La loi de la mer de Davide Enia / Rentrée littéraire 2018

 

Résumé de l’éditeur : Un père et un fils regardent l’Histoire se dérouler sous leurs yeux, dans l’immensité de la Méditerranée, à Lampedusa. La loi de la mer est le récit de la fragilité de la vie et des choses, où l’expérience de la douleur collective rencontre celle, intime, du rapprochement entre deux êtres. Pendant plus de trois ans, sur cette île entre Afrique et Europe, l’écrivain et dramaturge Davide Enia a rencontré habitants, secouristes, exilés, survivants. En se mesurant à l’urgence de la réalité, il donne aux témoignages recueillis la forme d’un récit inédit, littéraire et poétique, déjà couronné par le prestigieux prix Mondello en Italie. Après Sur cette terre comme au ciel, récompensé par le prix du Premier roman étranger, Davide Enia confirme son talent singulier et puissant.

Premier auteur italien à figurer sur le blog, Davide Enia nous propose ici un récit entre témoignage et autobiographie. Affranchi du filtre des médias, il donne d’abord la parole aux habitants, aux soignants, ou encore aux marins sans cesse confrontés au drame des migrants échoués sur l’île italienne de Lampedusa. Ils sont souvent oubliés malgré leur aide si précieuse. L’auteur leur permet d’épancher leur désarroi, leur impuissance mais aussi les quelques joies vécues pendant les sauvetages. C’est aussi le récit des fantômes qui vont et viennent comme le ressac incessant de la mer.

Cette expérience plus que marquante à Lampedusa a profondément changé Davide Enia. Cela se ressent fortement au fil des pages où la vie en général est remise en perspective. Ainsi l’auteur nous parle de son enfance, de sa famille mais aussi de l’Italie. Il est souvent question de son père et de son oncle. Ils forment un trio taiseux mais émouvant et attachant. L’amitié, les liens, la maladie, la perte, la parole, le déracinement forment les grandes lignes de ce livre. Les interrogations et les états d’âme de l’écrivain questionnent également les lecteurs que nous sommes.

Ce livre ne m’a pas laissée insensible. Pour le moment, le sujet des migrants semble relégué au second plan des médias mais divise toujours autant. Pourtant, ces drames quotidiens sont bel et bien une réalité pour des milliers de personnes. Les témoignages recueillis par Davide Enia devraient passer entre les mains du plus grand nombre. Je retiendrai également tous les très beaux passages autobiographiques.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny

La chorale des dames de Chilbury de Jennifer Ryan

Résumé de l’éditeur : 1940. Un paisible village anglais voit partir ses hommes au front. Restées seules, les femmes affrontent une autre bataille : sauver la chorale locale pour défier la guerre en chantant. Autour de Miss Primrose Trent, charismatique professeur de chant, se rassemble toute une communauté de femmes, saisie dans cet étrange moment de liberté : Mrs. Tilling, une veuve timide ; Venetia, la « tombeuse » du village ; Silvie, une jeune réfugiée juive; Edwina, une sage-femme qui cherche à fuir un passé sordide. Potins, jalousies, peurs, amours secrètes… Entre rires et larmes, Jennifer Ryan, s’inspirant des récits de sa grand-mère qui a vécu le conflit depuis un petit village du Kent, sonde les âmes de ce chœur que vous n’êtes pas près d’oublier.

La promesse d’un roman so british est toujours très attirante. Avec La chorale des dames de Chilbury, nous voilà directement transportés au cœur d’un petit village anglais. L’image bucolique de ce dernier est vite ternie par les troubles de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements allemands et les rumeurs d’invasion. Sauf exception, les hommes sont au front, les femmes se retrouvent donc maître à bord et vont devoir faire preuve de solidarité afin de continuer à faire vivre leur communauté. Jennifer Ryan navigue entre un ton badin (potins du village ou encore amourettes) et un ton plus grave (bombardements, décès d’habitants du village, mensonges, etc.).

