Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs de Dominique Missika

Résumé de l’éditeur : Elles sont trois sœurs : Madeleine, Denise et Simone Jacob, rescapées des camps de la mort. Madeleine, dite Milou, et Simone déportées avec leur mère Yvonne parce que juives à Auschwitz et à Bergen-Belsen ; Denise, à Ravensbrück. Rapatriées en mai 1945, Milou et Simone apprennent à Denise, déjà rentrée, que leur mère est morte d’épuisement. De leur père, André, et de leur frère Jean, elles espèrent des nouvelles. Déportés en Lituanie, ils ne reviendront jamais. Pour les sœurs Jacob, le retour est tragique. À la Libération, on fête les résistants, mais qui a envie d’écouter le récit des survivants ? Milou et Simone ne rencontrent qu’indifférence, incompréhension et gêne, alors elles se taisent. Mais, peu à peu, la vie reprend ses droits. Les jeunes femmes semblent heureuses quand, en 1952, Milou meurt dans un accident de voiture. Denise et Simone restent les deux seules survivantes d’une famille décimée. Plus que jamais inséparables.

Dominique Missika, spécialiste de la Résistance et de la Déportation durant la Seconde Guerre mondiale, nous propose un nouvel ouvrage consacré à la famille Jacob dont est issue Simone Veil. Les entrevues avec cette dernière et sa grande soeur Denise Vernay mais aussi les recherches de l’historienne ont permis la publication de ce livre. Avec simplicité et clarté, le parcours vers l’horreur, l’indicible et l’incompréhensible nous est dévoilé. L’historienne détaille particulièrement les maux psychologiques de l’après et du retour à un semblant de normalité. Toute leur vie, des fantômes vont poursuivre Denise et Simone.  Elles vont tout de même réussir à en faire une force pour se hisser vers des destins hors du commun.

Je me dois d’être franche. Je n’ai pas forcémment appris beaucoup d’élément avec à ce livre. En effet, j’ai lu il y a plusieurs années Une jeunesse au temps de la Shoah (première partie de la l’autobiographie de Simone Veil). Je me suis également pas mal documentée sur le retour des déportés pour des raisons familiales et plus particulièrement généalogiques, mon grand-père ayant été forcé au Service de travail obligatoire (STO). Ce dernier n’est d’ailleurs jamais mentionné dans cet ouvrage contrairement à d’autres types de déportation, à croire que les STO semblent toujours aussi peu considérés même 75 ans après. Cela n’enlève rien à la qualité du travail de Dominique Missika tout à fait louable et documenté.

Les inséparables est un bon livre pour découvrir Simone Veil et plus largement la famille Jacob. C’est aussi un bon moyen de débuter avec le sujet de la Déportation. Il permet de comprendre les rouages psychologiques qu’impliquent une telle expérience et un tel retour brutal au quotidien. Si vous souhaitez aller plus loin, je ne peux que vous conseillez d’aller vers l’autobiographie édifiante et très intéressante de Simone Veil.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford
  • Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil

Fanny

Chroniques japonaises #1 : Les délices de Tokyo et Jirô Taniguchi

Je vais tout vous avouer, je suis en pleine phase japonaise. Comme elle ne semble pas vouloir passer et plutôt que de garder les belles découvertes pour moi, je vais les partager avec vous dans ces Chroniques japonaises. C’est parti pour un voyage au pays du soleil levant!

Un film : Les délices de Tokyo (2015)

Adapté du célèbre roman (que je n’ai pas encore lu) de Durian Sukegawa, Les délices de Tokyo nous conte la rencontre de trois personnages : Sen, cuisinier dans un tout petit restaurant de doryakis, Tokue, vieille femme cherchant à se faire employer par Sen, et Wakana, jeune lycéenne fréquentant régulièrement les lieux. Très vite, le spectateur ressent que chacun porte un secret ou un mal-être qui les empêche d’avancer et de vivre totalement. La cuisine est au centre de l’histoire et plus particulièrement l’anko (pâte de haricot rouge sucrée) dont Tokue excelle la confection. Outre la transmission de cette recette, elle distille au quotidien des leçons de vie toutes simples mais finalement essentielles. Dans un souci de ne pas trop en dévoiler, je peux juste vous dire que c’est aussi la société japonaise qui est remise en question. L’esthétique général est réaliste et sobre. Un film contemplatif où la parole est d’or.

