Pirate n° 7 d’Élise Arfi

Résumé de l’éditeur : Un soir, au Palais, Elise ARFI, jeune avocate commise d’office, voit arriver sept Somaliens hagards et menottés. Ils sont accusés de piraterie, du meurtre d’un navigateur français et de la prise en otage de sa femme. Le sort attribue à l’avocate la défense de Fahran, le pirate n°7. La gravité des faits est indiscutable. Mais tout, dans cet acte de justice, prend une tournure dérangeante. Bien que mineur, Fahran est jugé comme un adulte. Il ne comprend pas un mot de français et ne peur pas se faire aux règles et aux codes de la prison. Bientôt, au déracinement culturel et affectif s’ajoutent de graves maltraitances qui font sombrer l’adolescent de la folie. Jusqu’au procès aux assises, quatre ans plus tard, l’avocate s’efforce de garde Fahran en vie. L’objectif tourne à l’obsession, l’obligeant à affronter les autorités en charge du dossier. Défendre le pirate n°7 va changer la vision de son métier, la conduisant à interroger sa vocation.

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un petit livre renfermant un grand engagement. Avec Pirate n° 7, Élise Arfi livre un récit sans concession sur le métier d’avocat commis d’office mais aussi sur le monde carcéral. L’image véhiculée d’une justice impartiale et égalitaire est mise à mal. Ainsi, l’écrivaine nous décrit sa propre réalité peu reluisante où l’individu est complètement oublié. Il est également question des conditions dégradées et dégradantes des procédures judiciaires ainsi que du parcours du combattant qu’est devenu le fait de faire valoir ses droits. Élise Arfi avoue ses faiblesses. Ce livre est donc en partie le réceptacle d’une remise en question profonde de sa profession.

Fahran, le mis en cause, tient une grande place dans ce témoignage. Ce jeune somalien a participé à une action de piraterie mortelle contre un couple de français au large de la Somalie. Il n’est pas responsable de la mort de l’un des plaisanciers mais doit tout de même être jugé pour sa participation. Jusque là, rien d’inhabituel. Cependant et très vite, le lecteur doit se rendre à l’évidence. Le jeune homme va voir sa vie broyée par notre système judiciaire. Impartialité, décisions inadaptées, surveillants de prison peu amènes, troubles psychiatriques, rien ne lui est épargné. Les limites de la justice française sont flagrantes et révoltantes.

Élise Arfi signe un livre fort et engagé. Il ne peut laisser indifférent. En effet, il ouvre les yeux des profanes que nous sommes (pour la plupart) en matière de système judiciaire et carcéral. Le destin de Fahran fait partie intégrante de ce témoignage. Une certaine colère transparait d’ailleurs à travers chaque page de ce court récit d’une humanité hors du commun.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim
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Fanny

Madame, vous allez m’émouvoir de Lucie Tesnière

Résumé de l’éditeur : En 2012, Lucie Tesnière découvre les lettres de son arrière-grand-père, Paul Cabouat, médecin dans les tranchées pendant la Grande Guerre. Elle commence alors une enquête qui va la mener sur les traces de sa famille à travers les deux guerres mondiales et changer le cours de sa vie. En fouillant dans les archives et en interrogeant les descendants, elle met au jour des histoires incroyables, mêlant Résistance, collaboration, amours, amitiés et trahisons. À travers le récit captivant de cette famille, agrémenté de photos et de nombreux témoignages d’époque, c’est une histoire de la France au XXe siècle qui se dessine au fil des pages. Un livre d’une puissance émotionnelle rare.

Les recherches généalogiques ont la cote ces dernières années. Remonter le temps, se découvrir des ancêtres poilus ou encore étoffer son arbre avec de nouvelles ramifications provoquent vite une certaine addiction. Après une période de réflexion, Lucie Tesnière décide de tout plaquer pour se consacrer à un projet fou : retracer le parcours de ses ancêtres. Elle nous conte ici son incroyable aventure à travers le temps. Elle va ainsi de découverte en découverte entre archives administratives et archives familiales. Des secrets bien enfouis refont également surface. Tout son entourage est mis à contribution afin de reconstituer l’immense puzzle. Le résultat prend la forme de ce livre mais aussi de réunions de famille où chaque trouvaille est exposée et parfois débattue.

