Ma dévotion de Julia Kerninon / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Quelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ? Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir – tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Dans un retour sur soi, la vieille dame met à plat ces années passées avec, ou loin, de Frank, qu’elle aida à devenir un peintre célèbre. Une vie de femme dessinée dans toutes ses subtilités et ses contradictions. Dans ce quatrième roman, Julia Kerninon, qui a obtenu de nombreux prix pour ses précédents livres, déploie plus encore ses longues phrases fluides et imagées, d’une impeccable rythmique.

Julia Kerninon m’était totalement inconnue avant de lire ce roman. J’ai d’abord découvert une plume. Cette dernière est travaillée, ciselée et méticuleusement façonnée pour faire ressentir aux lecteurs toutes les émotions contenues dans le récit. Ce dernier est à fleur de peau, tout en sensations et en ressentis. Nous découvrons un couple qui n’en est pas vraiment un. Helen et Frank passent leur vie à se chercher, à se trouver et à se perdre.  Nous les suivons entre Londres, Rome, Amsterdam et la Normandie. La romancière nous décrit une relation destructrice dont la conclusion est connue d’avance.

Helen est la narratrice de ce roman et s’adresse à Frank. Un monologue s’engage comme dans une longue conversation, une longue lettre où les souvenirs refont surface. Avec une certaine mélancolie, un lent flashback s’installe et se précise. Il déroule toute une vie faite d’abnégation et finalement de regrets. Julia Kerninon nous montre ce qu’il y a de plus beau dans l’acte de création mais aussi la face sombre. En effet, les concessions, les exigences et les égarements sont nombreux. Helen en fait les frais et nettoie les pots cassés des secrets, des révélations et des dérapages.

Avec Ma dévotion, Julia Kerninon nous offre un roman à fleur de peau. Les phrases ciselées et le ton mélancolique se dégagent nettement. J’ai aimé suivre cette histoire d’amour plutôt hors du commun. La romancière possède un style bien à elle et très agréable à découvrir.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • La lumière des étoiles mortes de John Banville
  • Mémoire d’elles de T. Greenwood

Fanny

Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Un jour, j’ai dit : « Ils sont des milliers à dormir dehors. Quelqu’un pourrait habiter chez nous, peut-être ? » Et Fabrice a dit : « Oui, il faudra juste acheter un lit. » Et notre fils Marius a dit : « Faudra apprendre sa langue avant qu’il arrive. » Et son petit frère Noé a ajouté : « Faudra surtout lui apprendre à joueraux cartes, parce qu’on adore jouer aux cartes, nous ! » Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux enfants ont accueilli dans leur appartement parisien Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre à l’âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace la formidable aventure de ces mois passés à se découvrir et à retrouver ce qu’on avait égaré en chemin : l’espoir et la fraternité.

La crise des migrants est un sujet d’actualité brûlant. Plus que cela, c’est un fait bien réel et qui n’est pas prêt de s’essouffler. La littérature s’en est emparée depuis quelques années avec la parution de romans et d’enquêtes. Émile de Turckheim nous propose ici une forme toute différente. En effet, elle nous livre le journal qu’elle a écrit presque au quotidien pendant l’année où sa famille a accueilli Reza, un jeune migrant afghan. Deux mondes s’opposent. D’abord, cette famille d’accueil française classique et modeste mais vivant confortablement. Ensuite, ce jeune homme déraciné qui a tout laissé derrière lui. Malgré la difficulté de la situation, ils vont se rejoindre en mettant tout en œuvre pour se comprendre et avancer.

Ici pas question de politique ni de tentative de moralisation. Sans aucune arrière-pensée, Émilie de Turckheim nous propose son expérience. Comment réagir face à l’inconnu, à l’étranger, au drame que vivent des milliers de personnes? Ce témoignage laisse une grande place à la parole. Il est question de la barrière de la langue et de la difficulté à se comprendre. Certains passages sont très drôles. Ils sont d’ailleurs souvent liés au langage (allez expliquer certains mots totalement inexplicables!). La place du livre, de la littérature, de la poésie, de l’écriture chez l’écrivaine est aussi très présente. Reza est attachant, il porte en lui une farouche générosité ainsi qu’une grandeur d’âme malgré son long voyage et ses maux.