Un manga : Elle s’appelait Tomoji de Jirô Taniguchi

    

Admiratrice de Jirô Taniguchi depuis une bonne dizaine d’années, je garde encore un souvenir ému de ma lecture de Quartier lointain. Elle s’appelait Tomoji est un manga historique qui donne la part belle à l’ère Taishô (1912-1926) puis à l’ère Shôwa (1926-1989). Le dessinateur nous donne à voir un Japon rural où la famille est au centre de la vie de chacun, les mariages arrangés, le travail harassant et la nature luxuriante. Avec des traits doux et une certaine liberté, il déroule la jeunesse de Tomoji Uchida, fondatrice du temple bouddhiste de Shôjushin. Les faits réels (notamment le tremblement de terre de 1923) couplés à un travail de recherche et à une bonne dose d’imagination donnent à ce récit crédibilité et sensibilité. Comment grandir lorsque le malheur vous frappe à plusieurs reprises pendant l’enfance, quelles échappatoires sont possibles? Pour ne rien gâcher, cette édition chez Rue de Sèvres nous offre quelques pages joliment colorisées, un vrai plaisir pour les yeux.

J’espère que cet article vous aura plu. D’autres arriveront prochainement. En attendant, je suis preneuse de toutes vos suggestions.

Fanny

Bilan de mes lectures : OCTOBRE 2018 ~ Lectures à venir : NOVEMBRE 2018

La lecture est souvent un refuge, une échappatoire. J’ai pu me raccrocher à elle ce mois-ci pour affronter un sérieux coup dur. Même si ce dernier me restera en tête longtemps, je vais mieux et la lecture fut un vrai réconfort pour ne pas se laisser démoraliser. Alors, c’est reparti pour un tour et un nouveau bilan. Des livres variés m’ont tenu compagnie. J’ai observé les méandres de la justice américaine, j’ai suivi l’histoire d’amour compliquée de Helen et Frank, j’ai redécouvert la terrible histoire de la famille Jacob, j’ai fait un retour dans le temps aux côtés de Richard Cœur de Lion, j’ai partagé la vie d’Émilie et Reza pendant une année et j’ai suivi Élise dans sa fuite vers l’Angleterre.

Nombre de livres lus : 6

Nombre de pages lues : 2018

         

         


(Pour lire les chroniques disponibles, cliquez sur les couvertures)

Dura Lex de Bruce DeSilva, éd. Actes sud, 448 p.

J’ai adoré de bout en bout ce roman. Il m’a tenue en haleine tout en me faisant réfléchir. En effet, les questions posées par Bruce DeSilva sont pertinentes. La tension, les personnages charismatiques et le style du romancier ne sont pas en reste. Ce dernier nous propose finalement une vraie course contre la montre, haletante et prenante.

4,5/5

Ma dévotion de Julia Kerninon, éd. du Rouergue, 300 p.

Avec Ma dévotion, Julia Kerninon nous offre un roman à fleur de peau. Les phrases ciselées et le ton mélancolique se dégagent nettement. J’ai aimé suivre cette histoire d’amour plutôt hors du commun. La romancière possède un style bien à elle et très agréable à découvrir.

4/5

Les inséparables, Simone Veil et ses soeurs de Dominique Missika, éd. Seuil, 256 p.

Les inséparables est un bon livre pour découvrir Simone Veil et plus largement la famille Jacob. C’est aussi un bon moyen de débuter avec le sujet de la Déportation. Il permet de comprendre les rouages psychologiques qu’impliquent une telle expérience et un tel retour brutal au quotidien. Seul bémol : je n’ai rien appris de nouveau.

3,5/5

La révolte de Clara Dupont-Monod, éd. Stock, 240 p.

Clara Dupont-Monod fait renaître le Moyen-Âge avec panache en dépoussiérant cette période. J’ai particulièrement aimé le style de la romancière, vif et percutant. Ce roman nous fait découvrir Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion d’une façon originale. C’est aussi le récit des luttes de pouvoir qui régissent cette époque.