Nous faisons la connaissance de Paul, Jean-Pierre, Jeannette, Biniou et Jean. Autant de personnes dont les destins individuels rejoignent l’Histoire. Le lecteur traverse ainsi tout un pan de la première moitié du XXe siècle entre la Première Guerre mondiale puis la seconde. C’est passionnant de découvrir les mémoires, les lettres, les photos que Lucie a déniché et a mis en valeur auprès de sa famille mais aussi du grand public. J’avoue m’être beaucoup reconnue en Lucie. Depuis plusieurs années, je tente de retracer le parcours de mes ancêtres. Tout comme elle, je ressens cette fébrilité, cette avidité à aller toujours plus loin. C’est étonnant et un peu déstabilisant d’ouvrir les portes de l’histoire familiale ignorée jusqu’à maintenant à mes parents.

J’ai beaucoup aimé ce livre où je me suis reconnue de bout en bout. Lucie Tesnière nous présente son travail de recherche filiale avec simplicité, humilité mais surtout avec passion. Paul, Jean-Pierre, Jeannette, Biniou, Jean et les autres sont des témoins précieux de leur temps. Ce récit m’a également permis d’ouvrir les yeux sur mes propres recherches et de redonner un élan à celles-ci.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Maîtres et esclaves de Paul Greveillac

Maitres et esclaves de Paul Greveillac

Résumé de l’éditeur : Kewei naît en 1950 dans une famille de paysans chinois, au pied de l’Himalaya. Au marché de Ya’an, sur les sentes ombragées du Sichuan, aux champs et même à l’école, Kewei, en dépit des suppliques de sa mère, dessine du matin au soir. La collectivisation des terres bat son plein et la famine décime bientôt le village. Repéré par un garde rouge, Kewei échappe au travail agricole et à la rééducation permanente. Sa vie bascule. Il part étudier aux Beaux-Arts de Pékin, laissant derrière lui sa mère, sa toute jeune épouse, leur fils et un village dont les traditions ancestrales sont en train de disparaître sous les coups de boutoir de la Révolution. Dans la grande ville, Kewei côtoie les maîtres de la nouvelle Chine. Il obtient la carte du Parti. Devenu peintre du régime, il connaît une ascension sans limite. Mais l’Histoire va bientôt le rattraper.

Quels sont les rouages de la manipulation de masse entre les murs d’une nation dictatoriale? C’est la question à laquelle répond Paul Gréveillac avec son roman. Avec force détails, l’auteur dépeint une fresque historique plus vraie que nature de la Chine des années 50 jusqu’à nos jours. Une propagande bien huilée est en place grâce au recrutement de peintres formatés et d’une culture de la retouche de tableau. Nous sommes témoins de la compétition féroce entre les grands dignitaires du régime, tous les coups sont permis pour évincer son concurrent. L’écrivain développe également les grands évènements de la République populaire de Chine comme la collectivisation forcée, la révolution culturelle, la mort de Mao Zedong en 1976 et les rébellions réprimées dans le sang place Tian’anmen.

Kewei est l’un des peintres dévoués tout entier aux ambitions du régime. Nous le suivons dès sa naissance dans un village du Sichuan. Son enfance est faite d’une relative liberté. Cependant, même les zones les plus reculées sont vite mises au pas du communisme et du Petit livre rouge (recueil dogmatique). Petit à petit, son regard change et sa pensée évolue pour se conformer aux attentes de l’administration chinoise qui n’hésite pas à user de la manipulation, la persuasion ou encore la force. Nous suivons son parcours à l’école des beaux-arts jusqu’à ses divers emplois au bureau de la propagande. Les personnages féminins sont également très marquants et édifiants. Seul bémol : quelques longueurs sont venues gênées ma lecture sur la fin. La chute est déchirante et a su me les faire oublier.

