Alex, fils d’esclave de Christel Mouchard

Résumé de l’éditeur : Le jeune Alex a une vie trépidante. Ses exploits en escrime et ses succès à la cour font de lui un des nobles les plus admirés de Paris. Mais ses origines le rattrapent lorsqu’il retrouve sa sœur, esclave comme leur mère, qui s’apprête à rejoindre une révolte en Haïti. Alex décide de prendre lui aussi son destin en main, car partout se murmure un mot… Révolution!

Cette biographie romancée pour la jeunesse nous emmène sur les traces du père d’Alexandre Dumas. Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie est né à Saint-Domingue en 1762. Son destin hors du commun se déroule devant le lecteur depuis une colonie française jusqu’à Paris, d’une condition d’esclave jusqu’à l’affranchissement et une carrière militaire. Christel Mouchard développe un roman au rythme soutenu. Aucun temps mort n’est à souligner. Nous sommes les témoins d’une véritable aventure agréable à suivre dans plusieurs ambiances bien distinctes et aux rebondissements bien présents. L’ensemble est doublé d’une véritable portée pédagogique.

Une part d’identification est possible pour les plus jeunes grâce à la part de récit d’apprentissage de ce roman. Christel Mouchard démontre qu’il est toujours possible de sortir de sa condition pour évoluer. C’est aussi le récit d’une filiation pas toujours évidente à assumer et dont les rouages sont parfois flous. Je regrette simplement un manque de détails. C’est clairement mon coté amatrice de descriptions qui parle. Je suis donc bien consciente que cet ouvrage conviendra parfaitement à un public plus jeune. Une part de fantaisie est présente et permet de contrecarrer les  sujets difficiles abordés comme l’esclavage. Mention spéciale au perroquet vraiment cocasse.

Alex, fils d’esclave est une biographie romancée jeunesse plutôt réussie avec un véritable sens pédagogique. Je reste un peu sur ma faim concernant le manque de détails. Cependant, j’ai apprécié découvrir le destin hors du commun et méconnu de Thomas Alexandre Dumas. Le public jeunesse ciblé y trouvera de toute façon son compte. La très belle couverture de François Roca est à signaler.

logo-litVous aimerez aussi découvrir :

  • L’extraordinaire voyage de Sabrina de P. L. Travers
  • The making of Mollie d’Anna Carey
  • Un assassin de première classe de Robin Stevens

Fanny

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Résumé de l’éditeur : « Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Né d’aucune femme est habillé d’une couverture pour le moins intrigante et d’un résumé qui ne l’est pas moins. Pour son nouveau roman, Franck Bouysse mélange les genres. Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, l’auteur signe une intrigue d’une violence rude et âpre. Une ambiance austère se développe et enveloppe les personnages et par extension le lecteur. Le récit est porté par plusieurs voix. L’auteur n’oublie pas d’adapter son style à chaque protagoniste. Ceci est très bien vu et apporte crédibilité et réalisme à l’ensemble. La plume de l’écrivain est donc clairement à retenir.

La tension s’intensifie de page en page, un malaise s’installe subrepticement et une noirceur s’étend. Franck Bouysse décrit un terroir rural, reculé et oublié de tous. Les personnages sont seuls face à la nature humaine, au danger de la pauvreté et de l’isolement. Nous suivons principalement Rose, une jeune fille dont la vie bascule vers une véritable descente aux enfers. Ma lecture fut parfois ardue. En effet, les rebondissements s’enchainent à la manière d’un tourbillon d’une cruauté sans fin. Certains passages sont d’ailleurs crus et difficiles. Âme sensible, s’abstenir!

Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, Né d’aucune femme est un livre qu’il me sera difficile d’oublier. Le schéma à plusieurs voix est maitrisé grâce à l’adaptation du style à chaque protagoniste. Le lecteur est le témoin d’une descente en enfer. Malgré certains passages assez insoutenables, j’avoue avoir eu bien du mal à lâcher ce livre. En toute sincérité, je suis curieuse de découvrir une autre œuvre de ce romancier.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le bal des hommed’Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
  • Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg
  • Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher

Fanny

Vigile d’Hyam Zaytoun

Résumé de l’éditeur : Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque. Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort. Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

Lorsque j’ai découvert que ce livre était présent dans la sélection du Grand prix des lectrices Elle 2019, une sueur froide m’a tout de suite parcourue. J’avais vu passer ce livre un peu partout, je savais donc de quoi il retournait. Ayant vécu il y a quelques années la situation d’Hyam Zaytoun (sans que cela aille aussi loin), j’avoue que je ne me sentais pas tout à fait prête à replonger dans ces moments difficiles. Et puis un soir, je me suis lancée en lisant ce court récit d’une traite. Je ne vous le cache pas, ma lecture fut éprouvante. Forcément, je me suis beaucoup reconnue dans les questionnements de l’écrivaine, dans certaines réflexions mais aussi dans le choc d’un tel évènement.

Hyam Zaytoun nous livre un récit très intime, trop pour certains lecteurs. Me concernant, il m’a fait beaucoup de bien malgré les larmes versées aux souvenirs des heures brûlantes d’attente et d’incertitude. Quelqu’un a enfin mis des mots sur ce que j’avais vécu et sur ce que des milliers de personnes vivent ou vivront. La maladie fait peur et en devient taboue, chacun se renferme sur ses craintes et ses interrogations. Finalement, j’ai réussi à prendre un peu de recul face à cette lecture. A mon sens, il est dommage que l’après ne soit pas plus développé. L’écrivaine nous propose une vision pleine d’espoir mais un peu trop lisse et idyllique à mon goût car  les suites sont loin d’être de tout repos.

J’ai bien conscience que mon article n’est pas vraiment une chronique. Je suis bien trop proche du sujet pour émettre un avis objectif. Dans tous les cas, il s’agit d’un livre fort et poignant qui ne laisse pas indifférent. Je salue la maison d’édition d’avoir édité ce livre, il est important de parler de ce genre de sujet.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La loi de la mer de Davide Enia
  • Nos âmes la nuit de Kent Haruf
  • Suzanne de Frédéric Pommier

Fanny

Paradigma de Pia Petersen

Résumé de l’éditeur : Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement. Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique. Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ? Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. Toutes ces énergies convergent vers la déflagration et l’utopie. Un livre total et nécessaire. Et c’est aussi une histoire d’amour, évidemment.

Pia Petersen, danoise et francophone, nous un offre un nouveau roman qui a tout des grands récits américains. Paradigma nous propose de revisiter le présent et transforme la Cité des Anges en un lieu de révolte des plus démunis. Ces derniers ont ainsi voix au chapitre et une visibilité. Axé autour d’un personnage féminin central, le roman donne la parole à toute une panoplie de personnalités : des marginaux, de riches résidents, des carriéristes sans scrupules et bien d’autres. La romancière connait très bien Los Angeles et cela se ressent. Son lecteur parcourt une ville aux multiples facettes où la cérémonie des Oscars côtoie, dissimule et piétine les plus pauvres.

Paradigma, c’est la colère qui naît, s’organise et explose. Une volonté forte, une marche pacifique, l’utilisation des réseaux sociaux et du détournement d’informations informatiques rendent l’ensemble terriblement d’actualité et tellement annonciateur. La faille de San Andreas qui traverse Los Angeles est régulièrement citée comme une métaphore de la fureur qui sommeille, grandit et finit par gronder. Se déploie ainsi un roman sombre que l’amour vient éclairer par intermittence. L’espoir est là aussi, rien n’est graver dans le marbre à jamais. Et surtout pas les modèles sociétaux. Pia Petersen fait également preuve d’une plume maîtrisée et pertinente.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman de bout en bout. Il est assez inclassable, et c’est d’ailleurs très bien comme cela. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. En bref, un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain dans lequel souffle un vent de renouveau. Je ne suis pas prête de l’oublier!

