derrière les barreaux, à cause de condamnations supplémentaires pour possession de drogue et agression de deux gardiens. Le fait que ces accusations soient montées de toutes pièces est un secret de Polichinelle, mais ça ne gêne personne, et surtout pas Mulligan, qui avait enquêté pour le Dispatch à l’époque des faits et qui redoute d’autres meurtres si le tueur est re­mis en liberté. La direction du journal, en revanche, n’est pas du même avis : si l’administration n’est pas inquiétée pour ce coup monté contre un tueur, elle pourra se per­mettre le même type d’agissements avec n’importe qui. Peut-on prendre des libertés avec la loi au nom de la sé­curité ? C’est autour de ce dilemme éthique que le journal, et l’opinion, se déchirent. Mulligan, de son côté, reprend ses investigations et se lance dans une course contre la montre pour maintenir le criminel en détention. Parce que si le meurtrier est relâché, partisans du droit et défenseurs de l’éthique risquent de se retrouver dans le même camp : celui des proies.

Je suis certaine que je serais complétement passée à côte de ce thriller américain sans le Grand prix des lectrices Elle 2019. Quelle erreur cela aurait été car j’ai adoré cette lecture de bout en bout. Dura Lex, « La loi est dure », porte bien son nom. En effet, l’intrigue se noue autour d’une loi stipulant que tout mineur condamné à une peine d’emprisonnement doit être remis en liberté à ses 21 ans. Ce roman se divisent en deux parties. La première concerne deux assassinats perpétrés par un adolescent. Attention aux âmes sensibles car les descriptions des faits et des scènes de crime sont très explicites et réalistes. S’opère ensuite un saut dans le temps qui amène la seconde partie où se joue une lutte entre deux camps : le premier pour et le deuxième  contre une sortie de l’univers carcéral de l’individu en question.

Bruce DeSilva s’est inspiré de faits réels pour imaginer son roman. Ce dernier pose principalement des questions éthiques. Elles le rendent d’ailleurs passionnant. Ainsi, le lecteur s’interroge sur le rôle du journalisme dans une enquête policière et sur l’affrontement entre la réalité d’un serial-killer en liberté et les textes de loi implacables. Le racisme est également présent. Les condamnés sont-ils tous traités de la même manière? Quel sont les rouages qui régissent ce genre d’affaire? Le romancier nous propose finalement une vraie course contre la montre, haletante et prenante. L’ensemble est servi par un style très franc et réaliste. Les personnages sont charismatiques. Bruce DeSilva nous apporte petit-à-petit des informations à leur propos.

J’ai adoré de bout en bout ce roman. Il m’a tenue en haleine tout en me faisant réfléchir. En effet, les questions posées par Bruce DeSilva sont pertinentes et intéressantes. La tension, les personnages charismatiques et le style du romancier ne sont pas en reste.  Je n’ai qu’une envie : lire les deux précédents romans de l’auteur, Pyromanie et Jusqu’à l’os.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Un gentleman à Moscou d’Amor Towles / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol. Trois décennies durant, le comte vit nombre d’aventures retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les bouleversements la Russie soviétique.

Un gentleman à Moscou est un roman étonnant. Ici, pas de rythme haletant, pas de révélation inattendue ni de tension insoutenable. Amor Towles nous propose de suivre pendant trente deux ans un aristocrate russe assigné à résidence au Metropol, hôtel en plein cœur de Moscou. Après cette condamnation par le tout nouveau régime bolchévique, notre gentleman fait contre mauvaise fortune bon cœur. Ce roman est donc avant tout un personnage. Alexandre Rostov possède des manières impeccables et l’allure d’un dandy. Les informations le concernant nous sont apportées au compte goutte. La plume d’Amor Towles m’a beaucoup plu. Elle est descriptive et empreinte d’un humour pince-sans-rire délicieux.

Le romancier nous entraîne dans une lente déambulation au sein du Metropol que nous finissons par connaitre comme notre poche. Entre suites luxueuses, restaurants huppés et sous-sols contenant les coulisses de cette grosse machine, c’est une micro-société qui nous est donnée à voir. Les personnages secondaires sont hauts en couleur et attachants. Ce roman dégage un charme suranné dans une époque où les codes de l’aristocratie sont proscrits et semblent obsolètes. Le contexte historique est présent par petites touches, de la révolution d’Octobre à Nikita Khrouchtchev. Toutes les références à la littérature et à la poésie russes sont un régal. Elles donnent envie de découvrir et redécouvrir Tolstoï, Dostoïevski ou encore Tourgueniev.

