Poussière de Rosamond Lehmann

Résumé de l’éditeur : À 18 ans, au lendemain de la Première Guerre mondiale, Judith Earle, une jeune fille de bonne famille du sud de l’Angleterre, regagne la grande maison familiale au bord de l’eau. Elle vient de terminer ses études à Cambridge. Elle assiste au retour de ses voisins, les cousins Fyfe, qu’elle a idolâtrés tout au long de son enfance solitaire. Dans une mosaïque faisant alterner passé et présent, Judith se souvient de leurs jeux, et des fantasmes induits par ces jeunes garçons qui revêtaient pour elle un caractère quasi mythique tant ils étaient beaux, socialement doués, à l’aise en toutes circonstances… Tous ont grandi, et elle revoit chacun identique et différent de l’enfant qu’il fut. Mais la magie de l’enfance n’est-elle pas déjà devenue poussière ?

Conseillé par Jean-Noël Liaut, l’auteur de l’excellente biographie Nancy Mitford, la dame de la rue Monsieur, je n’ai pas attendu longtemps avant de me procurer ce roman assez peu connu en France. Poussière possède un charme particulier et suranné. D’une écriture fine et ciselée, Rosamond Lehmann décrit chaque personnage, chaque mouvement, chaque objet et chaque situation avec beaucoup de détails, de subtilité et de pertinence. Le rythme est lui aussi assez singulier. Les chapitres sont plus ou moins courts. Le temps s’étend avec indolence mais aussi une certaine intransigeance. Le tout est réussi et m’a procuré de belles heures de lecture.

Rosamond Lehmann nous dépeint l’enfance et l’adolescence de Judith. Le lecteur suit une héroïne solitaire et observatrice à travers les saisons et les années. Nous assistons à l’éveil de ses sens et du sentiment amoureux avec tâtonnement, maladresse et parfois une pointe de naïveté. Les relations entre les différents protagonistes sont complexes et parfois ambiguës. Les personnages portent d’ailleurs en eux une part de mystère et d’ombre. C’est aussi une jeunesse pleine de doute, de déception et de mélancolie dus notamment à la Première Guerre mondiale qui nous est donnée à voir. Les femmes sont au premier plan, la difficulté d’être indépendante malgré des études poussées.

Revenir à un classique de la littérature britannique m’a fait un bien fou. Il y a encore quelques semaines, Poussière m’était totalement inconnu tout comme Rosamond Lehmann. La surprise fut donc d’autant plus belle. Paru pour la première fois en 1927, ce roman est beaucoup trop méconnu. Il est sensible et plus complexe qu’il n’y parait.

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  • Avec vue sur l’Arno d’E. M. Forster
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Fanny

How to stop time de Matt Haig

Résumé de l’éditeur : Tom Hazard vient de postuler pour devenir professeur d’histoire dans un collège londonien. Il se tient résolument à l’écart des autres. Car Tom a un secret. Il est atteint d’anagérie, une condition qui survient à la puberté et provoque un vieillissement extrêmement plus lent que la normale. Il doit donc tout taire pour ne pas éveiller les soupçons et risquer de devenir un objet d’étude scientifique ou, pire, d’être tué. Il renonce ainsi, chaque fois que le danger se précise, à la vie qu’il s’est construite, recommençant tout à zéro ailleurs. C’est ainsi qu’il a dû abandonner sa fille, atteinte du même mal que lui. Depuis lors, il n’a qu’une idée en tête : la retrouver, morte ou vivante. Mais voilà qu’il est en train de tomber amoureux de Camille, une simple mortelle – lui qui sait que l’envie de se rapprocher d’elle est la pire chose qui puisse lui arriver…

Cela fait plusieurs mois que je ne vous ai pas parlé d’un roman jeunesse. Il s’agit pourtant d’un genre que j’affectionne mais que je le laisse souvent de coté par manque de temps. Hélium m’a permis de découvrir un livre de leur catalogue et j’en suis la première ravie. How to stop time de Matt Haig est un peu particulier car il mêle aventure, surnaturel, histoires d’amour (et d’amitié) et thématiques fortes. Ce joyeux mélange forme un roman complet et plutôt addictif. Sans être rédhibitoire, quelques longueurs viennent freiner le récit à certains moments pour mieux rebondir ensuite. Les nombreux flashbacks donnent la mesure de l’existence si particulière de Tom Hazard. Une vie longue, très longue.