Vous aimerez aussi découvrir :

  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy
  • La nuit n’est jamais complète de Niko Tackian
  • Yaak Valley, Montana de Smith Henderson

Fanny

2 livres, 2 avis, 1 billet

Rosalie Blum, Intégrale de Camille Jourdy

Rosalie Blum est un roman graphique présent depuis très longtemps dans ma wishlist. Je suis donc ravie d’avoir enfin eu l’occasion de le découvrir. Camille Jourdy développe son intrigue en trois tomes réunis depuis 2016 en une intégrale. La dessinatrice retranscrit assez bien l’ambiance de certaines villes françaises où l’ennui et la routine prennent vite le pas. Elle y ajoute sa patte si particulière avec une bonne dose de loufoque et de fantaisie. Le ton est gentiment cruel envers certains personnages mais finalement souvent tendre et bienveillant. Le lecteur apprend à connaitre chaque protagoniste dans ses moindres détails. Très vite, on se rend compte que rien n’est tout blanc ni tout noir, chaque personnalité finit par être nuancée. D’autant plus que de lourds secrets sont à l’œuvre en arrière plan. La famille est interrogée tout comme l’amour ou l’amitié. Il s’agit d’une très bonne lecture. Je crois même que j’irais picorer à l’avenir quelques passages par-ci par-là.

Les aventures de Donovan S. de Virginie Nuyen

Soyons clair, ce roman est un objet littéraire non identifié. En bref, un OLNI. Ouvrir ce livre, c’est partir pour une aventure absurde, pince sans rire et cruelle. La romancière prend un malin plaisir à tourner en dérision ses personnages. L’exquise viande de Donovan est demandée dans le monde entier. Mais ceci n’est pas sans conséquences et va entrainer bien des questionnements. Les stratégies de communication, la soif d’expansion, le luxe et la consommation se trouvent dans le viseur empreint d’impertinence de Virginie Nuyen. Le rythme est effréné, les chapitres sont courts et le style est plaisant à lire. Il s’agit d’une lecture plutôt agréable sur le moment doublée d’un propos assez inédit et intéressant. Cependant, une fois la dernière page tournée, j’avoue être restée sur ma faim. Je n’ai pas tout à fait saisi la finalité de ce roman ni le questionnement profond de la romancière. Je serais tout de même curieuse de lire un nouvel ouvrage de celle-ci.

logo-robert-laffontVous aimerez aussi découvrir :

  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry
  • Mauvais genre de Chloé Cruchaudet
  • Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Fanny

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl

Résumé de l’éditeur : Les sœurs Brontë… Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevent, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ; la deuxième à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l’alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité y avait-il pour que tous ces talents si originaux poussent ainsi à l’ombre du presbytère de Haworth? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean-Pierre Ohl tente d’en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd’hui encore, rend si proches de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.

On ne présente plus les trois sœurs Brontë. Chacune d’entre elles a donné vie à un chef d’œuvre : Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts de Hurlevent pour Emily et La recluse de Wildfell Hall pour Anne. Après Charles Dickens, Jean-Pierre Ohl s’attaque donc à un nouveau mastodonte de la littérature britannique. Ce livre regroupe en réalité plusieurs biographies. En effet, chaque membre de la famille Brontë est décrit. L’existence des contemporains de cette époque est également dépeinte. L’auteur explique régulièrement le contexte historique et notamment les différents soulèvements sociaux qui viennent troubler la paix du presbytère de Haworth dans le Yorkshire.

Le biographe apporte un nouvel éclairage au sujet. Le travail s’avère délicat car l’étude des Brontë repose principalement sur la correspondance familiale, et notamment celle très suivie de Charlotte, et sur des témoignages. Jean-Pierre Ohl n’hésite pas à réécrire la légende construite au fil des ans en nous proposant des analyses plausibles appuyées d’arguments pertinents. Il remet également en question la vision partiale d’Elizabeth Gaskell, amie et première biographe de Charlotte Brontë. Malgré l’exercice clairement exigeant, l’ensemble est clair et facile à lire. Pour ne rien gâcher, un cahier central nous présente une sympathique sélection d’illustrations.