Ce roman est loin de faire l’unanimité, je lui ai pourtant trouvé un certain charme. J’ai appris à connaitre Alexandre Rostov et ce fut bien difficile de le quitter. Son caractère, son charisme, son intelligence m’ont marquée. Les personnages secondaires sont tout aussi présents et attachants : Nina, Sofia, Andreï, Marina et les autres. Les références littéraires et historiques sont également très intéressantes et donnent envie d’aller plus loin. Une très bonne lecture.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

La vallée des poupées de Jacqueline Susann

Résumé de l’éditeur : 1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour débarquer à New York, la tête pleine de rêves et de gloire. Elle y devient secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre et fait la connaissance de deux autres jeunes femmes qui prévoient de faire carrière dans le monde du spectacle: l’ambitieuse et prometteuse Neelly O’Hara et la très belle mais peu talentueuse Jennifer North. Des bureaux d’agents d’artistes aux coulisses de Broadway, des plateaux d’Hollywood aux premières émissions TV, le roman suit leur ascension (et chute) respective, au rythme de leurs rencontres plus ou moins heureuses, carrière, amitié, amours bien sûr et autres trahisons et désillusions…

Que peut bien cacher l’industrie du divertissement? C’est ce que Jacqueline Susann nous propose de découvrir avec ce roman paru en 1966. Nous suivons trois jeunes filles sur plusieurs années dans leur quête de succès et de carrière. Anne, Neelly et Jennifer se retrouvent bien vite entraînées dans le tourbillon et le rouleau compresseur du show-biz des années d’après guerre aux États-Unis. Le roman court ensuite jusqu’au début des années 60. Le système est extrêmement cruel envers elles. En effet, le passage du temps ne semble pas avoir de prise sur les hommes mais concernant les femmes c’est une toute autre histoire… La plume de Jacqueline Susann est explicite et parfois crue.

Je ne suis pas une spécialiste, mais j’ai l’impression que Jacqueline Susann traite son sujet avec réalisme : compétition féroce, chirurgie esthétique, cure de sommeil, et médicaments (les fameuses poupées), rien n’est à négliger pour tenir le rythme. Elle n’épargne pas ces héroïnes très diminuées et anesthésiées par la prise de ces substances de différentes couleurs. Le roman commence gentiment pour finir par mettre à mal l’American Dream qui vire vite au vinaigre et au drame. Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Ils sont très présents et nous font ressentir différents sentiments. Nous suivons tout ce petit monde avec plaisir mais aussi une certaine fébrilité.

J’ai beaucoup aimé ce roman. Réaliste et explicite, il nous entraine dans les coulisses bien sombres et extrêmes du show-biz des année 40, 50 et 60. Les trois héroïnes sont attachantes malgré leurs choix parfois peu judicieux et dangereux.  C’est aussi le témoignage de l’image de la femme-objet qui doit sans cesse se plier aux diktats esthétiques imposés par l’industrie du divertissement.

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  • La femme de l’aviateur de Mélanie Benjamin
  • Régiment de femmes de Clemence Dane
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    Fanny

La mémoire du thé de Lisa See

Résumé de l’éditeur : Sud-ouest de la Chine, années 1990. À la Source de Printemps, sur le mont Nannuo, la culture du thé rythme la vie des habitants depuis toujours. Loin de connaître les progrès sans précédent qui se propagent au reste du pays, les Akha perpétuent des méthodes de récolte archaïques et des principes religieux très strictes. Li-yan, première personne de sa famille à savoir lire et écrire, rejette les traditions qui ont jusqu’alors façonné son existence. Sur le point de débuter la formation qui fera d’elle la prochaine sage-femme de la vallée, elle décide de poursuivre ses études malgré les réticences de la communauté.

Lisa See m’a souvent été conseillée et notamment pour son roman le plus connu Fleur de neige. Grâce à la réception de son dernier ouvrage traduit en France, j’ai enfin pu découvrir tout le talent de cet écrivain. Lisa See retrace ici la vie d’une jeune fille membre de l’une des nombreuses minorités ethniques de Chine, les Akhas. Nous sommes donc introduits dans les années 90 au sein d’une communauté encore rurale et protégée de l’occidentalisation. Les rites ancestraux, les croyances et les us et coutumes sont toujours d’actualité mais emprisonnent la jeune Li-Yan loin de son rêve d’avenir. Le prix de l’émancipation sera lourd.