5/5

Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim, éd. Calmann-Levy, 216 p.

Ce témoignage m’a beaucoup intéressée. Sans moralisation ni arrière-pensée politique, Émilie de Turckheim nous livre un témoignage aussi édifiant qu’éclairant grâce à un mélange d’humour, de drames sous-jacents, de naïveté et de peur aussi. Reza est très attachant. Deux mondes se font face et vont réussir à vivre ensemble.

4/5

Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons, éd. Le livre de poche, 558 p.

Récit historique, initiatique et romantique à l’ambiance so british, Le manoir de Tyneford m’a beaucoup plu. Le contexte spatio-temporel est bien rendu que ce soit du point de vue de l’Histoire que des descriptions du littoral du Dorset. Natasha Solomons décrit le déracinement mais aussi l’urgence de ces temps troublés avec beaucoup de sensibilité.

4/5

Et… Des mangas en pagaille!

              

              

    

LECTURES EN COURS

    

LECTURES PRÉVUES EN novembre

         

    

En bonus ce mois-ci, un billet sur mon weekend à jersey : .

Je vous souhaite un très bon mois de novembre!

Fanny

Ma dévotion de Julia Kerninon / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Quelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ? Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir – tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Dans un retour sur soi, la vieille dame met à plat ces années passées avec, ou loin, de Frank, qu’elle aida à devenir un peintre célèbre. Une vie de femme dessinée dans toutes ses subtilités et ses contradictions. Dans ce quatrième roman, Julia Kerninon, qui a obtenu de nombreux prix pour ses précédents livres, déploie plus encore ses longues phrases fluides et imagées, d’une impeccable rythmique.

Julia Kerninon m’était totalement inconnue avant de lire ce roman. J’ai d’abord découvert une plume. Cette dernière est travaillée, ciselée et méticuleusement façonnée pour faire ressentir aux lecteurs toutes les émotions contenues dans le récit. Ce dernier est à fleur de peau, tout en sensations et en ressentis. Nous découvrons un couple qui n’en est pas vraiment un. Helen et Frank passent leur vie à se chercher, à se trouver et à se perdre.  Nous les suivons entre Londres, Rome, Amsterdam et la Normandie. La romancière nous décrit une relation destructrice dont la conclusion est connue d’avance.

Helen est la narratrice de ce roman et s’adresse à Frank. Un monologue s’engage comme dans une longue conversation, une longue lettre où les souvenirs refont surface. Avec une certaine mélancolie, un lent flashback s’installe et se précise. Il déroule toute une vie faite d’abnégation et finalement de regrets. Julia Kerninon nous montre ce qu’il y a de plus beau dans l’acte de création mais aussi la face sombre. En effet, les concessions, les exigences et les égarements sont nombreux. Helen en fait les frais et nettoie les pots cassés des secrets, des révélations et des dérapages.

Avec Ma dévotion, Julia Kerninon nous offre un roman à fleur de peau. Les phrases ciselées et le ton mélancolique se dégagent nettement. J’ai aimé suivre cette histoire d’amour plutôt hors du commun. La romancière possède un style bien à elle et très agréable à découvrir.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Baïnes de France Cavalie
  • La lumière des étoiles mortes de John Banville
  • Mémoire d’elles de T. Greenwood

Fanny

Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Un jour, j’ai dit : « Ils sont des milliers à dormir dehors. Quelqu’un pourrait habiter chez nous, peut-être ? » Et Fabrice a dit : « Oui, il faudra juste acheter un lit. » Et notre fils Marius a dit : « Faudra apprendre sa langue avant qu’il arrive. » Et son petit frère Noé a ajouté : « Faudra surtout lui apprendre à joueraux cartes, parce qu’on adore jouer aux cartes, nous ! » Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux enfants ont accueilli dans leur appartement parisien Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre à l’âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace la formidable aventure de ces mois passés à se découvrir et à retrouver ce qu’on avait égaré en chemin : l’espoir et la fraternité.

