3 livres, 3 avis, 1 billet

Diaboliques de Cédric Meletta

La Seconde guerre mondiale est une période historique qui m’intéresse beaucoup. Je ne compte plus le nombre de documentaires, de séries ou de films que j’ai pu voir, ni le nombre de livres que j’ai pu parcourir sur le sujet. Ce dernier semble inépuisable et analysable sous de multiples aspects. Grâce à un travail de recherches poussé, Cédric Meletta nous dépeint sept portraits de femmes complétement oubliées ayant participé à des manœuvres aux conséquences plus ou moins graves entre petits arrangements, délations et collaborations actives. Malheureusement, ma lecture ne fut pas sans embuches. Trop de noms de personnes et trop de digressions m’ont empêchée de profiter pleinement de cet ouvrage. Je me suis souvent emmêlée les pinceaux et c’est bien dommage.

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Les détectives du Yorkshire, Tome 2 : Rendez-vous avec le mal de Julia Chapman

Quelle période idéale que le mois anglais pour se replonger avec délice dans des ouvrages so british. Chaque mois de juin de chaque année renouvelle ce plaisir. J’ai donc terminé tranquillement le second opus des Détectives du Yorkshire. Je l’avais commencé lors de sa sortie en 2018 sans jamais réussir à l’avancer et le finir. Le roman est assez lent à démarrer, ce qui a provoqué un petit blocage. Deux intrigues se croisent entre kidnapping d’un bélier et faits étranges dans la maison de retraite de Bruncliffe. L’atmosphère générale de cette petite ville d’Angleterre est agréable à retrouver surtout avec ce style très britannique et les touches d’humour. Pour ne rien gâcher, je ne peux que constater que je suis déjà très attachée aux personnages de cette saga. Je continuerais cette série de romans détente et j’espère que le passé entourant les deux héros va quelque peu se dévoiler.

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Sauveur & fils, Saison 2 de Marie-Aude Murail

La sortie poche de ce second opus a permis mes retrouvailles avec toute une bande de personnages très amicaux. Sauveur & fils est certes bourré d’humour, de bons mots, d’humanité et de compréhension mais c’est aussi la réalité de notre société qui nous est montrée. Les personnalités sont multiples tout comme les maux psychologiques. Le mal-être des petits mais aussi des grands est à la fois touchant et révoltant. La famille traditionnelle n’est plus le modèle unique, la question de la recomposition se pose inévitablement. Les dialogues sont à noter, on assiste régulièrement à de très beaux échanges où la parole finit par se libérer et devient salvatrice. Pas de coup de cœur mais ce roman reste une très bonne lecture. Je suis déjà impatiente de retrouver tout ce petit monde l’année prochaine lors de la sortie poche du troisième tome.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Les détectives du Yorkshire, Tome 1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
  • Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal
  • Miss Charity de Marie-Aude Murail

Fanny

Notre-Dame de Paris de Victor Hugo

Résumé de l’éditeur : « Il était là, grave, immobile, absorbé dans un regard et dans une pensée. Tout Paris était sous ses pieds, avec les mille flèches de ses édifices et son circulaire horizon de molles collines, avec son fleuve qui serpente sous ses ponts et son peuple qui ondule dans ses rues, avec le nuage de ses fumées, avec la chaîne montueuse de ses toits qui presse Notre-Dame de ses mailles redoublées. Mais dans toute cette ville, l’archidiacre ne regardait qu’un point du pavé :la place du Parvis ; dans toute cette foule, qu’une figure : la bohémienne. Il eût été difficile de dire de quelle nature était ce regard, et d’où venait la flamme qui en jaillissait. C’était un regard fixe, et pourtant plein de trouble et de tumulte. Et à l’immobilité profonde de tout son corps, à peine agité par intervalles d’un frisson machinal, comme un arbre au vent, à la roideur de ses coudes plus marbre que la rampe où ils s’appuyaient, à voir le sourire pétrifié qui contractait son visage, on eût dit qu’il n’y avait plus dans Claude Frollo que les yeux du vivant. »