Je ne suis pas une experte en biographie mais je dois dire que le travail de Jean-Pierre Ohl m’a plutôt conquise. J’ai pris plaisir à lire ce livre et à redécouvrir la vie si dramatique et si littéraire des Brontë. N’hésitez donc pas à vous lancer, je suis certaine que certains d’entre vous trouverons leur bonheur dans cet ouvrage. De quoi donner envie de parcourir la précédente biographie de l’auteur à propos de Charles Dickens.

Lu grâce à la masse critique Babelio et les éditions Folio.

babelio

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le monde infernal de Branwell Brontë de Branwell Brontë
  • Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë
  • Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) par Constance Lacroix

Fanny

Pirate n° 7 d’Élise Arfi

Résumé de l’éditeur : Un soir, au Palais, Elise ARFI, jeune avocate commise d’office, voit arriver sept Somaliens hagards et menottés. Ils sont accusés de piraterie, du meurtre d’un navigateur français et de la prise en otage de sa femme. Le sort attribue à l’avocate la défense de Fahran, le pirate n°7. La gravité des faits est indiscutable. Mais tout, dans cet acte de justice, prend une tournure dérangeante. Bien que mineur, Fahran est jugé comme un adulte. Il ne comprend pas un mot de français et ne peur pas se faire aux règles et aux codes de la prison. Bientôt, au déracinement culturel et affectif s’ajoutent de graves maltraitances qui font sombrer l’adolescent de la folie. Jusqu’au procès aux assises, quatre ans plus tard, l’avocate s’efforce de garde Fahran en vie. L’objectif tourne à l’obsession, l’obligeant à affronter les autorités en charge du dossier. Défendre le pirate n°7 va changer la vision de son métier, la conduisant à interroger sa vocation.

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un petit livre renfermant un grand engagement. Avec Pirate n° 7, Élise Arfi livre un récit sans concession sur le métier d’avocat commis d’office mais aussi sur le monde carcéral. L’image véhiculée d’une justice impartiale et égalitaire est mise à mal. Ainsi, l’écrivaine nous décrit sa propre réalité peu reluisante où l’individu est complètement oublié. Il est également question des conditions dégradées et dégradantes des procédures judiciaires ainsi que du parcours du combattant qu’est devenu le fait de faire valoir ses droits. Élise Arfi avoue ses faiblesses. Ce livre est donc en partie le réceptacle d’une remise en question profonde de sa profession.

Fahran, le mis en cause, tient une grande place dans ce témoignage. Ce jeune somalien a participé à une action de piraterie mortelle contre un couple de français au large de la Somalie. Il n’est pas responsable de la mort de l’un des plaisanciers mais doit tout de même être jugé pour sa participation. Jusque là, rien d’inhabituel. Cependant et très vite, le lecteur doit se rendre à l’évidence. Le jeune homme va voir sa vie broyée par notre système judiciaire. Impartialité, décisions inadaptées, surveillants de prison peu amènes, troubles psychiatriques, rien ne lui est épargné. Les limites de la justice française sont flagrantes et révoltantes.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. Il ne peut laisser indifférent. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La loi de la mer de Davide Enia
  • Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim
  • Suzanne de Frédéric Pommier

Fanny

Madame, vous allez m’émouvoir de Lucie Tesnière

Résumé de l’éditeur : En 2012, Lucie Tesnière découvre les lettres de son arrière-grand-père, Paul Cabouat, médecin dans les tranchées pendant la Grande Guerre. Elle commence alors une enquête qui va la mener sur les traces de sa famille à travers les deux guerres mondiales et changer le cours de sa vie. En fouillant dans les archives et en interrogeant les descendants, elle met au jour des histoires incroyables, mêlant Résistance, collaboration, amours, amitiés et trahisons. À travers le récit captivant de cette famille, agrémenté de photos et de nombreux témoignages d’époque, c’est une histoire de la France au XXe siècle qui se dessine au fil des pages. Un livre d’une puissance émotionnelle rare.