La crise des migrants est un sujet d’actualité brûlant. Plus que cela, c’est un fait bien réel et qui n’est pas prêt de s’essouffler. La littérature s’en est emparée depuis quelques années avec la parution de romans et d’enquêtes. Émile de Turckheim nous propose ici une forme toute différente. En effet, elle nous livre le journal qu’elle a écrit presque au quotidien pendant l’année où sa famille a accueilli Reza, un jeune migrant afghan. Deux mondes s’opposent. D’abord, cette famille d’accueil française classique et modeste mais vivant confortablement. Ensuite, ce jeune homme déraciné qui a tout laissé derrière lui. Malgré la difficulté de la situation, ils vont se rejoindre en mettant tout en œuvre pour se comprendre et avancer.

Ici pas question de politique ni de tentative de moralisation. Sans aucune arrière-pensée, Émilie de Turckheim nous propose son expérience. Comment réagir face à l’inconnu, à l’étranger, au drame que vivent des milliers de personnes? Ce témoignage laisse une grande place à la parole. Il est question de la barrière de la langue et de la difficulté à se comprendre. Certains passages sont très drôles. Ils sont d’ailleurs souvent liés au langage (allez expliquer certains mots totalement inexplicables!). La place du livre, de la littérature, de la poésie, de l’écriture chez l’écrivaine est aussi très présente. Reza est attachant, il porte en lui une farouche générosité ainsi qu’une grandeur d’âme malgré son long voyage et ses maux.

Ce témoignage m’a beaucoup intéressée. Sans moralisation ni arrière-pensée politique, Émilie de Turckheim nous livre un témoignage aussi édifiant qu’éclairant grâce à un mélange d’humour, de drames sous-jacents, de naïveté et de peur aussi. Reza est très attachant. J’avoue m’interroger sur son devenir ainsi que sur celui de sa mère et de son entourage.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  •  La cuisinière de Mary Beth Keane
  • Le plus beau de tous les pays de Grace McCLeen
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford

Fanny

Dura Lex de Bruce DeSilva

Résumé de l’éditeur : À la fin des années 1980, Kwame Diggs, le plus jeune tueur en série de l’histoire, a sauvagement assassiné deux femmes et trois petites filles avec des couteaux de cuisine avant même d’être en âge de conduire. Lors de son arres­tation, il y a dix-huit ans, le Code pénal de Rhode Island prévoyait que tout délinquant juvénile, quel que soit son crime, soit libéré à vingt et un ans. Il devrait donc être sorti de prison depuis des années mais il est toujours derrière les barreaux, à cause de condamnations supplémentaires pour possession de drogue et agression de deux gardiens. Le fait que ces accusations soient montées de toutes pièces est un secret de Polichinelle, mais ça ne gêne personne, et surtout pas Mulligan, qui avait enquêté pour le Dispatch à l’époque des faits et qui redoute d’autres meurtres si le tueur est re­mis en liberté. La direction du journal, en revanche, n’est pas du même avis : si l’administration n’est pas inquiétée pour ce coup monté contre un tueur, elle pourra se per­mettre le même type d’agissements avec n’importe qui. Peut-on prendre des libertés avec la loi au nom de la sé­curité ? C’est autour de ce dilemme éthique que le journal, et l’opinion, se déchirent. Mulligan, de son côté, reprend ses investigations et se lance dans une course contre la montre pour maintenir le criminel en détention. Parce que si le meurtrier est relâché, partisans du droit et défenseurs de l’éthique risquent de se retrouver dans le même camp : celui des proies.

Je suis certaine que je serais complétement passée à côte de ce thriller américain sans le Grand prix des lectrices Elle 2019. Quelle erreur cela aurait été car j’ai adoré cette lecture de bout en bout. Dura Lex, « La loi est dure », porte bien son nom. En effet, l’intrigue se noue autour d’une loi stipulant que tout mineur condamné à une peine d’emprisonnement doit être remis en liberté à ses 21 ans. Ce roman se divisent en deux parties. La première concerne deux assassinats perpétrés par un adolescent. Attention aux âmes sensibles car les descriptions des faits et des scènes de crime sont très explicites et réalistes. S’opère ensuite un saut dans le temps qui amène la seconde partie où se joue une lutte entre deux camps : le premier pour et le deuxième  contre une sortie de l’univers carcéral de l’individu en question.