Tout en nuance, Tom Hazard est un personnage complexe. En effet, il est à la fois un héros et un antihéros. Sa particularité exceptionnelle voire enviable de vieillir très lentement fait face à un mal-être, une solitude et une mélancolie à fleur de peau qui ne cessent de le poursuivre. Il semble ne jamais trouver sa place ni vivre pleinement. Matt Haig introduit donc des thématiques fortes, notamment pour un jeune public. Le passage du temps, le vieillissement et le sens de la vie sont également très présents dans le roman et m’ont particulièrement marquée. J’aime l’idée que le temps soit insaisissable, qu’il soit différent pour chacun, qu’il s’étire ou qu’au contraire il rétrécisse.

How to stop time n’est pas forcémment un roman très joyeux à l’heure où le bonheur est normé et devient une obligation sociale. C’est sûrement ce qui fait en partie son charme. Matt Haig a su me prendre par la main pour sauter dans le vide d’une existence sans fin, ou presque. La solitude, la mélancolie, le temps et le sens de la vie sont autant de thèmes qui ont suscité mon intérêt. Un bon moment de lecture!

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  • La saga des marquises de Muriel Bloch et Marie-Pierre Farkas
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Fanny

3 livres, 3 avis, 1 billet

Trois nouvelles chroniques groupées pour trois livres dont j’ai très envie de vous parler malgré le manque de temps pour rédiger des articles individuels. N’hésitez pas à commenter, je suis curieuse de connaitre vos avis à propos de ces trois ouvrages tous très différents les uns des autres.

Les chroniques de St Mary, Tome 1 : Un monde après l’autre de Jodi Taylor

A force de voir passer ce premier tome un peu partout depuis sa sortie et de lire des avis plutôt positifs, j’ai eu envie de découvrir cette saga tout droit venu du Royaume-Uni. Jodi Taylor nous embarque pour des aventures assez incroyables auprès d’historiens qui remontent le temps. Cet opus nous propulse en plein Crétacé ou sur un champs de bataille de la Première Guerre mondiale pour ne citer que ces exemples. Le manque de détails techniques et scientifiques est sûrement ce qui m’a le plus gênée. La romancière aurait donné encore plus de relief et de crédibilité à son roman en allant un peu plus loin. Cependant, je n’ai pas boudé mon plaisir grâce à un rythme effréné, de multiples rebondissements, une bonne dose d’humour et des personnages hauts en couleur.  Ce roman m’a procuré une belle pause au milieu de mes lectures pour le Grand prix des lectrices Elle.

My purple scented novel (Mon roman pourpre aux pages parfumées) de Ian McEwan

Cette nouvelle inédite est parue à l’occasion du 70e anniversaire de Ian McEwan. Il s’agit d’un souvenir de mon séjour à Jersey. J’avoue être amatrice de nouvelles, et surtout admirative du talent de certains auteurs dans cet exercice parfois périlleux. Les chutes pleines de sens ou tranchantes me réjouissent particulièrement. Le moins que l’on puisse dire est que ça ne rate pas avec My Purple Scented Novel. L’histoire commence gentiment avec une amitié d’enfance entre deux écrivains. Progressivement, les choses se gâtent. C’est gentiment cruel et carrément culotté. La chute est excellente, elle montre les méfaits que peuvent amener la création, la frustration et la jalousie. Ian McEwan décrit ainsi la perversité d’un homme tout à fait ordinaire. En très peu de pages, l’écrivain arrive à construire des personnages rapidement saisissables. Du même auteur, il me reste The Children Act et Opération Sweet Tooth dans ma pile à lire.