Le terrible incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris m’a beaucoup remuée, autant par le fait lui-même que par la fracture qu’il a provoqué. J’ai souhaité proposer une lecture commune sur le forum Whoopsy Daisy, un hommage à l’échelle des amoureux de lecture et de littérature. Je n’avais jamais lu Victor Hugo avant d’ouvrir les pages de ce roman. Il s’agit donc d’une grande première. Malgré des débuts laborieux, je ressors finalement enthousiasmée de mes heures passées en compagnie de ce grand classique de la littérature française. L’auteur digresse énormément dans le premier tiers de son récit, une impression de longueur s’est imposée à moi. Ensuite, l’histoire se met parfaitement en place et ce ne fut que régal et plaisir.

Victor Hugo nous offre une vision du Moyen-Âge par un homme du début du XIXe. C’est assez fascinant mais aussi très intéressant à découvrir. Se déploie sous nos yeux un Paris à la fois violent, mystérieux, gothique et romantique. Une population hétéroclite grouille.  Le romancier dessine des personnages écorchés par la vie et aux sentiments contrariés de manière très expressive ainsi que détaillée. En effet, les portraits sont plus vrais que nature et pour le moins hors du commun. Sans surprise, l’écriture de Victor Hugo est exceptionnelle. J’aime particulièrement cette sensation de lire un roman qu’il serait impossible d’écrire aujourd’hui. La force des sentiments, de l’instinct, de l’humain, des lieux et des mots est très prégnante.

Je suis ravie d’avoir découvert ce roman malgré les circonstances. Petit à petit, je me suis passionnée pour l’histoire, les personnages et la plume impressionnante de Victor Hugo. Notre-Dame de Paris est un récit dense et sombre qu’il serait sûrement impossible d’écrire aujourd’hui. J’aimerai maintenant continuer mon incursion dans l’œuvre de Victor Hugo avec Les misérables ou encore L’homme qui rit

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Frenchman’s creek de Daphne du Maurier
  • La déchéance de Mrs Robinson de Kate Summerscale
  • La guerre et la paix de Léon Tolstoï

Fanny

Alex, fils d’esclave de Christel Mouchard

Résumé de l’éditeur : Le jeune Alex a une vie trépidante. Ses exploits en escrime et ses succès à la cour font de lui un des nobles les plus admirés de Paris. Mais ses origines le rattrapent lorsqu’il retrouve sa sœur, esclave comme leur mère, qui s’apprête à rejoindre une révolte en Haïti. Alex décide de prendre lui aussi son destin en main, car partout se murmure un mot… Révolution!

Cette biographie romancée pour la jeunesse nous emmène sur les traces du père d’Alexandre Dumas. Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie est né à Saint-Domingue en 1762. Son destin hors du commun se déroule devant le lecteur depuis une colonie française jusqu’à Paris, d’une condition d’esclave jusqu’à l’affranchissement et une carrière militaire. Christel Mouchard développe un roman au rythme soutenu. Aucun temps mort n’est à souligner. Nous sommes les témoins d’une véritable aventure agréable à suivre dans plusieurs ambiances bien distinctes et aux rebondissements bien présents. L’ensemble est doublé d’une véritable portée pédagogique.

Une part d’identification est possible pour les plus jeunes grâce à la part de récit d’apprentissage de ce roman. Christel Mouchard démontre qu’il est toujours possible de sortir de sa condition pour évoluer. C’est aussi le récit d’une filiation pas toujours évidente à assumer et dont les rouages sont parfois flous. Je regrette simplement un manque de détails. C’est clairement mon coté amatrice de descriptions qui parle. Je suis donc bien consciente que cet ouvrage conviendra parfaitement à un public plus jeune. Une part de fantaisie est présente et permet de contrecarrer les  sujets difficiles abordés comme l’esclavage. Mention spéciale au perroquet vraiment cocasse.