Bruce DeSilva s’est inspiré de faits réels pour imaginer son roman. Ce dernier pose principalement des questions éthiques. Elles le rendent d’ailleurs passionnant. Ainsi, le lecteur s’interroge sur le rôle du journalisme dans une enquête policière et sur l’affrontement entre la réalité d’un serial-killer en liberté et les textes de loi implacables. Le racisme est également présent. Les condamnés sont-ils tous traités de la même manière? Quel sont les rouages qui régissent ce genre d’affaire? Le romancier nous propose finalement une vraie course contre la montre, haletante et prenante. L’ensemble est servi par un style très franc et réaliste. Les personnages sont charismatiques. Bruce DeSilva nous apporte petit-à-petit des informations à leur propos.

J’ai adoré de bout en bout ce roman. Il m’a tenue en haleine tout en me faisant réfléchir. En effet, les questions posées par Bruce DeSilva sont pertinentes et intéressantes. La tension, les personnages charismatiques et le style du romancier ne sont pas en reste.  Je n’ai qu’une envie : lire les deux précédents romans de l’auteur, Pyromanie et Jusqu’à l’os.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • 4 3 2 1 de Paul Auster
  • Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler
  • Yaak Valley, Montana de Smith Henderson

Fanny

La révolte de Clara Dupont-Monod / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Sa robe caresse le sol. À cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n’est pas l’indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés ; ni non plus la solennité de l’entretien – tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c’est sa voix. Car c’est d’une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d’aller renverser notre père. » Aliénor d’Aquitaine racontée par son fils Richard Coeur de Lion.

Après Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod nous propose un second roman consacré à Aliénor d’Aquitaine. Véritable figure légendaire de l’Histoire, cette dernière a déjà fait couler beaucoup d’encre. La romancière nous propose ici de découvrir la seconde partie de l’existence d’Aliénor, alors qu’elle va bientôt devenir reine d’Angleterre aux côtés de son second époux Henri II. Leur fils, Richard Cœur de Lion, sert de narrateur. Son regard est clairement partial envers sa mère. Leur complicité, leur connivence, leur amour indéfectible sont au cœur du récit. L’action se déroule entre l’Angleterre, l’Aquitaine et Saint-Jean-d’Acre (dans l’actuel Israël).

Clara Dupont-Monod fait renaître le Moyen-Âge avec panache. Elle dépoussière cette période qui peut parfois paraître obscure et rustre. On croise notamment Louis VII ou encore Saladin. Le style d’écriture, fait de phrases courtes, est percutant. J’avoue m’être laissée prendre par la main très facilement et avoir suivi cette histoire avec beaucoup de passion. Arrangements matrimoniaux, tentatives de parricide et de régicide,  trahisons et  croisades sont le lot des Plantagenêt. Cependant, Aliénor est bien l’héroïne de ce roman, suivie de très près par Richard. On découvre une femme forte et déterminée, que même les duperies ne font pas plier.

La révolte est un roman passionnant, prenant et très bien écrit. J’ai beaucoup aimé le style de Clara Dupont-Monod, vif et percutant. Ce roman nous fait découvrir Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion d’une façon originale. C’est aussi le récit des enjeux et des luttes de pouvoir qui régissent le Moyen-Âge.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Chez les heureux du monde d’Edith Wharton
  • Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain
  • Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

Fanny

Un week-end à Jersey

Je rédige peu d’article de visites ou de voyages pourtant j’aime beaucoup en lire afin de préparer un séjour ou tout simplement pour en prendre plein les yeux. Aujourd’hui sera l’exception qui confirme la règle car je vous propose de partir pour l’île anglo-normande de Jersey. Je m’y suis rendue avec mon conjoint au tout début du mois de septembre. Nous nous sommes ressourcés et avons bien profité de l’ambiance à l’anglaise des lieux.