Ce témoignage m’a beaucoup intéressée. Sans moralisation ni arrière-pensée politique, Émilie de Turckheim nous livre un témoignage aussi édifiant qu’éclairant grâce à un mélange d’humour, de drames sous-jacents, de naïveté et de peur aussi. Reza est très attachant. J’avoue m’interroger sur son devenir ainsi que sur celui de sa mère et de son entourage.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  •  La cuisinière de Mary Beth Keane
  • Le plus beau de tous les pays de Grace McCLeen
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Fanny

La révolte de Clara Dupont-Monod / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Sa robe caresse le sol. À cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n’est pas l’indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés ; ni non plus la solennité de l’entretien – tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c’est sa voix. Car c’est d’une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d’aller renverser notre père. » Aliénor d’Aquitaine racontée par son fils Richard Coeur de Lion.

Après Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod nous propose un second roman consacré à Aliénor d’Aquitaine. Véritable figure légendaire de l’Histoire, cette dernière a déjà fait couler beaucoup d’encre. La romancière nous propose ici de découvrir la seconde partie de l’existence d’Aliénor, alors qu’elle va bientôt devenir reine d’Angleterre aux côtés de son second époux Henri II. Leur fils, Richard Cœur de Lion, sert de narrateur. Son regard est clairement partial envers sa mère. Leur complicité, leur connivence, leur amour indéfectible sont au cœur du récit. L’action se déroule entre l’Angleterre, l’Aquitaine et Saint-Jean-d’Acre (dans l’actuel Israël).

Clara Dupont-Monod fait renaître le Moyen-Âge avec panache. Elle dépoussière cette période qui peut parfois paraître obscure et rustre. On croise notamment Louis VII ou encore Saladin. Le style d’écriture, fait de phrases courtes, est percutant. J’avoue m’être laissée prendre par la main très facilement et avoir suivi cette histoire avec beaucoup de passion. Arrangements matrimoniaux, tentatives de parricide et de régicide,  trahisons et  croisades sont le lot des Plantagenêt. Cependant, Aliénor est bien l’héroïne de ce roman, suivie de très près par Richard. On découvre une femme forte et déterminée, que même les duperies ne font pas plier.

La révolte est un roman passionnant, prenant et très bien écrit. J’ai beaucoup aimé le style de Clara Dupont-Monod, vif et percutant. Ce roman nous fait découvrir Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion d’une façon originale. C’est aussi le récit des enjeux et des luttes de pouvoir qui régissent le Moyen-Âge.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Chez les heureux du monde d’Edith Wharton
  • Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain
  • Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

Fanny

La coupure de Fiona Barton / Rentrée littéraire 2018

 

Résumé de l’éditeur : Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses. Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

L’aventure du Grand prix des lectrices Elle 2019 se poursuit avec beaucoup de belles surprises pour l’instant. Je vous propose aujourd’hui ce thriller psychologique de la sélection d’octobre. Comme le titre de ce roman l’indique, toute l’histoire démarre à partir d’un fait divers relayé par une coupure de presse. Cette dernière va bouleverser la vie de trois femmes, Emma, Angela et Kate, dont les voix portent ce nouvel ouvrage de Fiona Barton. Celui-ci possède de multiples facettes. En effet, c’est à la fois un roman policier mais aussi psychologique et sociologique grâce aux nombreux détails que la romancière apporte.

Fiona Barton pose la question du rôle de la presse dans une enquête policière et plus particulièrement de la légitimé des journalistes à réaliser des recherches officieuses. L’éthique est également interrogée. Que peut choisir de publier ou non le comité de rédaction d’un journal? Doit-il tout révéler? À quel prix pour les différents protagonistes? Les relations parents et enfants et plus particulièrement mères et enfants sont détaillées. Les chapitres courts maintiennent le lecteur en haleine et permettent de faire avancée l’intrigue à un rythme soutenue. Si je devais pinailler, le style de Fiana Barton n’est pas particulièrement marquant et l’ensemble manque un peu profondeur.