Alex, fils d’esclave est une biographie romancée jeunesse plutôt réussie avec un véritable sens pédagogique. Je reste un peu sur ma faim concernant le manque de détails. Cependant, j’ai apprécié découvrir le destin hors du commun et méconnu de Thomas Alexandre Dumas. Le public jeunesse ciblé y trouvera de toute façon son compte. La très belle couverture de François Roca est à signaler.

logo-litVous aimerez aussi découvrir :

  • L’extraordinaire voyage de Sabrina de P. L. Travers
  • The making of Mollie d’Anna Carey
  • Un assassin de première classe de Robin Stevens

Fanny

Né d’aucune femme de Franck Bouysse

Résumé de l’éditeur : « Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Né d’aucune femme est habillé d’une couverture pour le moins intrigante et d’un résumé qui ne l’est pas moins. Pour son nouveau roman, Franck Bouysse mélange les genres. Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, l’auteur signe une intrigue d’une violence rude et âpre. Une ambiance austère se développe et enveloppe les personnages et par extension le lecteur. Le récit est porté par plusieurs voix. L’auteur n’oublie pas d’adapter son style à chaque protagoniste. Ceci est très bien vu et apporte crédibilité et réalisme à l’ensemble. La plume de l’écrivain est donc clairement à retenir.

La tension s’intensifie de page en page, un malaise s’installe subrepticement et une noirceur s’étend. Franck Bouysse décrit un terroir rural, reculé et oublié de tous. Les personnages sont seuls face à la nature humaine, au danger de la pauvreté et de l’isolement. Nous suivons principalement Rose, une jeune fille dont la vie bascule vers une véritable descente aux enfers. Ma lecture fut parfois ardue. En effet, les rebondissements s’enchainent à la manière d’un tourbillon d’une cruauté sans fin. Certains passages sont d’ailleurs crus et difficiles. Âme sensible, s’abstenir!

Entre roman du terroir, récit noir et fresque sociale, Né d’aucune femme est un livre qu’il me sera difficile d’oublier. Le schéma à plusieurs voix est maitrisé grâce à l’adaptation du style à chaque protagoniste. Le lecteur est le témoin d’une descente en enfer. Malgré certains passages assez insoutenables, j’avoue avoir eu bien du mal à lâcher ce livre. En toute sincérité, je suis curieuse de découvrir une autre œuvre de ce romancier.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le bal des hommed’Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
  • Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg
  • Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher

Fanny

Vigile d’Hyam Zaytoun

Résumé de l’éditeur : Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque. Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort. Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

Lorsque j’ai découvert que ce livre était présent dans la sélection du Grand prix des lectrices Elle 2019, une sueur froide m’a tout de suite parcourue. J’avais vu passer ce livre un peu partout, je savais donc de quoi il retournait. Ayant vécu il y a quelques années la situation d’Hyam Zaytoun (sans que cela aille aussi loin), j’avoue que je ne me sentais pas tout à fait prête à replonger dans ces moments difficiles. Et puis un soir, je me suis lancée en lisant ce court récit d’une traite. Je ne vous le cache pas, ma lecture fut éprouvante. Forcément, je me suis beaucoup reconnue dans les questionnements de l’écrivaine, dans certaines réflexions mais aussi dans le choc d’un tel évènement.

Hyam Zaytoun nous livre un récit très intime, trop pour certains lecteurs. Me concernant, il m’a fait beaucoup de bien malgré les larmes versées aux souvenirs des heures brûlantes d’attente et d’incertitude. Quelqu’un a enfin mis des mots sur ce que j’avais vécu et sur ce que des milliers de personnes vivent ou vivront. La maladie fait peur et en devient taboue, chacun se renferme sur ses craintes et ses interrogations. Finalement, j’ai réussi à prendre un peu de recul face à cette lecture. A mon sens, il est dommage que l’après ne soit pas plus développé. L’écrivaine nous propose une vision pleine d’espoir mais un peu trop lisse et idyllique à mon goût car  les suites sont loin d’être de tout repos.