Je vais commencer par vous parler d’une anecdote assez drôle même si sur le moment je n’en menais pas large. Je me présente à la douane de la gare maritime en France avec ma carte d’identité. Le douanier saisit le numéro dans son ordinateur puis me jette un regard suspicieux. Il m’annonce que ma carte est déclarée volée depuis plusieurs années suite à un vol de sac à main (la poisse!). En gros, je me promène avec une carte qui n’est plus valable depuis. Il appelle ses collègues qui me demandent de me mettre sur le côté. Après discussion, ils me laissent finalement passer. Heureusement, ils ont bien vu que nous partions pour un weekend en amoureux et non pour faire passer du camembert contrefait en douce… En attendant, tous les autres passagers sont passés à côté de moi en me regardant de travers. J’ai bien failli rester à quai.
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Saint-Hélier, nous voilà!

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Après cette péripétie (on ne se moque pas!), il est temps de monter à bord du Victor Hugo de la compagnie Manche Iles Express. Nous avons passé la traversée sur le petit pont supérieur accessible aux passagers. J’ai adoré profiter de la mer, des embruns et du soleil. Rien de mieux pour prendre un bon bol d’air frais.
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En arrivant à Saint-Hélier, nous nous sommes dirigés vers un premier passage commerçant couvert, le Liberty Wharf à l’architecture au charme certain. Ensuite nous avons déambulé dans la rue commerçante de King Street où nous sommes régulièrement tombés sur d’autres passages couverts. Je n’ai pu résister à l’appel de la librairie Waterstones. L’endroit est très bien fourni, les goodies littéraires y sont nombreux. Un vrai lieu de perdition!
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Le marché The Central and Beresford Street Markets est surement le plus connu. Il est superbe et propose une multitude de produits frais mais aussi d’endroits où s’installer. Les commerçants sont adorables. Nous commencions à avoir faim. Il était donc grand temps de nous installer. Nous avons jeter notre dévolu sur le Bernie’s Market Tea Stall. J’y ai pris un chocolat au lait frappé. La réputation ne ment pas, le lait de Jersey est très nourrissant. J’ai bien cru que je n’arriverais jamais au bout de mon verre.
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Après avoir déposé nos affaires dans notre chambre d’hôtel et avoir bien rigolé face aux standards hôteliers assez différents de la France et face à la traduction approximative de la carte du petit-déjeuner, direction le bord de mer. En chemin, nous sommes tombés complétement par hasard sur un cimetière du début du XIXe siècle, le Green Street Cemetery ouvert en 1827. Il est simplement dommage que la quiétude de l’endroit soit dérangée par un parking tout récent accolé aux lieux.
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Nous avons dîné au Hectors Fish & Chip, très bon rapport qualité/prix. Pour ne rien gâcher, le patron est très sympa et drôle. Nous avons eu droit à du « Prince Charming » pour mon conjoint et du « Princess » pour moi. Un bon moment convivial. Nous avons simplement regretté le manque d’animation à partir de 17h/17h30 dans les rues de Saint-Hélier.
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Le Jersey War Tunnels

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Après une bonne nuit de sommeil et un petit-déjeuner consistant (à base d’« œufs à la couque » [sic]!), nous sommes prêts pour une nouvelle journée. Il faut savoir que le réseau de bus est très développé à Jersey. Tous les lieux touristiques sont desservis. C’est très pratique, économique et agréable pour découvrir l’île. Le bus nous transporte donc vers le Jersey War Tunnels. Il s’agit d’un ancien hôpital militaire allemand enterré construit à partir de 1941. Le lieu est immense. Nous y avons passé entre 2h et 3h tant il y avait à voir. Ce musée retrace l’occupation allemande et la vie des jersiais pendant la Seconde Guerre mondiale. La scénographie est impressionnante et soignée. Le retour à Saint-Hélier s’est fait en bus londonien vintage.
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Avant de reprendre le bateau, nous avons parcouru une dernière fois les rues de Saint-Hélier. Nous nous sommes installés face au port de plaisance afin de profiter de nos tous derniers moments sur l’île. Le retour depuis le pont supérieur nous a offert un magnifique coucher de soleil sur Jersey. Un moment unique et magique.
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J’espère que ce compte rendu de mon périple vous a plu et vous aura donné envie de découvrir à votre tour Saint-Hélier et Jersey. Êtes-vous tentés?
Fanny

La coupure de Fiona Barton / Rentrée littéraire 2018

 

Résumé de l’éditeur : Quand quelques lignes en bas de la colonne des brèves révèlent la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres, la plupart des lecteurs n’y prêtent guère attention. Mais pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Depuis, elle cherche des réponses. Pour Emma, jeune éditrice en free lance, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste de renom et avide d’une bonne story, elle flaire là le premier indice d’une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Car toutes les histoires ne sont pas bonnes à être publiées… Encore moins quand elles font resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître.