Berezina de Sylvain Tesson

Ce livre dormait dans ma pile à lire depuis un an et demi. J’ai réussi à l’en sortir grâce à un challenge du forum Whoopsy Daisy. Sylvain Tesson et quelques amis décident de relier Moscou à Paris sur les traces de la retraire de Napoléon suite à l’échec de la campagne de Russie. Agrippé à son Oural (side-car russe), l’aventurier nous raconte son périple entre froid paralysant, dangerosité de certaines routes et pauses bien méritées mais surtout bien arrosées de vodka. L’écrivain nous donne un véritable cours magistral d’Histoire à chaque endroit clé du parcours. Pour mon plus grand bonheur, il cite souvent Tolstoï qui a écrit sur la campagne de Russie dans Guerre et paix. Il en profite pour balayer les préjugés que nous nourrissons à propos des slaves et pour philosopher sur le voyage. Seul bémol : ce livre est trop court. Je serais bien restée auprès de Sylvain Tesson et de ses acolytes encore quelques dizaines de pages.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Watership Down de Richard Adams
  • On Chesil Beach de Ian McEwan
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Fanny

Sirènes de Joseph Knox

Résumé de l’éditeur : Après une erreur qui aurait pu lui coûter sa carrière, c’est le déshonneur total pour le jeune inspecteur Aidan Waits. Mais ce déshonneur arrange bien ses supérieurs qui obligent Waits à mener une dangereuse opération d’infiltration au sein d’une organisation criminelle, la Franchise, gérée par le caïd de Manchester, Zain Carver. En parallèle, Waits est secrètement convoqué par un puissant homme politique pour retrouver sa fille, Isabelle, qui aurait fugué pour la énième fois. Waits se plonge alors dans le monde nocturne, sombre et violent de Zain Carver, un homme à l’image de Gatsby entouré de jeunes femmes dévouées. Il suit la trace d’Isabelle, qui compte désormais parmi les « sirènes » de Zain ; ces filles qui ondoient de club en club et font la collecte pour la Franchise. Mais la mission de Waits risque d’être compromise par sa liaison avec Cat, une des « sirène » aussi belle que mystérieuse. Zain Carver de son côté n’est pas dupe, et Waits, abandonné par ses supérieurs, ne tarde pas à découvrir qu’il a perdu pied et toute notion du temps. Comment peut-il sauver Isabelle, alors qu’il ne peut pas se sauver lui-même ?

Nouvel auteur sur la planète thriller, Joseph Knox nous propose ici un premier roman à la fois réaliste et sombre. Quelles sociétés parallèles et souterraines cache la quatrième ville du Royaume-Uni? Le romancier déploie sous nos yeux la face sombre de Manchester. La circulation de tous types de drogues même les plus frelatées est légion. La jeunesse dorée mais aussi démunie est la proie favorite des trafiquants. L’appel de la défonce est à l’image du chant des sirènes : irrépressible. Exit le tea time, le flegme anglais et les costumes en tweed. L’auteur ne nous épargne pas et introduit son lecteur dans un univers contemporain, réaliste et mafieux.

Le trafic de drogues est certes au cœur de l’intrigue mais l’auteur donne la part belle à un jeune inspecteur, Aidan, trainant de multiples casseroles derrière lui. Son passé est entrevu en de trop rares passages. Ces derniers permettent tout juste au lecteur de mieux appréhender ce personnage brisé, borderline et accro aux amphétamines. C’est bien dommage car j’aurais adoré en savoir plus sur lui. Il vit sans cesse sur la corde raide dans une ambiguïté assez malsaine et un discernement pour le moins singulier. N’essaye-t-il pas de refouler son mal-être en venant au secours de causes perdues? Peux-être l’apprendrons-nous dans le prochain volume.