J’ai bien conscience que mon article n’est pas vraiment une chronique. Je suis bien trop proche du sujet pour émettre un avis objectif. Dans tous les cas, il s’agit d’un livre fort et poignant qui ne laisse pas indifférent. Je salue la maison d’édition d’avoir édité ce livre, il est important de parler de ce genre de sujet.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La loi de la mer de Davide Enia
  • Nos âmes la nuit de Kent Haruf
  • Suzanne de Frédéric Pommier

Fanny

Paradigma de Pia Petersen

Résumé de l’éditeur : Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement. Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique. Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ? Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. Toutes ces énergies convergent vers la déflagration et l’utopie. Un livre total et nécessaire. Et c’est aussi une histoire d’amour, évidemment.

Pia Petersen, danoise et francophone, nous un offre un nouveau roman qui a tout des grands récits américains. Paradigma nous propose de revisiter le présent et transforme la Cité des Anges en un lieu de révolte des plus démunis. Ces derniers ont ainsi voix au chapitre et une visibilité. Axé autour d’un personnage féminin central, le roman donne la parole à toute une panoplie de personnalités : des marginaux, de riches résidents, des carriéristes sans scrupules et bien d’autres. La romancière connait très bien Los Angeles et cela se ressent. Son lecteur parcourt une ville aux multiples facettes où la cérémonie des Oscars côtoie, dissimule et piétine les plus pauvres.

Paradigma, c’est la colère qui naît, s’organise et explose. Une volonté forte, une marche pacifique, l’utilisation des réseaux sociaux et du détournement d’informations informatiques rendent l’ensemble terriblement d’actualité et tellement annonciateur. La faille de San Andreas qui traverse Los Angeles est régulièrement citée comme une métaphore de la fureur qui sommeille, grandit et finit par gronder. Se déploie ainsi un roman sombre que l’amour vient éclairer par intermittence. L’espoir est là aussi, rien n’est graver dans le marbre à jamais. Et surtout pas les modèles sociétaux. Pia Petersen fait également preuve d’une plume maîtrisée et pertinente.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman de bout en bout. Il est assez inclassable, et c’est d’ailleurs très bien comme cela. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. En bref, un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain dans lequel souffle un vent de renouveau. Je ne suis pas prête de l’oublier!

Vous aimerez aussi découvrir :

  • L’immeuble Christodora de Tim Murphy
  • La nuit n’est jamais complète de Niko Tackian
  • Yaak Valley, Montana de Smith Henderson

Fanny

2 livres, 2 avis, 1 billet

Rosalie Blum, Intégrale de Camille Jourdy

Rosalie Blum est un roman graphique présent depuis très longtemps dans ma wishlist. Je suis donc ravie d’avoir enfin eu l’occasion de le découvrir. Camille Jourdy développe son intrigue en trois tomes réunis depuis 2016 en une intégrale. La dessinatrice retranscrit assez bien l’ambiance de certaines villes françaises où l’ennui et la routine prennent vite le pas. Elle y ajoute sa patte si particulière avec une bonne dose de loufoque et de fantaisie. Le ton est gentiment cruel envers certains personnages mais finalement souvent tendre et bienveillant. Le lecteur apprend à connaitre chaque protagoniste dans ses moindres détails. Très vite, on se rend compte que rien n’est tout blanc ni tout noir, chaque personnalité finit par être nuancée. D’autant plus que de lourds secrets sont à l’œuvre en arrière plan. La famille est interrogée tout comme l’amour ou l’amitié. Il s’agit d’une très bonne lecture. Je crois même que j’irais picorer à l’avenir quelques passages par-ci par-là.

Les aventures de Donovan S. de Virginie Nuyen

Soyons clair, ce roman est un objet littéraire non identifié. En bref, un OLNI. Ouvrir ce livre, c’est partir pour une aventure absurde, pince sans rire et cruelle. La romancière prend un malin plaisir à tourner en dérision ses personnages. L’exquise viande de Donovan est demandée dans le monde entier. Mais ceci n’est pas sans conséquences et va entrainer bien des questionnements. Les stratégies de communication, la soif d’expansion, le luxe et la consommation se trouvent dans le viseur empreint d’impertinence de Virginie Nuyen. Le rythme est effréné, les chapitres sont courts et le style est plaisant à lire. Il s’agit d’une lecture plutôt agréable sur le moment doublée d’un propos assez inédit et intéressant. Cependant, une fois la dernière page tournée, j’avoue être restée sur ma faim. Je n’ai pas tout à fait saisi la finalité de ce roman ni le questionnement profond de la romancière. Je serais tout de même curieuse de lire un nouvel ouvrage de celle-ci.