L’aventure du Grand prix des lectrices Elle 2019 se poursuit avec beaucoup de belles surprises pour l’instant. Je vous propose aujourd’hui ce thriller psychologique de la sélection d’octobre. Comme le titre de ce roman l’indique, toute l’histoire démarre à partir d’un fait divers relayé par une coupure de presse. Cette dernière va bouleverser la vie de trois femmes, Emma, Angela et Kate, dont les voix portent ce nouvel ouvrage de Fiona Barton. Celui-ci possède de multiples facettes. En effet, c’est à la fois un roman policier mais aussi psychologique et sociologique grâce aux nombreux détails que la romancière apporte.

Fiona Barton pose la question du rôle de la presse dans une enquête policière et plus particulièrement de la légitimé des journalistes à réaliser des recherches officieuses. L’éthique est également interrogée. Que peut choisir de publier ou non le comité de rédaction d’un journal? Doit-il tout révéler? À quel prix pour les différents protagonistes? Les relations parents et enfants et plus particulièrement mères et enfants sont détaillées. Les chapitres courts maintiennent le lecteur en haleine et permettent de faire avancée l’intrigue à un rythme soutenue. Si je devais pinailler, le style de Fiana Barton n’est pas particulièrement marquant et l’ensemble manque un peu profondeur.

Ce roman m’a fait passer un bon moment de lecture. Fiona Barton a su me tenir en haleine jusqu’à la dernière page grâce, notamment, au portrait des trois femmes qu’elle nous propose de suivre. Les thématiques abordées tout comme l’intrigue en elle-même sont intéressantes. Je regrette simplement le manque de style et de profondeur de l’ensemble.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Le bal des hommes de Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri
  • Pique-nique à Hanging Rock de Joan Lindsay
  • Vice et vertu : Mon amie Odalie de Suzanne Rindell

Fanny

Chien-Loup de Serge Joncour / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour avait attiré mon attention avec ses précédents romans sans que j’ai l’occasion d’en découvrir un seul. Voilà qui est chose faite avec Chien-Loup. Malheureusement, ma rencontre avec l’auteur ne s’est pas tout à fait passée comme prévu. En effet, j’ai eu bien des difficultés à aller au bout de ce roman. Les descriptions m’ont paru répétitives. Cette impression de redondance s’est rapidement installée suivi d’une certaine lassitude. L’auteur construit son roman sur deux temporalités, la première contemporaine et la seconde pendant la Première Guerre mondiale sans qu’aucune ne se démarque véritablement.

Serge Joncour aborde pourtant des questions intéressantes, certaines dans l’air du temps. La place de l’animal, la part sauvage de l’homme et la relation entre l’homme et l’animal sont interrogées mais sans vraiment apporter de point de vue ou d’engagement. C’est aussi le retour au source, à la nature dans un monde de connexion et de surconsommation qui est exposé. Les personnages sont assez insaisissables. Malgré leur ressemblance avec la majorité d’entre nous, ils m’ont paru caricaturaux et finalement peu crédibles. Pour tout vous dire, ce roman me laisse une impression assez étrange dont j’ai bien du mal à pointer la cause et à expliquer.

Vous l’aurez compris, je manque quelque peu d’enthousiasme pour écrire à propos de ce livre. J’ai l’impression d’être passée complétement à côté de ce roman et de son message. Je n’aime pas rester sur une mauvaise impression, j’espère donc découvrir un autre ouvrage de Serge Joncour prochainement. Je suis preneuse de tous vos conseils!

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La maison des hautes falaises de Karen Viggers
  • Mon dernier continent de Midge Raymond
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Fanny