Paul Greveillac signe un roman passionnant. Le travail de recherche est impressionnant tout comme l’ampleur de ce récit. J’ai beaucoup appris à propos de la Chine contemporaine. Maîtres et esclaves est une fresque réaliste et édifiante où l’idéologie et la propagande engloutissent un pays entier. Il est aussi question de transmission. Les quelques longueurs sur la fin n’auront pas eu raison de mon enthousiasme.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

Nancy Mitford, la dame de la rue Monsieur de Jean-Noël Liaut

Résumé de l’éditeur : Nancy Mitford fut l’une des romancières les plus célèbres de son temps, et l’une des plus excentriques, puisant dans les frasques de sa famille la matière de ses romans à succès. Elle est issue de la haute aristocratie anglaise et son destin ainsi que celui de ses soeurs, Diana, Unity et Jessica, se confondent avec la grande histoire. Diana épousa Sir Oswald Mosley, chef du parti fasciste anglais, chez Goebbels, en présence de Hitler. Unity fut une admiratrice et une grande amie du Führer, tandis que Jessica prit position pour les républicains espagnols et se maria avec un communiste. Nancy, elle, resta toujours liée à ses soeurs, passant allègrement de la table de son fasciste de beau-frère aux bras de son amant, Gaston Palewski, un des plus proches collaborateurs du général de Gaulle.

Certains d’entre vous le savent sûrement, je nourris un intérêt particulier pour la fascinante famille Mitford depuis quelques années. Première biographie française à propos de Nancy Mitford, Jean-Noël Liaut évoque ici l’ainée de la fratrie avec force et conviction. Connue pour être une francophile convaincue, Nancy est également un personnage captivant tout en dualité capable du meilleur comme du pire. Son caractère irrévérencieux, grinçant, franc mais aussi généreux et drôle reste en mémoire de toutes personnes l’ayant rencontrée. Elle provoque ainsi la sympathie et parfois l’incompréhension. Se déroule sous nos yeux une vie faite d’écriture, d’élégance, de belles amitiés mais aussi de multiples déceptions amoureuses.

Jean-Noël Liaut nous propose une biographie vivante et passionnante grâce à une écriture imagée. J’ai particulièrement apprécié les parallèles entre la vie de Nancy et ses romans. Ses inspirations sont ainsi mises en lumière et éclairent d’un jour nouveau ses écrits. L’entourage de Nancy n’est pas en reste et bénéficie de beaux portraits. Le lecteur comprend donc la place de chacun au sein de son œuvre. Nancy voit son destin ancré à celui de l’Histoire : le déclin de l’aristocratie britannique, la montée du fascisme, la guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale. Enfin, le cahier iconographique central est un plaisir pour les yeux. Des documents inédits et quelques photographies nous sont dévoilés.

L’admiration que porte Jean-Noël Liaut à Nancy Mitford est palpable et contagieuse. Malgré des choix parfois douteux, des déceptions amoureuses et une fin de vie faite de violentes douleurs, le sens de l’humour et de l’élégance de Nancy perdurent. Le biographe redonne également ses lettres de noblesse à toute l’œuvre (trop méconnue en France) de la dame de la rue Monsieur.

Biographie à paraitre aux éditions Allary le 21 février 2019.

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  • Ces extravagantes sœurs Mitford d’Annick Le Floc’hmoan
  • La poursuite de l’amour de Nancy Mitford
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford

Fanny

37, étoiles filantes de Jérôme Attal

Résumé de l’éditeur : Sous le ciel étoilé de Paris, un jour de 1937, Alberto Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées. « Grognant dans son patois haut en couleur des montagnes, Alberto a déjà fait volte-face. Il est à nouveau en position sur le trottoir. Scrutant les confins de la rue Delambre. Pas du côté Raspail par lequel il vient d’arriver, mais dans l’autre sens, en direction de la station de métro Edgar Quinet. Rapidement, il repère la silhouette tassée de Jean-Paul, petite figurine de pâte à modeler brunâtre qui avance péniblement à la manière d’un Sisyphe qui porterait sur son dos tout le poids du gris de Paris et qui dodeline à une vingtaine de mètres de distance, manquant de se cogner, ici à un passant, là à un réverbère. “Ah, te voilà ! Bousier de littérature ! Attends que je t’attrape, chacal !” »