Décidément, le Grand Prix des lectrices Elle nous propose une belle sélection de thriller à nous mettre sous la dent. Sirènes de Joseph Knox m’a beaucoup plu. Je retiendrai sa noirceur, son réalisme et les personnages tous plus paumés les uns que les autres. Je regrette seulement que l’auteur ne nous en dévoile pas davantage à propos d’Aidan Waits, anti-héros aussi brisé qu’ambigu.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • City on fire de Garth Risk Hallberg
  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy
  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry

Fanny

Présumée disparue de Susie Steiner

Résumé de l’éditeur : Une nuit, après une énième rencontre Internet ratée, Manon Bradshaw est envoyée sur une scène de crime. Edith Hind, étudiante à Cambridge, belle, brillante et bien née, a disparu. Peu d’indices, des traces de sang… Chaque heure compte pour la retrouver vivante. Les secrets que l’inspectrice Bradshaw s’apprête à découvrir auront des conséquences irréversibles, non seulement pour la famille d’Edith mais pour Manon elle-même.

Ce n’est pas un scoop si je vous dis que je suis assez friande de romans policiers britanniques. Présumée disparue est le premier tome d’une série mettant en scène une inspectrice de police au caractère bien trempé. Cette dernière est clairement le point fort de ce roman. En effet, nous la suivons entre son travail et sa vie privée. 39 ans, célibataire, sans enfant, quelle alternative lui reste-t-il dans une société où l’inverse de sa situation est portée aux nues? Désespoir et remise en question sont balayés par de petites étincelles qui viennent changer son existence. Susie Steiner développe des thématiques fortes dans l’air du temps.

L’enquête policière est plutôt intéressante mais assez prévisible. J’avoue avoir très rapidement deviné le dénouement de l’histoire. Malgré tout, les chapitres courts permettent à la romancière de maintenir un rythme soutenu. Nous alternons plusieurs points de vue entre Manon, l’un de ses collègues et quelques membres de l’entourage de la victime. Nous avons ainsi une bonne vue d’ensemble, mais nous avons surtout les révélations avant même la police. Les dialogues sont très bons, vifs et bien menés. Sans être d’une grande originalité, la forme est donc plutôt agréable à lire. De quoi passer quelques belles heures de lecture.

Sans être un coup de cœur et malgré une intrigue prévisible, j’ai fini par apprécier ce premier tome des enquêtes de Manon Bradshaw. Les personnages, les dialogues, les thématiques fortes sont les grands points forts de ce roman. J’espère avoir l’occasion de découvrir la suite prochainement afin d’en apprendre encore un peu plus à propos de notre inspectrice hors du commun et ses collègues.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Black-out de John Lawton
  • Les détectives du Yorkshire, Tome 1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
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Fanny

Watership Down de Richard Adams

Résumé de l’éditeur : C’est dans les fourrés de collines verdoyantes que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie. Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’achèvera-t-elle vraiment là? Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par-dessus tout, vous éprouverez l’irrépressible désir de lutter à leurs côtés.

Aurais-je imaginé un jour suivre les folles aventures d’un groupe de lapins ? Je ne crois pas. Et pourtant, la littérature permet toutes les possibilités. Suite au succès de cette histoire auprès de ses filles, Richard Adams décide de la mettre par écrit. Dès sa parution en 1972, ce livre connait un grand succès et je comprends tout à fait pourquoi. J’ai donc foncé tête baissée dans ce roman hors du commun. Ce dernier nous propose une véritable aventure épique. Hazel et ses compagnons doivent affronter les dangers les plus sérieux à la recherche d’une certaine liberté et du bonheur. Le romancier dépeint la campagne du Hampshire grâce à de belles descriptions détaillées.

