Paradigma de Pia Petersen

Résumé de l’éditeur : Los Angeles, la ville sur la faille. Dans les coulisses de la remise des Oscars, une Marche silencieuse s’organise. Sur les téléphones, les rumeurs et les hashtags ont lancé le mouvement. Dans les rues, des grappes d’inconnus venant de partout se rassemblent, dans une ambiance explosive et électrique. Tout est parti de Luna. Mais qui est Luna ? Beverly Hills, les stars, les hackers, les gangs, les flics, les riches… face à des millions d’exclus de la société du spectacle, qui ont décidé de reprendre leur destin en main. Toutes ces énergies convergent vers la déflagration et l’utopie. Un livre total et nécessaire. Et c’est aussi une histoire d’amour, évidemment.

Pia Petersen, danoise et francophone, nous un offre un nouveau roman qui a tout des grands récits américains. Paradigma nous propose de revisiter le présent et transforme la Cité des Anges en un lieu de révolte des plus démunis. Ces derniers ont ainsi voix au chapitre et une visibilité. Axé autour d’un personnage féminin central, le roman donne la parole à toute une panoplie de personnalités : des marginaux, de riches résidents, des carriéristes sans scrupules et bien d’autres. La romancière connait très bien Los Angeles et cela se ressent. Son lecteur parcourt une ville aux multiples facettes où la cérémonie des Oscars côtoie, dissimule et piétine les plus pauvres.

Paradigma, c’est la colère qui naît, s’organise et explose. Une volonté forte, une marche pacifique, l’utilisation des réseaux sociaux et du détournement d’informations informatiques rendent l’ensemble terriblement d’actualité et tellement annonciateur. La faille de San Andreas qui traverse Los Angeles est régulièrement citée comme une métaphore de la fureur qui sommeille, grandit et finit par gronder. Se déploie ainsi un roman sombre que l’amour vient éclairer par intermittence. L’espoir est là aussi, rien n’est graver dans le marbre à jamais. Et surtout pas les modèles sociétaux. Pia Petersen fait également preuve d’une plume maîtrisée et pertinente.

Comme vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman de bout en bout. Il est assez inclassable, et c’est d’ailleurs très bien comme cela. Pia Petersen revisite la Cité des Anges sous le prisme (ou devrais-je dire le paradigme) de la révolte. En bref, un roman clairvoyant, annonciateur, juste et tellement humain dans lequel souffle un vent de renouveau. Je ne suis pas prête de l’oublier!

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Fanny

Instinct primaire de Pia Petersen / Rentrée littéraire 2013

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La collection Les affranchis des éditions NiL regroupe des œuvres épistolaires. En effet, chaque livre est une lettre destinée à une personne. Ici Pia Petersen écrit à son ex-compagnon. Elle lui expose tout l’amour qu’elle lui porte mais aussi sa façon de voir la vie et en particulier la vie de couple. Leur histoire n’a pas fonctionné puisque qu’elle ne souhaitait pas se marier ni avoir d’enfant alors que lui si. Dans cette lettre, Pia Petersen se confie à lui sur ses regrets, ses doutes passés et ses convictions les plus intimes.

Comme vous l’aurez compris, il s’agit d’un récit engagé d’une femme qui croit fort en ses convictions. Dans son passé, face à des femmes atterrées à l’idée qu’elle ne veuille pas d’enfant  elle a parfois eu du mal à assumer sa pensée, elle nous l’expose sans aucune concession en utilisant ses propres mots. Elle est touchante par son humanité, ses faiblesse mais aussi par sa combativité à ne pas se plier aux normes. Ce que j’ai apprécié c’est que Pia Petersen ne dénigre pas les femmes qui ont des enfants. Elles dénoncent seulement celles qui ne respectent pas sa façon de voir les choses et de mener sa vie.

Ce livre contient également une bonne dose d’émotion puisqu’à plusieurs reprises l’auteure dévoile à l’homme qu’elle aime tout l’amour qu’elle lui porte. Mais elle ne peut renoncer à ce qu’elle est et à ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même. Il s’agit d’une belle preuve de sincérité, d’honnêteté, de tolérance et de respect des choix de vie d’autrui.  Pia Petersen fait tomber les tabous avec brio et sobriété. La société nous enferme dans un rôle qui ne nous est pas forcément adapté. Il faut savoir s’affranchir de ces codes pour vivre sa vie malgré les regards et les jugements extérieurs. Il s’agit d’une lettre qui prend aussi la forme d’un manifeste et d’un coup de gueule à l’encontre des jugements. Elle dévoile une pensée intime, profonde dont ont parle peu dans notre société.

Je me suis reconnue à plusieurs reprises. En effet, à seulement 23 ans je subis déjà des réflexions de ce genre. Comme si ayant fini les études, ayant un compagnon et ayant un travail je suis seulement bonne à faire un enfant ou que ma personnalité ne sera complète seulement lorsque j’aurais donné la vie. Pour ma part, je pense qu’il est possible de s’accomplir et de devenir quelqu’un de bien en dehors de la maternité. Je trouve ça assez triste et réducteur.  Bizarrement, ces remarques ne viennent jamais de ma famille (ils savent à quoi s’en tenir avec moi) mais plutôt de collègues de travail ou de connaissances. Toujours est-il que l’idée d’avoir un enfant ou de me marier ne me vient même pas à l’esprit et pourtant je me sens très bien dans mes baskets.

Voilà un petit livre à mettre entre les mains de femmes et d’hommes pour une prise de conscience dans une société qui se targue d’être ouverte et moderne.. Qu’on soit d’accord ou non avec ce qu’expose l’auteure, il fait forcément réfléchir et nous mène vers davantage de tolérance. La conclusion : un homme ou une femme peut très bien trouver le sens de sa vie, s’accomplir, s’affirmer et faire de belles choses sans pour autant être marié ou parent. A réfléchir et à accepter…

Merci aux éditions Robert Laffont – NiL, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

Fanny