Cette chronique dort depuis six mois dans mes brouillons, il était grand temps de la terminer et de la publier. Jérôme Attal est un auteur que j’ai eu l’occasion de rencontrer en salon. Sa gentillesse et sa joie de vivre sont marquantes et le rendent instantanément attachant. Plusieurs de ses romans sont passés entre mes mains. Certains m’ont laissée sur ma faim, d’autres m’ont au contraire beaucoup plu. Les jonquilles de Green Park m’avait submergée d’émotion. 37, étoiles filantes fait également partie des belles surprises. L’auteur construit son roman autour de l’affront de Jean-Paul Sartre envers Alberto Giacometti. En effet, il aurait dit de lui « Ah, il lui est enfin arrivé quelque chose! ». S’ensuit une véritable chasse à l’homme afin d’en découdre et de rabattre le caquet du philosophe!

Jérôme Attal signe une comédie au rythme enlevé et à l’écriture vive. Les jeux de mots et les tournures de phrase cocasses ne sont pas en reste. Il appose ainsi sa patte si particulière pleine de fantaisie, d’esprit et d’absurde parfois. La course poursuite à travers le Paris bohème et artistique de l’entre deux-guerres nous permet de faire la connaissance de personnages hauts en couleur, à commencer par Jean-Paul Sartre et Alberto Giacometti. Ces derniers sont à un moment charnière de leur carrière, ayant tout juste acquis une certaine renommé. Ce roman est aussi une réflexion sur la liberté, sur la création et les tourments qu’elle génère. Les femmes ne sont jamais bien loin, aussi séduisantes que terriblement humaines.

37, étoiles filantes est une belle surprise. C’est avec une délicieuse fantaisie mais aussi avec beaucoup d’humour que Jérôme Attal nous conte la brouille entre Alberto Giacometti et Jean-Paul Sartre et nous fait découvrir le Paris artistique de l’entre deux-guerres. Le romancier confirme sont talent d’écrivain. J’aime son esprit, sa créativité et son sens de la répartie.

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  • Affaires urgentes de Lawrence Durrell
  • Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal
  • Mariage en douce d’Ariane Chemin

Fanny

3 livres, 3 avis, 1 billet

Trois nouvelles chroniques groupées pour trois livres dont j’ai très envie de vous parler malgré le manque de temps pour rédiger des articles individuels. N’hésitez pas à commenter, je suis curieuse de connaitre vos avis à propos de ces trois ouvrages tous très différents les uns des autres.

Les chroniques de St Mary, Tome 1 : Un monde après l’autre de Jodi Taylor

A force de voir passer ce premier tome un peu partout depuis sa sortie et de lire des avis plutôt positifs, j’ai eu envie de découvrir cette saga tout droit venu du Royaume-Uni. Jodi Taylor nous embarque pour des aventures assez incroyables auprès d’historiens qui remontent le temps. Cet opus nous propulse en plein Crétacé ou sur un champs de bataille de la Première Guerre mondiale pour ne citer que ces exemples. Le manque de détails techniques et scientifiques est sûrement ce qui m’a le plus gênée. La romancière aurait donné encore plus de relief et de crédibilité à son roman en allant un peu plus loin. Cependant, je n’ai pas boudé mon plaisir grâce à un rythme effréné, de multiples rebondissements, une bonne dose d’humour et des personnages hauts en couleur.  Ce roman m’a procuré une belle pause au milieu de mes lectures pour le Grand prix des lectrices Elle.

My purple scented novel (Mon roman pourpre aux pages parfumées) de Ian McEwan

Cette nouvelle inédite est parue à l’occasion du 70e anniversaire de Ian McEwan. Il s’agit d’un souvenir de mon séjour à Jersey. J’avoue être amatrice de nouvelles, et surtout admirative du talent de certains auteurs dans cet exercice parfois périlleux. Les chutes pleines de sens ou tranchantes me réjouissent particulièrement. Le moins que l’on puisse dire est que ça ne rate pas avec My Purple Scented Novel. L’histoire commence gentiment avec une amitié d’enfance entre deux écrivains. Progressivement, les choses se gâtent. C’est gentiment cruel et carrément culotté. La chute est excellente, elle montre les méfaits que peuvent amener la création, la frustration et la jalousie. Ian McEwan décrit ainsi la perversité d’un homme tout à fait ordinaire. En très peu de pages, l’écrivain arrive à construire des personnages rapidement saisissables. Du même auteur, il me reste The Children Act et Opération Sweet Tooth dans ma pile à lire.