Richard Adams s’est beaucoup renseigné à propos de ses petits héros. Nous découvrons ainsi leur organisation, leur habitat, leur moyen de communication, leur reproduction, leur peur et leur défense. C’est passionnant! Ce roman est aussi une expérience puisqu’il permet au lecteur de se mettre à hauteur de lapin et de voir le monde à travers leurs yeux. Il possède donc une vraie portée écologique. C’est tout simplement terrorisant puisque le danger est partout présent, une existence sur le fil et sur un qui-vive permanent. A part quelques rares longueurs, j’avoue m’être facilement laissée porter par les mots de l’auteur. Mention spéciale au travail d’édition et aux illustrations de Mélanie Amaral.

Watership Down m’a permis de vivre une aventure épique hors du commun. La littérature repousse toutes les barrières et fait passer des messages. Richard Adams nous offre ici une leçon de vie et d’écologie. Quel crève-cœur de laisser derrière moi la garenne de Hazel et ses compagnons… Je suis impatiente de retrouver tous ces lapins dans la prochaine adaptation par la BBC.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

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  • L’extraordinaire voyage de Sabrina de P. L. Travers
  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry
  • La femme d’argile et l’homme de feu de Helen Wecker

Fanny

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons

Résumé de l’éditeur : Au printemps 1938, l’Autriche n’est plus un havre de paix pour les juifs. Elise Landau, jeune fille de la bonne société viennoise, est contrainte à l’exil. Tandis que sa famille attend un visa pour l’Amérique, elle devient domestique à Tyneford, une grande propriété du Dorset. C’est elle désormais qui polit l’argenterie et sert à table. Au début, elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l’humiliation du racisme, du déclassement, l’inquiétude pour les siens, et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto. Peu à peu Elise s’attache aux lieux, s’ouvre aux autres, se fait aimer… Mais la guerre gronde et le monde change. Elise aussi doit changer. C’est à Tyneford pourtant qu’elle apprendra qu’on peut vivre plus d’une vie et aimer plus d’une fois.

Le manoir de Tyneford m’a offert une jolie parenthèse au milieu de mes lectures du Grand prix des lectrices Elle 2019. Ce livre dormait dans ma pile à lire depuis des années. J’avoue ne pas bien saisir comment un tel ouvrage a pu y rester aussi longtemps. Bref, passons maintenant aux choses sérieuses. Le roman débute à Vienne durant la période charnière d’avant-guerre. Les tensions grimpent et la haine envers une partie de la population commence à se faire sentir. C’est le moment pour Élise de tout quitter et de se mettre au service d’un manoir anglais en tant que bonne. Natasha Solomons décrit le déracinement, l’inquiétude mais aussi l’urgence de ces temps troublés avec beaucoup de sensibilité.

La romancière possède un style simple mais non dénué d’un certain charme. Il n’a donc pas été difficile de se laisser porter. J’aime de toute façon beaucoup l’ambiance so british que propose ce genre de roman. Le contexte spatio-temporel est bien rendu que ce soit du point de vue de l’Histoire que des descriptions du littoral du Dorset, ses falaises, sa mer capricieuse et ses manoirs majestueux. Les personnages ne sont pas en reste et sont aussi charismatiques qu’attachants. Le dénouement m’a plutôt surprise par sa rapidité, à tel point que je ne sais toujours pas s’il me séduit ou non. L’art est toujours présent dans les récits de Natasha Solomons. Ici, la musique, l’écriture et la littérature font partie intégrante de l’intrigue.

Récit historique, initiatique et romantique, Le manoir de Tyneford m’a beaucoup plu. J’ai particulièrement apprécié le style simple mais expressif de Natasha Solomons malgré une fin étonnante. Je retiendrais d’ailleurs les personnages attachants mais aussi les belles descriptions de la côte du Dorset. L’Histoire et les destins individuels se rejoignent pour nous offrir un roman prenant et non dénué de charme.