Ce roman m’a fait passer un bon moment de lecture. Fiona Barton a su me tenir en haleine jusqu’à la dernière page grâce, notamment, au portrait des trois femmes qu’elle nous propose de suivre. Les thématiques abordées tout comme l’intrigue en elle-même sont intéressantes. Je regrette simplement le manque de style et de profondeur de l’ensemble.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • Le bal des hommes de Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
  • Pique-nique à Hanging Rock de Joan Lindsay
  • Vice et vertu : Mon amie Odalie de Suzanne Rindell

Fanny

Chien-Loup de Serge Joncour / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour avait attiré mon attention avec ses précédents romans sans que j’ai l’occasion d’en découvrir un seul. Voilà qui est chose faite avec Chien-Loup. Malheureusement, ma rencontre avec l’auteur ne s’est pas tout à fait passée comme prévu. En effet, j’ai eu bien des difficultés à aller au bout de ce roman. Les descriptions m’ont paru répétitives. Cette impression de redondance s’est rapidement installée suivi d’une certaine lassitude. L’auteur construit son roman sur deux temporalités, la première contemporaine et la seconde pendant la Première Guerre mondiale sans qu’aucune ne se démarque véritablement.

Serge Joncour aborde pourtant des questions intéressantes, certaines dans l’air du temps. La place de l’animal, la part sauvage de l’homme et la relation entre l’homme et l’animal sont interrogées mais sans vraiment apporter de point de vue ou d’engagement. C’est aussi le retour au source, à la nature dans un monde de connexion et de surconsommation qui est exposé. Les personnages sont assez insaisissables. Malgré leur ressemblance avec la majorité d’entre nous, ils m’ont paru caricaturaux et finalement peu crédibles. Pour tout vous dire, ce roman me laisse une impression assez étrange dont j’ai bien du mal à pointer la cause et à expliquer.

Vous l’aurez compris, je manque quelque peu d’enthousiasme pour écrire à propos de ce livre. J’ai l’impression d’être passée complétement à côté de ce roman et de son message. Je n’aime pas rester sur une mauvaise impression, j’espère donc découvrir un autre ouvrage de Serge Joncour prochainement. Je suis preneuse de tous vos conseils!

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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  • La maison des hautes falaises de Karen Viggers
  • Mon dernier continent de Midge Raymond
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Fanny

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux. Moi, je ne voulais pas me taire. Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste. Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

Qu’est-ce qui pousse un homme brillant, drôle et entouré à mettre fin à ses jours? C’est la question à laquelle tente de répondre Olivia de Lamberterie dans son tout premier livre, véritable linceul pour son petit-frère Alexandre. Je vous préviens tout de suite, cet ouvrage est un coup de cœur. J’ai tourné chaque page avec cette impression de retenir ma respiration, comme en apnée. Ce livre touche à une peur qu’on porte tous en nous : la perte. Paradoxalement, le sujet est difficile mais j’ai eu bien du mal à quitter Olivia et Alexandre. Nous apprenons à les connaître : leur enfance, leur complicité, leur parcours, leur part d’ombre.

Ce livre est écrit sur le vif, en témoigne la spontanéité qui se dégage de chaque phrase. Avec sa plume franche, Olivia de Lamberterie fait revivre son petit frère. Elle donne ainsi un pouvoir unique à chaque lecteur : redonner à leur tour une nouvelle existence à Alex. Face à son chagrin, l’écrivaine a décidé d’« inventer une manière joyeuse d’être triste ». Plusieurs passages sont donc très drôles grâce à des anecdotes, des situations improbables ou des expressions. C’est aussi le combat contre la noirceur qui s’installe inéluctablement. La psychiatrie n’en est finalement qu’à ses balbutiements et les diagnostics sont bien difficiles à poser.