Berezina de Sylvain Tesson

Ce livre dormait dans ma pile à lire depuis un an et demi. J’ai réussi à l’en sortir grâce à un challenge du forum Whoopsy Daisy. Sylvain Tesson et quelques amis décident de relier Moscou à Paris sur les traces de la retraire de Napoléon suite à l’échec de la campagne de Russie. Agrippé à son Oural (side-car russe), l’aventurier nous raconte son périple entre froid paralysant, dangerosité de certaines routes et pauses bien méritées mais surtout bien arrosées de vodka. L’écrivain nous donne un véritable cours magistral d’Histoire à chaque endroit clé du parcours. Pour mon plus grand bonheur, il cite souvent Tolstoï qui a écrit sur la campagne de Russie dans Guerre et paix. Il en profite pour balayer les préjugés que nous nourrissons à propos des slaves et pour philosopher sur le voyage. Seul bémol : ce livre est trop court. Je serais bien restée auprès de Sylvain Tesson et de ses acolytes encore quelques dizaines de pages.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Watership Down de Richard Adams
  • On Chesil Beach de Ian McEwan
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Fanny

Suzanne de Frédéric Pommier

Résumé de l’éditeur : Dans ce récit poignant, Frédéric Pommier explore la mémoire d’une femme lucide et battante, emblématique de sa génération. Il interroge la manière dont sont traités nos aînés, mais aussi les soignants. Avec humour et tendresse, il nous plonge dans une histoire d’amour et de transmission où, en dépit des drames et de la violence, triomphent le rire et la passion.

Ces derniers temps, je découvre beaucoup d’ouvrages de non-fiction. Celui-ci est surement l’un des plus forts. Frédéric Pommier, journaliste à France Inter, nous raconte la vie pour le moins mouvementée de sa grand-mère, Suzanne. C’est aussi le récit de l’entrée de cette dernière en EHPAD, sigle barbare désignant les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Pour marquer l’avant et l’après, l’auteur construit son livre entre flashbacks et vie dans la maison de retraite. Le lecteur comprend très vite que rien ne sera plus jamais pareil pour Suzanne. Nous sommes témoin d’une certaine maltraitance ordinaire qu’après une vie bien remplie les personnes âgées ne devraient jamais subir. Et tout cela au nom de la rapidité, du manque d’effectif, de locaux inadéquats ou encore de l’économie.

Malgré tout, ce livre possède une grande part de lumière personnifiée par Suzanne. C’est une femme extraordinaire, pleine d’esprit et de ressources. Le lecteur découvre ses petites excentricités mais aussi son sens de la tradition. Les hauts et les bas l’ont forgée. Elle a su devenir une femme indépendante et autonome à une époque où ce n’était pas si évident. Petites et grandes anecdotes sont racontées avec beaucoup de bienveillance et d’humour. C’est ainsi que nous découvrons la famille soudée de Frédéric Pommier. Les souvenirs qui le lie à sa grand-mère dont il semble très proche sont également très émouvants à lire. Respectant sa devise, « sourire quand même », Suzanne garde la tête haute dans sa petite chambre et récompense la gentillesse de certains soignants par une œillade ou une parole réconfortante.

Le récit de Frédéric Pommier est fort et provoque la réflexion. C’est un manifeste contre la maltraitance ordinaire de nos seniors au sein des structures spécialisées mais aussi contre l’inadéquation de certaines prises en charge. Ces questions sont à solutionner d’urgence à l’heure où la population ne cesse de vieillir, phénomène qui n’est pas près de s’inverser. C’est aussi le récit d’une vie, celle de Suzanne. Elle a quelque chose d’universel et fait donc écho en chacun de nous.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Ici les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford

Fanny

Le cercle de Caïn de Sophia Raymond

Résumé de l’éditeur : Une journaliste baroudeuse en pleine débâcle professionnelle et affective. Un corps qui réapparaît, miraculeusement conservé, 5 000 ans après une mort peu naturelle. Et L’Enfer de Dante… Clara Fischer, en flairant le scoop qui doit relancer sa carrière de grand reporter, n’a-t-elle pas sous-estimé le danger menaçant ceux qui approchent de trop près la momie des glaces ?