logo-robert-laffontVous aimerez aussi découvrir :

  • L’œuf de Lennon de Kevin Barry
  • Mauvais genre de Chloé Cruchaudet
  • Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Fanny

Les Brontë de Jean-Pierre Ohl

Résumé de l’éditeur : Les sœurs Brontë… Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevent, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ; la deuxième à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l’alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité y avait-il pour que tous ces talents si originaux poussent ainsi à l’ombre du presbytère de Haworth? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean-Pierre Ohl tente d’en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd’hui encore, rend si proches de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.

On ne présente plus les trois sœurs Brontë. Chacune d’entre elles a donné vie à un chef d’œuvre : Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts de Hurlevent pour Emily et La recluse de Wildfell Hall pour Anne. Après Charles Dickens, Jean-Pierre Ohl s’attaque donc à un nouveau mastodonte de la littérature britannique. Ce livre regroupe en réalité plusieurs biographies. En effet, chaque membre de la famille Brontë est décrit. L’existence des contemporains de cette époque est également dépeinte. L’auteur explique régulièrement le contexte historique et notamment les différents soulèvements sociaux qui viennent troubler la paix du presbytère de Haworth dans le Yorkshire.

Le biographe apporte un nouvel éclairage au sujet. Le travail s’avère délicat car l’étude des Brontë repose principalement sur la correspondance familiale, et notamment celle très suivie de Charlotte, et sur des témoignages. Jean-Pierre Ohl n’hésite pas à réécrire la légende construite au fil des ans en nous proposant des analyses plausibles appuyées d’arguments pertinents. Il remet également en question la vision partiale d’Elizabeth Gaskell, amie et première biographe de Charlotte Brontë. Malgré l’exercice clairement exigeant, l’ensemble est clair et facile à lire. Pour ne rien gâcher, un cahier central nous présente une sympathique sélection d’illustrations.

Je ne suis pas une experte en biographie mais je dois dire que le travail de Jean-Pierre Ohl m’a plutôt conquise. J’ai pris plaisir à lire ce livre et à redécouvrir la vie si dramatique et si littéraire des Brontë. N’hésitez donc pas à vous lancer, je suis certaine que certains d’entre vous trouverons leur bonheur dans cet ouvrage. De quoi donner envie de parcourir la précédente biographie de l’auteur à propos de Charles Dickens.

Lu grâce à la masse critique Babelio et les éditions Folio.

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Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le monde infernal de Branwell Brontë de Branwell Brontë
  • Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë
  • Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) par Constance Lacroix

Fanny

Pirate n° 7 d’Élise Arfi

Résumé de l’éditeur : Un soir, au Palais, Elise ARFI, jeune avocate commise d’office, voit arriver sept Somaliens hagards et menottés. Ils sont accusés de piraterie, du meurtre d’un navigateur français et de la prise en otage de sa femme. Le sort attribue à l’avocate la défense de Fahran, le pirate n°7. La gravité des faits est indiscutable. Mais tout, dans cet acte de justice, prend une tournure dérangeante. Bien que mineur, Fahran est jugé comme un adulte. Il ne comprend pas un mot de français et ne peur pas se faire aux règles et aux codes de la prison. Bientôt, au déracinement culturel et affectif s’ajoutent de graves maltraitances qui font sombrer l’adolescent de la folie. Jusqu’au procès aux assises, quatre ans plus tard, l’avocate s’efforce de garde Fahran en vie. L’objectif tourne à l’obsession, l’obligeant à affronter les autorités en charge du dossier. Défendre le pirate n°7 va changer la vision de son métier, la conduisant à interroger sa vocation.