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  • L’été avant la guerre de Helen Simonson
  • La vie quand elle était à nous de Marian Izaguirre
  • Lettres à Stella de Iona Grey

Fanny

La coupure de Fiona Barton / Rentrée littéraire 2018

 

Résumé de l’éditeur : Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses. Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

L’aventure du Grand prix des lectrices Elle 2019 se poursuit avec beaucoup de belles surprises pour l’instant. Je vous propose aujourd’hui ce thriller psychologique de la sélection d’octobre. Comme le titre de ce roman l’indique, toute l’histoire démarre à partir d’un fait divers relayé par une coupure de presse. Cette dernière va bouleverser la vie de trois femmes, Emma, Angela et Kate, dont les voix portent ce nouvel ouvrage de Fiona Barton. Celui-ci possède de multiples facettes. En effet, c’est à la fois un roman policier mais aussi psychologique et sociologique grâce aux nombreux détails que la romancière apporte.

Fiona Barton pose la question du rôle de la presse dans une enquête policière et plus particulièrement de la légitimé des journalistes à réaliser des recherches officieuses. L’éthique est également interrogée. Que peut choisir de publier ou non le comité de rédaction d’un journal? Doit-il tout révéler? À quel prix pour les différents protagonistes? Les relations parents et enfants et plus particulièrement mères et enfants sont détaillées. Les chapitres courts maintiennent le lecteur en haleine et permettent de faire avancée l’intrigue à un rythme soutenue. Si je devais pinailler, le style de Fiana Barton n’est pas particulièrement marquant et l’ensemble manque un peu profondeur.

Ce roman m’a fait passer un bon moment de lecture. Fiona Barton a su me tenir en haleine jusqu’à la dernière page grâce, notamment, au portrait des trois femmes qu’elle nous propose de suivre. Les thématiques abordées tout comme l’intrigue en elle-même sont intéressantes. Je regrette simplement le manque de style et de profondeur de l’ensemble.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Le bal des hommes de Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
  • Pique-nique à Hanging Rock de Joan Lindsay
  • Vice et vertu : Mon amie Odalie de Suzanne Rindell

Fanny

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme Macrae Burnet / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : L’évidence n’est pas toujours la vérité. Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire. Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder. Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes. Une affaire en apparence banale, des vies, une ville, qui le sont tout autant… Graeme Macrae Burnet nous démontre ici avec une incroyable virtuosité que la banalité n’existe pas : elle est la couverture de l’inattendu. À la façon des grands maîtres du noir, de Simenon à Chabrol, il transfigure avec un incroyable talent l’histoire de ses deux héros, paralysés par un passé mystérieux, dont la délivrance réserve bien des surprises.

Comme vous l’aurez sûrement remarqué, le polar n’est pas très présent sur le blog. Et pour cause, c’est un genre littéraire que j’explore assez peu. Le Grand prix des lectrices Elle 2019 me donne donc l’occasion de le découvrir davantage. Ce roman d’un auteur écossais prend place en Alsace, c’est déjà suffisamment improbable pour éveiller ma curiosité. Saint-Louis est une commune moyenne et morne comme il en existe des milliers en France. L’atmosphère de ces endroits est assez bien retranscrite entre les bars, les petites boutiques, les quartiers résidentiels et les racontars. Les jours de ces années 80 semblent s’écouler lentement, tous identiques.

Le rythme est plutôt lent. Graeme Macrae Burnet prend son temps et nous détaille le passé obscur des deux protagonistes principaux. D’un coté, Gorski, un inspecteur freiné et hanté par une affaire de ses débuts. De l’autre, Manfred, un homme au lourd passé et à l’imagination débordante mais surtout adepte de petits mensonges qui vont vite lui jouer des tours. Je n’ai pas ressenti de grosse surprise avec cette intrigue. La chute est saisissante mais également assez prévisible. Ce roman est clairement un hommage à Simenon et à son célèbre héros Maigret ainsi qu’au cinéma de Claude Chabrol. Dès la préface, le ton est donné.