Le style de l’auteur n’est pas ce que je retiendrais. Il est assez passe-partout. Le sujet est également assez classique et le contenu attendu. Ce roman reprend par exemple les mêmes ingrédients que la série Home fires, la chorale en plus. Cependant, j’avoue ne pas avoir boudé mon plaisir en lisant ce livre. Plusieurs personnages interviennent par le biais de leur journal intime ou de lettres. C’est assez vivant et permet de s’approcher au plus près des protagonistes et des évènements. L’auteur suggère bien que les cartes sont redistribuées et les vieilles traditions obsolètes. Certaines personnes vont bien devoir s’y faire et revoir leur copie.

J’ai passé un bon moment avec cette lecture détente même si elle ne ne révolutionne clairement pas le genre. La musique, par le biais de la chorale des dames de Chilbury, comme moyen d’adoucir les mœurs est au cœur du roman. Les petits et grands drames de cette époque troublée sont également bien présents.

Lu grâce à la masse critique Babelio et à Albin Michel.

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Fanny

La vie ne danse qu’un instant de Theresa Révay

Résumé de l’éditeur : Rome, 1936. Alice Clifford, la correspondante du New York Herald Tribune, assiste au triomphe de Mussolini après sa conquête de l’Abyssinie. Sa liaison avec Don Umberto Ludovici, un diplomate proche du pouvoir fasciste, marié et père de famille, ne l’aveugle pas. Son goût pour la liberté l’empêche de succomber aux sirènes des dictatures. La guerre menace, les masques vont tomber. Alice découvre les conspirations qui bruissent dans les couloirs feutrés du Vatican et les rues ensanglantées de Berlin. Son attirance pour un journaliste allemand au passé trouble révèle les fêlures de son passé. Si l’aventurière ne renie jamais ses convictions de femme moderne, toute liberté a un prix. Jusqu’où ira-t-elle pour demeurer fidèle à elle-même ? Des palais de Rome à la corniche d’Alexandrie, des montagnes d’Ethiopie aux plaines de Castille, une Américaine intrépide et passionnée témoigne d’un monde qui court à sa perte. Theresa Revay nous offre l’inoubliable portrait d’une femme pour qui la vie ne brûle et ne danse qu’un instant.

Theresa Révay est une autrice que j’admire depuis ma lecture de deux de ses romans, Dernier été à Mayfair et Tous les rêves du monde. Autant vous dire qu’une nouvelle publication ne pouvait que m’enthousiasmer. Encore une fois, je n’ai pas été déçue. Theresa Révay n’est pas de ces auteurs qui écrivent un roman dans la rapidité. Elle prend son temps, se rend sur les lieux qu’elle souhaite décrire (d’ailleurs n’hésitez pas à suivre ses pérégrinations et ses impressions qu’elle partage parfois sur sa page facebook) et fait des recherches aux quatre coins de l’Europe. Elle prend véritablement le pouls de chaque éléments afin de pouvoir les retranscrire au plus proche de la réalité. Cette méthode fonctionne et se ressent à chaque page. Elle possède ce don de redonner vie et substance  à une certaine époque et de tout ce qui la compose. La part de romance n’est pas ce que j’ai préféré même si je dois bien avouer qu’elle est assez bien amenée.

Nous suivons une héroïne, Alice Clifford. Cette dernière est correspondante de guerre et parcours l’Europe sur les différents territoires brûlants à la veille mais aussi pendant la Seconde Guerre mondiale entre l’Éthiopie, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne ou l’Égypte. La force de cette femme cache en réalité bien des fêlures qui nous sont révélées au fur et à mesure. On ne se perd pas dans la part de fiction ou de vérités historiques. Il suffit de taper un nom sur la toile pour se rendre compte que presque tous les personnages secondaires ont bien vécu. Ce réalisme est un régal et donne à l’historique autant de place qu’aux personnages ou à l’intrigue. C’est aussi un morceau d’histoire du journalisme qui nous est montré à une époque où internet ne permet pas une transmission fulgurante de l’information et d’autant plus lorsque le siège de sa rédaction se trouve au-delà de l’Atlantique.