Après un premier roman plutôt prometteur, Sophia Raymond revient avec une nouvelle histoire parue en octobre. La romancière nous propose une intrigue entre enquête journalistique et archéologique. Elle s’inspire d’un fait réel, la découverte de la momie Otzï en 1991 dont les circonstances de la mort sont toujours aussi floues aujourd’hui. Sophia Raymond s’empare donc de cet évènement pour imaginer son histoire. Outre les multiples lieux que le lecteur parcourt, la montagne est clairement mise en lumière. Elle en devient presque un personnage à part entière. Elle est aussi majestueuse que cruelle, aussi ancrée dans le réel qu’enveloppée d’une indéniable aura.

Clara, mère-célibataire, tente tant bien que mal de concilier vie personnelle et vie professionnelle alors que sa carrière de journaliste est au point mort. Cette affaire est la chance qu’elle attendait pour redorer son blason mais elle devra faire attention à ne pas se laisser griser par un enthousiasme mal placé. La romancière développe son roman autour de civilisations anciennes, s’amuse à brouiller les pistes pour finir par dévoiler la vérité dans d’intenses dernières pages (un peu comme notre chère Agatha Christie finalement). J’ai pu ressentir une certaine prise de confiance dans l’écriture de Sophia Raymond. Cela fait plaisir d’être témoin de l’épanouissement d’une jeune écrivaine.

Sans être un coup de cœur pour moi, Sophia Raymond signe un nouveau roman prenant et intéressant. Elle embarque son lecteur sur les traces du destin bien mystérieux de la momie des glaces. Entre flashbacks, recueil de témoignages et enquête journalistique, la romancière tient en haleine son lecteur. Une chose est certaine, je surveillerais les prochaines parutions de Sophia Raymond. Je remercie d’ailleurs cette dernière pour l’envoi de son roman.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le Cercle de Dinas Bran de Sophia Raymond
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier
  • Venez, vous dont l’œil étincelle de Jean-Christophe Duchon-Doris

Fanny

Broadway Limited, Tome 2 : Un shim sham avec Fred Astaire de Malika Ferdjoukh

Résumé de l’éditeur : Janvier 1949. Six. Elles sont six à souffler sur leurs doigts quand le brouillard s’attarde sur New York. Avant de se réchauffer dans la cuisine de l’honorable pension Giboulée, où elles partagent aussi leurs rêves fous, leurs escarpins trop pointus et quelques pancakes joufflus. Un jour, elles seront comédiennes ou danseuses, et Broadway sera à leurs pieds. En attendant, Hadley, Manhattan, Page, Chic, Etchika et Ursula courent les théâtres, les annonces, les auditions, les cachets – New York est une ville fabuleuse à condition d’avoir des sparadraps dans son sac. Elles ont 19 ans ou à peine plus, et elles donneraient tout pour réussir, elles qui n’ont rien, en dehors de leur talent. Cela peut-il suffire dans cette Amérique d’après-guerre qui ne fait pas de cadeau ? Pas sûr. Mais si elles n’y croient pas, si elles n’y croient pas scandaleusement, qui y croira ?

Trois années d’attente afin de pouvoir déguster la suite des aventures des habitants de la pension Giboulée. Le temps fut bien long mais quel bonheur d’avoir enfin retrouvé toute cette ribambelle de personnages, toute cette agitation et le New-York de la fin des années 40. Malika Ferdjoukh nous offre un roman au rythme endiablé. Pas de temps mort pour nos héros, l’avenir n’attend qu’eux. Grâce à la fantaisie naturelle de la romancière, c’est une nouvelle fois un régal de découvrir jeux de mots et répartie. Les protagonistes possèdent un charisme fou et provoquent une empathie immédiate. Je nourris un attachement tellement fort pour eux que je suis déjà impatiente de bientôt les retrouver.