Je n’ai pas été surprise par les différentes révélations et la chute. Par contre, ce roman aux personnages intrigants, à l’atmosphère soignée et au contexte général réaliste m’a tout de même fait passer un bon moment de lecture. L’ambiance à l’ancienne des années 80 y est excellente. Je surveillerais sûrement les prochaines parutions de Graeme Macrae Burnet.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Black-out de John Lawton
  • La mort s’habille en crinoline de Jean-Christophe Duchon-Doris
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Fanny

Castle Dor de Daphne du Maurier

Résumé de l’éditeur : Both a spellbinding love story and a superb evocation of Cornwall’s mythic past, Castle Dor is a book with unique and fascinating origins. It began life as the unfinished last novel of Sir Arthur Quiller-Couch, the celebrated ‘Q’, and was passed by his daughter to Daphne du Maurier whose storytelling skills were perfectly suited to the task of completing the old master’s tale. The result is this magical, compelling recreation of the legend of Tristan and Iseult, transplanted in time to the Cornwall of the last century. A chance encounter between the Breton onion-seller, Amyot Trestane, and the newly-wed Linnet Lewarne launches their tragic story, taking them in the fateful footsteps of the doomed lovers of Cornish legend…

Castle Dor est sûrement l’un des romans les plus méconnus de Daphne du Maurier. Je me suis lancée dans cette lecture sans vraiment savoir à quoi m’attendre. Vous allez vite comprendre que mon avis est en demi-teinte et dénué d’un enthousiasme débordant. En effet, Castle Dor est un récit assez inégal. L’histoire débute lentement avec une première partie, surement celle rédigée par Sir Arthur Quiller-Couch, plutôt ardue que ce soit au niveau de la langue que de l’histoire en elle-même. Daphne du Maurier prend la suite et nous apporte une lecture plus fluide, quelques rebondissements bienvenus et une atmosphère particulière comme elle sait si bien les construire.

Les personnages sont assez insaisissables et semblent parfois assez éloignés du lecteur. Les deux héros, Linnett et Amyot, ainsi que les enfants Bosanko m’ont tout de même beaucoup plu. Une tension se met doucement en place grâce à des coïncidences, des mystères et des révélations. J’ai été heureuse de retrouver le style de Daphne du Maurier. Elle nous propose de belles descriptions de la Cornouailles et prend plaisir à envelopper son histoire d’une aura mythique. La légende de Tristan et Iseut m’était totalement inconnu avant la lecture de ce livre, cette réécriture aura donc eu le mérite de me la faire découvrir.

Mon avis n’est pas des plus passionnés. La première partie de Castle Dor fut trop longue à mon goût, la seconde vient rehausser l’ensemble par des rebondissements et des révélations intéressantes. Malgré quelques bémols, je suis tout de même heureuse d’avoir découvert ce roman parmi la bibliographie de Daphne du Maurier que je souhaite découvrir dans son intégralité.

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  • L’auberge de la Jamaïque
  • Le monde infernal de Branwell Brontë
  • Mad

Fanny

[Traduction personnelle du résumé anglais : A la fois une envoutante histoire d’amour et une superbe évocation du passé mythique de la Cornouailles, Castle Dor est un livre avec une origine unique et fascinante. Il commence son existence comme dernier roman inachevé de Sir Arthur Quiller-Couch, le célèbe « Q », et fut transmis par sa fille à Daphne du Maurier dont les compétences narratives convenaient parfaitement pour compléter l’histoire du vieux maître. Le résultat est cette magique et irrésistible réécriture de la légende de Tristan et Iseut, transplantée dans la Cornouailles du siècle dernier. Une rencontre fortuite entre un vendeur d’oignons breton, Amyot Trestane, et la jeune mariée, Linnet Lewarne, ouvre leur histoire tragique, les emportant sur les pas tragiques de l’amour impossible de la légende cornouaillaise.]