Lisa See possède une plume aussi claire, précise que profonde. Elle ne tombe jamais dans le pathos ou la dramatisation. Des thématiques lourdes mais aussi d’actualité sont abordées avec notamment l’intrusion assez brutale des occidentaux sur les terres Akhas, riches en ressources et en arbres à thé, tout comme des commerçants de tout poil prêts à tout. La place de la femme en Chine est au cœur de cet ouvrage. La société chinoise des dernières décennies et sa politique de l’enfant unique sont également décrites. Ce roman est aussi un manifeste du thé et de ses nombreux bienfaits médicinaux. La chute m’a plu et forme une belle boucle.

Ce roman d’une grande force ouvre les yeux sur la condition féminine en Chine mais aussi en général. Le contexte est dépaysant et certaines thématiques sont universelles, d’autres sont plus locales. Je suis heureuse d’avoir enfin découvert Lisa See. Le moins que l’on puisse dire est que je ne suis pas déçue. Je continuerais surement ma découverte de l’œuvre de l’auteur plus tard.

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Fanny

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Résumé de l’éditeur : Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique ; celui d’un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l’occupant allemand : le « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey…

J’ai lu ce roman pour la première fois juste après sa sortie en 2009 sans savoir qu’il s’agissait d’un bestseller. Je me suis replongée dans cette histoire il y a quelques semaines. Le rendez-vous a une nouvelle fois fonctionné. Ce recueil de lettres fictives est une petite merveille d’hommage à la littérature, d’amitiés et de sensibilité. J’ai apprécié de redécouvrir toutes ces histoires individuelles qui finissent par ne faire qu’une et faire l’Histoire de cette période trouble que fut la Seconde Guerre mondiale. Les détails de la vie quotidienne pendant l’occupation allemande sont édifiants et parlants. Les deux écrivains sont américaines. Cependant, elles ont bien retranscrit l’ambiance toute britannique mais aussi les spécificités qui régnent sur l’île Anglo-Normande de Guernesey.

Petit à petit, nous faisons la connaissance de tous les protagonistes avec lesquels Juliet entretient une correspondance. Ce genre littéraire permet de s’approcher au plus près d’eux et de leur réalité. Certains sont attachants, d’autres carrément détestables (je pense notamment à Bella Taunton ou encore Adelaide Addison…). Le personnage absent d’Elizabeth plane sur tout le récit comme une réminiscence incessante des exactions nazies. La petite Kit est également un personnage autour duquel beaucoup de destins sont reliés. J’ai mieux saisi le contexte historique qu’à l’époque de ma première lecture, ce qui n’a fait qu’apporter un peu plus de force à l’ensemble. Les touches d’humour apportent un contre-poids efficace mais aussi du charme.

Une nouvelle fois, j’ai regretté de tourner la dernière page de ce roman. Guernesey et ses habitants sont si attachants qu’il est difficile de les lâcher. Suivre les pas de Juliet vers ses nouveaux amis est toujours une expérience émouvante et de réflexion. J’avoue nourrir une crainte de voir l’adaptation à venir…

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Fanny

Le cercle de pierre, Tome 1 : Le chardon et le tartan de Diana Gabaldon

Résumé de l’éditeur : Ancienne infirmière de l’armée britannique, Claire Beauchamp-Randall passe des vacances tranquilles en Écosse, où elle s’efforce d’oublier les horreurs de la Seconde Guerre mondiale auprès de son mari, tout juste rentré du front… Au cours d’une promenade sur la lande, la jeune femme est attirée par des cérémonies étranges autour d’un menhir. Elle s’en approche, et c’est alors que l’incroyable survient : Claire est précipitée deux cents ans en arrière. 1743. L’Écosse traverse une période troublée. Les Highlanders fomentent un nouveau soulèvement contre l’occupant anglais. Claire se retrouve plongée au cœur d’un monde inconnu, fait de violences et d’intrigues politiques qui la dépassent. Heureusement, sa route croise celle de Jamie Fraser, un Écossais au grand cœur. Happée par cette nouvelle vie palpitante, Claire saura-t-elle revenir à son existence d’autrefois, désormais si lointaine ?