Olivia dépose tout ce qu’elle a sur le cœur entre les pages de son livre. Elle ne tente pas de repousser à tout prix son chagrin mais plutôt de vivre avec et de faire au mieux. Cette idée a fait écho en moi. Ce livre est déchirant, percutant, édifiant sur bien des élèments mais aussi joyeux par moment. C’est une pépite à l’état brut, clairvoyante et si vraie. Je ne peux que vous conseiller de faite revivre Alex à votre tour en lisant les mots d’Olivia de Lamberterie.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Chronique d’hiver de Paul Auster
  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • La vocation de Sophie Fontanel

Fanny

La disparition d’Adèle Bedeau de Graeme Macrae Burnet / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : L’évidence n’est pas toujours la vérité. Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar de cette petite ville alsacienne très ordinaire. Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S’il a eu de l’ambition, celle-ci s’est envolée il y a bien longtemps. Peut-être le jour où il a échoué à résoudre une de ses toutes premières enquêtes criminelles, qui depuis ne cesse de l’obséder. Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes. Une affaire en apparence banale, des vies, une ville, qui le sont tout autant… Graeme Macrae Burnet nous démontre ici avec une incroyable virtuosité que la banalité n’existe pas : elle est la couverture de l’inattendu. À la façon des grands maîtres du noir, de Simenon à Chabrol, il transfigure avec un incroyable talent l’histoire de ses deux héros, paralysés par un passé mystérieux, dont la délivrance réserve bien des surprises.

Comme vous l’aurez sûrement remarqué, le polar n’est pas très présent sur le blog. Et pour cause, c’est un genre littéraire que j’explore assez peu. Le Grand prix des lectrices Elle 2019 me donne donc l’occasion de le découvrir davantage. Ce roman d’un auteur écossais prend place en Alsace, c’est déjà suffisamment improbable pour éveiller ma curiosité. Saint-Louis est une commune moyenne et morne comme il en existe des milliers en France. L’atmosphère de ces endroits est assez bien retranscrite entre les bars, les petites boutiques, les quartiers résidentiels et les racontars. Les jours de ces années 80 semblent s’écouler lentement, tous identiques.

Le rythme est plutôt lent. Graeme Macrae Burnet prend son temps et nous détaille le passé obscur des deux protagonistes principaux. D’un coté, Gorski, un inspecteur freiné et hanté par une affaire de ses débuts. De l’autre, Manfred, un homme au lourd passé et à l’imagination débordante mais surtout adepte de petits mensonges qui vont vite lui jouer des tours. Je n’ai pas ressenti de grosse surprise avec cette intrigue. La chute est saisissante mais également assez prévisible. Ce roman est clairement un hommage à Simenon et à son célèbre héros Maigret ainsi qu’au cinéma de Claude Chabrol. Dès la préface, le ton est donné.

Je n’ai pas été surprise par les différentes révélations et la chute. Par contre, ce roman aux personnages intrigants, à l’atmosphère soignée et au contexte général réaliste m’a tout de même fait passer un bon moment de lecture. L’ambiance à l’ancienne des années 80 y est excellente. Je surveillerais sûrement les prochaines parutions de Graeme Macrae Burnet.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Black-out de John Lawton
  • La mort s’habille en crinoline de Jean-Christophe Duchon-Doris
  • Le bal des hommes d’Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri

Fanny

Un gentleman à Moscou d’Amor Towles / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol. Trois décennies durant, le comte vit nombre d’aventures retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les bouleversements la Russie soviétique.

Un gentleman à Moscou est un roman étonnant. Ici, pas de rythme haletant, pas de révélation inattendue ni de tension insoutenable. Amor Towles nous propose de suivre pendant trente deux ans un aristocrate russe assigné à résidence au Metropol, hôtel en plein cœur de Moscou. Après cette condamnation par le tout nouveau régime bolchévique, notre gentleman fait contre mauvaise fortune bon cœur. Ce roman est donc avant tout un personnage. Alexandre Rostov possède des manières impeccables et l’allure d’un dandy. Les informations le concernant nous sont apportées au compte goutte. La plume d’Amor Towles m’a beaucoup plu. Elle est descriptive et empreinte d’un humour pince-sans-rire délicieux.