Sans trop de surprise, j’ai beaucoup aimé ce roman. La vérité historique est très bien retranscrite tout comme la montée insidieuse du fascisme et des extrêmes. Dans cette chronique, je n’en dévoile volontairement pas trop car ce roman assez dense recèle des facettes qu’il serait dommage de dévoiler. Je peux tout de même vous dire que la chute ne pourra pas vous laisser de marbre. C’est la vie dans tout ce qu’elle a de beauté mais aussi de cruauté et d’injustice. L’autre rive du Bosphore m’attend dans ma pile à lire. Je n’en ai donc pas encore fini avec Theresa Révay!

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Albin Michel.

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Fanny

La vie quand elle était à nous de Marian Izaguirre

IMG_20150802_194255_resizedRésumé de l’éditeur : « Quand la vie était à nous »… Lola regrette le temps où son existence était peuplée de promesses et d’illusions, de livres et de discussions enflammées, d’amour et de projets pour bâtir une Espagne démocratique. L’espoir de 1936. Quinze années ont passé et ses rêves se sont envolés. Il ne lui reste de cette époque, à elle et à son mari Matías, qu’une petite librairie-papèterie dans les ruelles sombres d’un quartier de Madrid. C’est dans ce modeste lieu de résistance culturelle que Lola fait la connaissance d’Alice, une anglaise dont elle partage la passion pour la littérature. Intriguée par un livre en vitrine, Alice entraîne Lola dans une lecture singulière et bouleversante : La fille aux cheveux de lin, l’histoire de Rose, Anglaise comme elle, soupçonnée d’être la fille du duc d’Ashford…

J’ai eu la chance grâce à Babelio de découvrir ce superbe roman en avant-première. Sa sortie est prévue pour le 1er octobre 2015 aux éditions Albin Michel. Notez bien cette date dans vos tablettes ! Dans ce roman, Marian Izaguirre nous plonge dans divers univers. D’abord, elle nous introduit dans le Madrid de l’Espagne franquiste des années 50 et plus particulièrement dans une petite librairie qui tente de survivre tant bien que mal. Ensuite, à travers un livre (La fille aux cheveux de lin) présent dans cette dernière nous voyageons dans le temps pour retracer la vie d’une certaine Rose. A ce stade, beaucoup d’interrogations se mettent en place dans l’esprit du lecteur. Entre la Normandie, l’Angleterre, Paris et l’Espagne nous suivons son destin pour le moins hors du commun.

« Parfois avant de commencer ma lecture, surtout si c’est un nouveau livre, j’aime le garder un moment entre les mains. Henry disait que je réchauffais les livres comme les Anglais les théières avant de commencer à préparer le thé. C’est vrai, j’aime faire cela. C’est un petit rituel qui fait partie de mon approche particulière de la lecture. J’ai besoin de toucher le livre, de le reconnaître de la paume de la main. Je le parcours de la pulpe des doigts, lentement, très lentement, jusqu’à ce que la rugosité du papier, du cuir ou de la toile me devienne familière. Je touche le livre pour que nous fassions mieux connaissance. » (p. 138-139)

Ce roman brasse différents thèmes. En effet, c’est un vibrant hommage aux livres, à la lecture et au pouvoir des mots. L’amour de l’auteur pour la littérature transparait à chaque page. De nombreuses références sont insérées ici et là. Katherine Mansfield et Joseph Conrad sont notamment cités. L’amitié est également inhérente à cette histoire. Des liens se tissent pour ne plus jamais se défaire autour des livres entre autres. Les personnages sont tous attachants. Il n’y en a pas un seul qui est laissé de côté. L’écriture de Marian Izaguirre est empreinte de sensibilité, de pudeur et de délicatesse. L’émotion n’est jamais très loin. Les dernières pages sont très belles et font monter les larmes aux yeux.

« Je lis. Je lis beaucoup. C’est alors que les paroles de James prennent leur véritable sens. « Quand tu te sens seule, lis un livre… Ça te sauvera. » Les livres ont soudain le toucher rond et humide d’une bouée de sauvetage. » (p. 318)

Voilà un livre qui ne peut laisser indifférent une fois refermé. J’ai tout aimé. Rien n’est laissé de côté. Les différents contextes historiques, les protagonistes et les intrigues sont merveilleusement bien contés. Alors un conseil : rendez-vous en librairie le 1er octobre !

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Fanny