Je souhaitais découvrir la célèbre série de romans de Diana Gabaldon depuis un moment déjà. A tel point qu’il y a plusieurs années, j’ai acheté d’occasion quatre intégrales regroupant à chaque fois deux tomes publiées aux Presses de la cité. J’ai donc lu le premier opus en avril : Le chardon et le tartan. J’ai passé un bon moment de lecture dans l’ensemble. Le contexte spatio-temporel de l’Écosse du XVIIIe siècle fut une découverte totale pour moi. J’ai beaucoup aimé parcourir les petits détails de la vie quotidienne dans ce pays et à cette époque grâce à la plume assez dense de Diana Gabaldon. J’ai notamment apprécié d’en apprendre davantage concernant les plantes médicinales et leurs usages dans un monde où la médecine (et l’hygiène…) n’en est qu’à ses balbutiements.

Nous faisons la connaissance de Claire, une jeune femme de la première moitié du XXe siècle, qui se retrouve propulsée au XVIIIe siècle lorsqu’elle traverse le cercle de pierre de Craigh na Dun. J’ai apprécié cette héroïne naturelle et spontanée. C’est une femme forte qui ne se laisse pas marcher sur les pieds! Les anachronismes qu’elle véhicule apportent une touche d’humour très agréable. Par contre, j’avoue avoir eu du mal à m’attacher à Jamie. Il m’a semblé parfois insaisissable et machiste. Vous me direz que c’était surement le cas d’une grande majorité des écossais du XVIIIe siècle mais il m’a parfois agacée. Second bémol : les scènes de sexe sont trop présentes à mon goût et n’apportent strictement rien.

Malgré les deux bémols cités ci-dessus, j’ai passé un bon moment de lecture en compagnie de la plume addictive de Diana Gabaldon. J’ai apprécié ma plongée dans l’Écosse du XVIIIe siècle aux côtés de Claire. Je suis en train de lire le tome 2 (Le Talisman) qui m’entraine dans la France de Louis XV au cœur des tractations concernant le trône d’Écosse. Je me régale!

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Fanny

Un assassin de première classe de Robin Stevens

Résumé de l’éditeur : Hazel et Daisy partent en vacances à bord de l’Orient-Express avec M. Wong. Une seule interdiction : jouer les détectives. Alors qu’un espion se cache dans le train, une riche héritière est assassinée dans une cabine verrouillée de l’intérieur. Le club de détectives est obligé de reprendre du service ! Attention, elles ne sont pas les seules sur l’affaire…

J’aime beaucoup lire un roman jeunesse une fois de temps en temps. Ce type de littérature regorge de petite pépite qu’il est très agréable à parcourir. Un assassin de première classe fait partie d’une série (il s’agit du troisième tome) mais peut très bien se lire indépendamment, c’est d’ailleurs ce que j’ai fait. J’ai fait la connaissance de deux jeunes filles de 14 ans complétement inconscientes mais tellement courageuses et perspicaces. Elles se sont découvertes des talents de fin limier et ont donc créé le club de détectives Wells & Wong. Entre moments de tension, d’émotion mais aussi d’humour, je les ai suivies avec beaucoup d’intérêt.

Comme le titre et l’enquête le laissent deviner, il s’agit d’un hommage à Agatha Christie et à son célèbre roman Le meurtre de l’Orient-Express. A l’image de ce dernier, ce train mythique est ici plus vraie que nature. Il y a également quelques références à Sherlock Holmes d’Arthur Conan Doyle. Je ne me suis jamais ennuyée. Sous la plume d’Hazel, nous sommes entrainés au cœur d’une double enquête dont le dénouement est pour le moins incertain. J’ai beaucoup aimé les descriptions des différents protagonistes et notamment des suspects. Ces derniers ont tous une caractéristique ou un signe distinctif particuliers qui brouillent les pistes.

Un assassin de première classe est un bon petit roman jeunesse mais aussi policier. Je me suis beaucoup amusée à suivre Hazel et Daisy. Les autres personnages ne sont pas en reste et sont très bien croqués. Et puis, il faut le dire, le cadre de l’Orient-Express provoque un certain émerveillement. J’espère avoir l’occasion de lire une autre enquête du club de détectives Wells & Wong.

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