Malika Ferdjoukh nous fait passer par toute une palette de sentiments : joie, nostalgie, déception, émotion. Certaines scènes m’ont brisé le cœur. D’autres m’ont au contraire gonflée d’espoir. La romancière distille finement des élèments historiques comme la chasse aux communistes ou encore la ségrégation raciale. Ce roman est aussi l’occasion de croiser de nombreuses célébrités de cette époque. Je retiendrais l’apparition tonitruante de Billie Holiday et l’arrivée du fabuleux Fred Astaire. Avec magie, elle fait revivre toutes ces grandes figures de la scène artistique américaine des années 40 et 50. Les nombreuses références au cinéma et à la musique ne sont pas en reste.

Cela fait plusieurs années que j’admire Malika Ferdkoukh, son talent de conteuse et son sens de la répartie. Chaque lecture ne fait que confirmer ce sentiment. Un shim sham avec Fred Astaire apporte à son lecteur ce qu’il faut de magie, de rêve mais aussi d’un certain réalisme. Je ne peux qu’être reconnaissante envers cette écrivaine d’apporter autant de fantaisie dans nos vies d’adulte.

D’autres romans de Malika Ferdjoukh à découvrir :

  • Broadway Limited, Tome 1 : Un dîner avec Cary Grant 
  • Chaque soir à 11 heures
  • Fais-moi peur
  • Quatre sœurs
  • Taille 42

Fanny

Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs de Dominique Missika

Résumé de l’éditeur : Elles sont trois sœurs : Madeleine, Denise et Simone Jacob, rescapées des camps de la mort. Madeleine, dite Milou, et Simone déportées avec leur mère Yvonne parce que juives à Auschwitz et à Bergen-Belsen ; Denise, à Ravensbrück. Rapatriées en mai 1945, Milou et Simone apprennent à Denise, déjà rentrée, que leur mère est morte d’épuisement. De leur père, André, et de leur frère Jean, elles espèrent des nouvelles. Déportés en Lituanie, ils ne reviendront jamais. Pour les sœurs Jacob, le retour est tragique. À la Libération, on fête les résistants, mais qui a envie d’écouter le récit des survivants ? Milou et Simone ne rencontrent qu’indifférence, incompréhension et gêne, alors elles se taisent. Mais, peu à peu, la vie reprend ses droits. Les jeunes femmes semblent heureuses quand, en 1952, Milou meurt dans un accident de voiture. Denise et Simone restent les deux seules survivantes d’une famille décimée. Plus que jamais inséparables.

Dominique Missika, spécialiste de la Résistance et de la Déportation durant la Seconde Guerre mondiale, nous propose un nouvel ouvrage consacré à la famille Jacob dont est issue Simone Veil. Les entrevues avec cette dernière et sa grande soeur Denise Vernay mais aussi les recherches de l’historienne ont permis la publication de ce livre. Avec simplicité et clarté, le parcours vers l’horreur, l’indicible et l’incompréhensible nous est dévoilé. L’historienne détaille particulièrement les maux psychologiques de l’après et du retour à un semblant de normalité. Toute leur vie, des fantômes vont poursuivre Denise et Simone.  Elles vont tout de même réussir à en faire une force pour se hisser vers des destins hors du commun.

Je me dois d’être franche. Je n’ai pas forcémment appris beaucoup d’élément avec à ce livre. En effet, j’ai lu il y a plusieurs années Une jeunesse au temps de la Shoah (première partie de la l’autobiographie de Simone Veil). Je me suis également pas mal documentée sur le retour des déportés pour des raisons familiales et plus particulièrement généalogiques, mon grand-père ayant été forcé au Service de travail obligatoire (STO). Ce dernier n’est d’ailleurs jamais mentionné dans cet ouvrage contrairement à d’autres types de déportation, à croire que les STO semblent toujours aussi peu considérés même 75 ans après. Cela n’enlève rien à la qualité du travail de Dominique Missika tout à fait louable et documenté.

Les inséparables est un bon livre pour découvrir Simone Veil et plus largement la famille Jacob. C’est aussi un bon moyen de débuter avec le sujet de la Déportation. Il permet de comprendre les rouages psychologiques qu’impliquent une telle expérience et un tel retour brutal au quotidien. Si vous souhaitez aller plus loin, je ne peux que vous conseillez d’aller vers l’autobiographie édifiante et très intéressante de Simone Veil.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford
  • Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil

Fanny