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un petit livre renfermant un grand engagement. Avec Pirate n° 7, Élise Arfi livre un récit sans concession sur le métier d’avocat commis d’office mais aussi sur le monde carcéral. L’image véhiculée d’une justice impartiale et égalitaire est mise à mal. Ainsi, l’écrivaine nous décrit sa propre réalité peu reluisante où l’individu est complètement oublié. Il est également question des conditions dégradées et dégradantes des procédures judiciaires ainsi que du parcours du combattant qu’est devenu le fait de faire valoir ses droits. Élise Arfi avoue ses faiblesses. Ce livre est donc en partie le réceptacle d’une remise en question profonde de sa profession.

Fahran, le mis en cause, tient une grande place dans ce témoignage. Ce jeune somalien a participé à une action de piraterie mortelle contre un couple de français au large de la Somalie. Il n’est pas responsable de la mort de l’un des plaisanciers mais doit tout de même être jugé pour sa participation. Jusque là, rien d’inhabituel. Cependant et très vite, le lecteur doit se rendre à l’évidence. Le jeune homme va voir sa vie broyée par notre système judiciaire. Impartialité, décisions inadaptées, surveillants de prison peu amènes, troubles psychiatriques, rien ne lui est épargné. Les limites de la justice française sont flagrantes et révoltantes.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. Il ne peut laisser indifférent. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La loi de la mer de Davide Enia
  • Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim
  • Suzanne de Frédéric Pommier

Fanny

Madame, vous allez m’émouvoir de Lucie Tesnière

Résumé de l’éditeur : En 2012, Lucie Tesnière découvre les lettres de son arrière-grand-père, Paul Cabouat, médecin dans les tranchées pendant la Grande Guerre. Elle commence alors une enquête qui va la mener sur les traces de sa famille à travers les deux guerres mondiales et changer le cours de sa vie. En fouillant dans les archives et en interrogeant les descendants, elle met au jour des histoires incroyables, mêlant Résistance, collaboration, amours, amitiés et trahisons. À travers le récit captivant de cette famille, agrémenté de photos et de nombreux témoignages d’époque, c’est une histoire de la France au XXe siècle qui se dessine au fil des pages. Un livre d’une puissance émotionnelle rare.

Les recherches généalogiques ont la cote ces dernières années. Remonter le temps, se découvrir des ancêtres poilus ou encore étoffer son arbre avec de nouvelles ramifications provoquent vite une certaine addiction. Après une période de réflexion, Lucie Tesnière décide de tout plaquer pour se consacrer à un projet fou : retracer le parcours de ses ancêtres. Elle nous conte ici son incroyable aventure à travers le temps. Elle va ainsi de découverte en découverte entre archives administratives et archives familiales. Des secrets bien enfouis refont également surface. Tout son entourage est mis à contribution afin de reconstituer l’immense puzzle. Le résultat prend la forme de ce livre mais aussi de réunions de famille où chaque trouvaille est exposée et parfois débattue.

Nous faisons la connaissance de Paul, Jean-Pierre, Jeannette, Biniou et Jean. Autant de personnes dont les destins individuels rejoignent l’Histoire. Le lecteur traverse ainsi tout un pan de la première moitié du XXe siècle entre la Première Guerre mondiale puis la seconde. C’est passionnant de découvrir les mémoires, les lettres, les photos que Lucie a déniché et a mis en valeur auprès de sa famille mais aussi du grand public. J’avoue m’être beaucoup reconnue en Lucie. Depuis plusieurs années, je tente de retracer le parcours de mes ancêtres. Tout comme elle, je ressens cette fébrilité, cette avidité à aller toujours plus loin. C’est étonnant et un peu déstabilisant d’ouvrir les portes de l’histoire familiale ignorée jusqu’à maintenant à mes parents.

J’ai beaucoup aimé ce livre où je me suis reconnue de bout en bout. Lucie Tesnière nous présente son travail de recherche filiale avec simplicité, humilité mais surtout avec passion. Paul, Jean-Pierre, Jeannette, Biniou, Jean et les autres sont des témoins précieux de leur temps. Ce récit m’a également permis d’ouvrir les yeux sur mes propres recherches et de redonner un élan à celles-ci.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Je te dois tout le bonheur du monde : Virginia et Leonard Woolf de Carole d’Yvoire
  • Manderley forever de Tatiana de Rosnay

Fanny