Le romancier nous entraîne dans une lente déambulation au sein du Metropol que nous finissons par connaitre comme notre poche. Entre suites luxueuses, restaurants huppés et sous-sols contenant les coulisses de cette grosse machine, c’est une micro-société qui nous est donnée à voir. Les personnages secondaires sont hauts en couleur et attachants. Ce roman dégage un charme suranné dans une époque où les codes de l’aristocratie sont proscrits et semblent obsolètes. Le contexte historique est présent par petites touches, de la révolution d’Octobre à Nikita Khrouchtchev. Toutes les références à la littérature et à la poésie russes sont un régal. Elles donnent envie de découvrir et redécouvrir Tolstoï, Dostoïevski ou encore Tourgueniev.

Ce roman est loin de faire l’unanimité, je lui ai pourtant trouvé un certain charme. J’ai appris à connaitre Alexandre Rostov et ce fut bien difficile de le quitter. Son caractère, son charisme, son intelligence m’ont marquée. Les personnages secondaires sont tout aussi présents et attachants : Nina, Sofia, Andreï, Marina et les autres. Les références littéraires et historiques sont également très intéressantes et donnent envie d’aller plus loin. Une très bonne lecture.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Scoop d’Evelyn Waugh
  • La guerre et la paix de Léon Tolstoï

Fanny

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando. Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée. Cette histoire, nous nous étions dit que nous l’écririons ensemble. Tu es partie et je m’y suis attelée seule, avec mes souvenirs, mes songes et les traces que tu as laissées derrière toi. Ce livre parle beaucoup de toi et un peu de moi. De cinéma, de politique, des années soixante-dix, de notre famille de fous, de drogue et de suicide, de fêtes et de rires éclatants aussi. Il nous embarque à Londres, à Paris, en Californie, à New York et au Brésil. On y croise les nôtres et ceux qui ont compté, Alain Delon, Brigitte Bardot, Patti Smith, Marlon Brandon, Nan Goldin… Ce livre est pour toi, Maria. Je ne sais pas si c’est le récit que tu aurais souhaité, mais c’est le roman que j’ai voulu écrire ».

Pour commencer, je dois bien avouer que Maria Schneider m’était totalement inconnue. J’ouvre donc ce livre et je découvre. Je découvre une jeune femme dépassée par le scandale d’un film dont elle partage l’affiche avec Marlon Brando, Le dernier tango à Paris. Ce dernier la poursuivra toute sa vie. Se dessinent aussi l’enfer de la drogue, de la dépression, de l’aigreur parfois et du rouleau-compresseur de la grosse machine du cinéma. Une vie faite de désillusion, de déchéance mais aussi de rares joies et d’envies. L’écrivaine utilise son livre comme medium pour entamer une conversation avec Maria. Elle emploie le tutoiement de la première à la dernière page. Vanessa Schneider nous propose un portrait sans concession de sa célèbre cousine. Elle la décrit comme une grande sœur dont l’écart d’âge important lui confère une aura mystérieuse, un peu floue mais provoque une fascination chez la jeune fille puis une véritable obsession.

Vanessa Schneider nous livre sa vérité. Sa colère est clairement présente, contre le réalisateur du Dernier tango à Paris, contre les personnes ayant laissées tomber Maria au fil des ans, contre les secrets des plateaux de tournage, contre le manque de tact et de respect des médias. Cependant, derrière le portrait de l’actrice, il est aussi question du parcours de Vanessa, de son enfance dans une famille hors du commun dans les années 80, de son adolescence puis de sa complicité d’adulte avec Maria. Il est dommage qu’une fois la dernière page du livre tournée, l’impression du souhait absolu de Vanessa Schneider d’une réhabilitation à tout prix prenne beaucoup de place. Il manque la voix et l’opinion de Maria que j’aurais beaucoup aimé lire. Elle en aurait eu des choses à nous raconter, mais elle n’aura jamais eu l’occasion de s’exprimer réellement. Ceci me laisse un goût un peu amer lorsque je repense à elle.

Vanessa Schneider nous livre le récit intime de l’existence éprouvante de Maria Schneider. La sincérité et la tendresse qui transparaissent de ces pages sont touchantes. Une certaine colère est également présente tout comme l’envie d’une réhabilitation. Cette dernière est louable puisqu’elle redonne une voix à Maria, mais elle est peut-être un peu trop prégnante dans certains passages.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

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Fanny