Les recherches généalogiques ont la cote ces dernières années. Remonter le temps, se découvrir des ancêtres poilus ou encore étoffer son arbre avec de nouvelles ramifications provoquent vite une certaine addiction. Après une période de réflexion, Lucie Tesnière décide de tout plaquer pour se consacrer à un projet fou : retracer le parcours de ses ancêtres. Elle nous conte ici son incroyable aventure à travers le temps. Elle va ainsi de découverte en découverte entre archives administratives et archives familiales. Des secrets bien enfouis refont également surface. Tout son entourage est mis à contribution afin de reconstituer l’immense puzzle. Le résultat prend la forme de ce livre mais aussi de réunions de famille où chaque trouvaille est exposée et parfois débattue.

Nous faisons la connaissance de Paul, Jean-Pierre, Jeannette, Biniou et Jean. Autant de personnes dont les destins individuels rejoignent l’Histoire. Le lecteur traverse ainsi tout un pan de la première moitié du XXe siècle entre la Première Guerre mondiale puis la seconde. C’est passionnant de découvrir les mémoires, les lettres, les photos que Lucie a déniché et a mis en valeur auprès de sa famille mais aussi du grand public. J’avoue m’être beaucoup reconnue en Lucie. Depuis plusieurs années, je tente de retracer le parcours de mes ancêtres. Tout comme elle, je ressens cette fébrilité, cette avidité à aller toujours plus loin. C’est étonnant et un peu déstabilisant d’ouvrir les portes de l’histoire familiale ignorée jusqu’à maintenant à mes parents.

J’ai beaucoup aimé ce livre où je me suis reconnue de bout en bout. Lucie Tesnière nous présente son travail de recherche filiale avec simplicité, humilité mais surtout avec passion. Paul, Jean-Pierre, Jeannette, Biniou, Jean et les autres sont des témoins précieux de leur temps. Ce récit m’a également permis d’ouvrir les yeux sur mes propres recherches et de redonner un élan à celles-ci.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Je te dois tout le bonheur du monde : Virginia et Leonard Woolf de Carole d’Yvoire
  • Manderley forever de Tatiana de Rosnay

Fanny

Maîtres et esclaves de Paul Greveillac

Maitres et esclaves de Paul Greveillac

Résumé de l’éditeur : Kewei naît en 1950 dans une famille de paysans chinois, au pied de l’Himalaya. Au marché de Ya’an, sur les sentes ombragées du Sichuan, aux champs et même à l’école, Kewei, en dépit des suppliques de sa mère, dessine du matin au soir. La collectivisation des terres bat son plein et la famine décime bientôt le village. Repéré par un garde rouge, Kewei échappe au travail agricole et à la rééducation permanente. Sa vie bascule. Il part étudier aux Beaux-Arts de Pékin, laissant derrière lui sa mère, sa toute jeune épouse, leur fils et un village dont les traditions ancestrales sont en train de disparaître sous les coups de boutoir de la Révolution. Dans la grande ville, Kewei côtoie les maîtres de la nouvelle Chine. Il obtient la carte du Parti. Devenu peintre du régime, il connaît une ascension sans limite. Mais l’Histoire va bientôt le rattraper.

Quels sont les rouages de la manipulation de masse entre les murs d’une nation dictatoriale? C’est la question à laquelle répond Paul Gréveillac avec son roman. Avec force détails, l’auteur dépeint une fresque historique plus vraie que nature de la Chine des années 50 jusqu’à nos jours. Une propagande bien huilée est en place grâce au recrutement de peintres formatés et d’une culture de la retouche de tableau. Nous sommes témoins de la compétition féroce entre les grands dignitaires du régime, tous les coups sont permis pour évincer son concurrent. L’écrivain développe également les grands évènements de la République populaire de Chine comme la collectivisation forcée, la révolution culturelle, la mort de Mao Zedong en 1976 et les rébellions réprimées dans le sang place Tian’anmen.

Kewei est l’un des peintres dévoués tout entier aux ambitions du régime. Nous le suivons dès sa naissance dans un village du Sichuan. Son enfance est faite d’une relative liberté. Cependant, même les zones les plus reculées sont vite mises au pas du communisme et du Petit livre rouge (recueil dogmatique). Petit à petit, son regard change et sa pensée évolue pour se conformer aux attentes de l’administration chinoise qui n’hésite pas à user de la manipulation, la persuasion ou encore la force. Nous suivons son parcours à l’école des beaux-arts jusqu’à ses divers emplois au bureau de la propagande. Les personnages féminins sont également très marquants et édifiants. Seul bémol : quelques longueurs sont venues gênées ma lecture sur la fin. La chute est déchirante et a su me les faire oublier.

Paul Greveillac signe un roman passionnant. Le travail de recherche est impressionnant tout comme l’ampleur de ce récit. J’ai beaucoup appris à propos de la Chine contemporaine. Maîtres et esclaves est une fresque réaliste et édifiante où l’idéologie et la propagande engloutissent un pays entier. Il est aussi question de transmission. Les quelques longueurs sur la fin n’auront pas eu raison de mon enthousiasme.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Ici les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad
  • La mémoire du thé de Lisa See
  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy

Fanny

Nancy Mitford, la dame de la rue Monsieur de Jean-Noël Liaut

Résumé de l’éditeur : Nancy Mitford fut l’une des romancières les plus célèbres de son temps, et l’une des plus excentriques, puisant dans les frasques de sa famille la matière de ses romans à succès. Elle est issue de la haute aristocratie anglaise et son destin ainsi que celui de ses soeurs, Diana, Unity et Jessica, se confondent avec la grande histoire. Diana épousa Sir Oswald Mosley, chef du parti fasciste anglais, chez Goebbels, en présence de Hitler. Unity fut une admiratrice et une grande amie du Führer, tandis que Jessica prit position pour les républicains espagnols et se maria avec un communiste. Nancy, elle, resta toujours liée à ses soeurs, passant allègrement de la table de son fasciste de beau-frère aux bras de son amant, Gaston Palewski, un des plus proches collaborateurs du général de Gaulle.

Certains d’entre vous le savent sûrement, je nourris un intérêt particulier pour la fascinante famille Mitford depuis quelques années. Première biographie française à propos de Nancy Mitford, Jean-Noël Liaut évoque ici l’ainée de la fratrie avec force et conviction. Connue pour être une francophile convaincue, Nancy est également un personnage captivant tout en dualité capable du meilleur comme du pire. Son caractère irrévérencieux, grinçant, franc mais aussi généreux et drôle reste en mémoire de toutes personnes l’ayant rencontrée. Elle provoque ainsi la sympathie et parfois l’incompréhension. Se déroule sous nos yeux une vie faite d’écriture, d’élégance, de belles amitiés mais aussi de multiples déceptions amoureuses.

Jean-Noël Liaut nous propose une biographie vivante et passionnante grâce à une écriture imagée. J’ai particulièrement apprécié les parallèles entre la vie de Nancy et ses romans. Ses inspirations sont ainsi mises en lumière et éclairent d’un jour nouveau ses écrits. L’entourage de Nancy n’est pas en reste et bénéficie de beaux portraits. Le lecteur comprend donc la place de chacun au sein de son œuvre. Nancy voit son destin ancré à celui de l’Histoire : le déclin de l’aristocratie britannique, la montée du fascisme, la guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale. Enfin, le cahier iconographique central est un plaisir pour les yeux. Des documents inédits et quelques photographies nous sont dévoilés.

L’admiration que porte Jean-Noël Liaut à Nancy Mitford est palpable et contagieuse. Malgré des choix parfois douteux, des déceptions amoureuses et une fin de vie faite de violentes douleurs, le sens de l’humour et de l’élégance de Nancy perdurent. Le biographe redonne également ses lettres de noblesse à toute l’œuvre (trop méconnue en France) de la dame de la rue Monsieur.

Biographie à paraitre aux éditions Allary le 21 février 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Ces extravagantes sœurs Mitford d’Annick Le Floc’hmoan
  • La poursuite de l’amour de Nancy Mitford
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford

Fanny